Installé depuis 2024 sur une ancienne friche textile de Vénissieux, le plus gros centre de données de l'agglomération lyonnaise veut passer à 33 000 mètres carrés. Sa puissance, elle, restera celle d'un très gros immeuble.

Inauguré en mars 2026, le bâtiment d'UltraEdge devrait doubler sa superficie et atteindre les 8,4 mégawatts de puissance. © UltraEdge
Inauguré en mars 2026, le bâtiment d'UltraEdge devrait doubler sa superficie et atteindre les 8,4 mégawatts de puissance. © UltraEdge

La carte française des centres de données tient en trois points chauds : l'Île-de-France, qui absorbe l'essentiel de la capacité installée du pays, Marseille, porte d'entrée des câbles sous-marins, et les Hauts-de-France. Deuxième aire urbaine de France, Lyon n'y figure pas. C'est dans ce contexte qu'il faut lire l'information révélée par Le Progrès : l'opérateur UltraEdge veut doubler la surface de son site du quartier du Moulin-à-Vent, à Vénissieux.

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Une friche des années 2000 recyclée en pôle de données

Le bâtiment concerné développe aujourd'hui quelque 16 000 mètres carrés et devrait atteindre 33 000 mètres carrés à l'issue du chantier. Sa puissance informatique passerait de 6,4 à 8,4 mégawatts. Aucun calendrier de travaux n'a été communiqué, les autorisations administratives étant toujours en cours d'instruction, et le montant de l'investissement n'a pas été divulgué. Le site avait ouvert le 12 mars 2026 après un programme de rénovation de 15 millions d'euros portant sur la production de froid, la climatisation des salles et l'extension des surfaces d'hébergement.

Le lieu a une histoire, ce qui est plutôt rare dans un secteur habitué aux hangars sortis de terre en dix-huit mois. Il occupe une ancienne implantation industrielle du début des années 2000, exploitée jusque-là par la manufacture textile Rhodia. Vénissieux constitue le deuxième « datapôle » d'UltraEdge, après Bordeaux inauguré six jours plus tôt, sur les sept que l'opérateur entend déployer.

© UltraEdge

Quant à UltraEdge, l'entreprise n'est pas exactement une jeune pousse lyonnaise. Elle est née de la reprise des centres de données de SFR par Morgan Stanley, une opération annoncée fin 2023 et bouclée en juin 2024 pour 764 millions d'euros. Le fonds américain en détient 70 % du capital, Altice France le solde. Elle exploite 248 sites en France, dont une petite centaine de centres de données de proximité, et a annoncé 400 millions d'euros d'investissements d'ici 2028.

Huit mégawatts dans un pays qui en réserve dix-huit mille

Le chiffre de 8,4 mégawatts prend tout son sens une fois replacé dans le paysage électrique national. Selon RTE, la majorité des projets déposés sollicitent entre 100 et 200 mégawatts, soit la consommation d'une ville comme Le Mans ou Saint-Étienne, et une dizaine de dossiers dépassent les 400 mégawatts. Le gestionnaire de réseau avait réservé près de 18 gigawatts de capacité pour environ 80 projets en mai 2026, contre 5 gigawatts pour une quarantaine de dossiers fin 2024. Vénissieux, avec sa rallonge de deux mégawatts, joue dans une autre catégorie (une catégorie dont personne ne parle, mais qui représente l'écrasante majorité des installations françaises).

C'est précisément le pari du modèle « edge », qui consiste à rapprocher la puissance de calcul des entreprises plutôt qu'à la concentrer dans quelques cathédrales. Le contraste est saisissant avec les projets qui font l'actualité, du centre souterrain de 200 mégawatts envisagé dans le Saumurois aux 400 mégawatts visés par Orange et Morrison sur leurs futurs campus souverains. Sur les 300 à 350 centres que compte la France, huit seulement sont raccordés au réseau à haute et très haute tension.

L'ambition affichée par UltraEdge est d'offrir aux entreprises et aux particuliers de la région lyonnaise les capacités de puissance et de connectivité disponibles à Paris ou à Marseille. Traduit en pratique, cela signifie moins de latence pour les applications régionales et une alternative locale à l'hébergement francilien, qui arrive à saturation faute de foncier et de capacité électrique. La question de la souveraineté reste en revanche entière. Les données de la métropole lyonnaise seront stockées sur une friche française, dans un bâtiment détenu majoritairement par un fonds d'infrastructure américain. Le paradoxe traverse tout le secteur, dans un pays qui a pourtant fait de l'implantation de centres de données une politique publique assumée.

Reste à savoir si le chantier verra le jour, et quand. Tant que les autorisations ne sont pas délivrées, l'annonce reste une intention posée sur la table d'une municipalité de l'est lyonnais. Dans ce secteur, la file d'attente ne se mesure plus en mois mais en années.