Une start-up de Floride dévoile le premier module de réacteur nucléaire imprimé en 3D, au thorium et incapable de s'emballer. Derrière l'objet, une idée du CERN vieille de trente ans, et toujours pas le moindre watt.

La course à l'énergie des géants de l'intelligence artificielle produit des annonces toujours plus spectaculaires, et celle du 1er juillet ne déroge pas à la règle. Ampera, une jeune pousse de Palm Beach Gardens (Floride), a dévoilé ce qu'elle présente comme le premier module de réacteur nucléaire imprimé en 3D au monde, un cœur au thorium pensé pour les centres de données.
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Une sphère en céramique, des promesses en mégawatts
L'objet existe bel et bien : une sphère en carbure de silicium d'environ deux mètres, imprimée d'un bloc. Son intérieur dessine une structure dite gyroïde, un entrelacs de canaux de deux millimètres qu'aucune machine-outil classique ne saurait usiner. Cette éponge mathématique maximise la surface d'échange thermique, dans une céramique qui encaisse près de 3 000 °C. La prouesse de fabrication, elle, ne fait guère débat.
Le principe de fonctionnement, en revanche, prend la physique des centrales à rebours. Le cœur est sous-critique : incapable d'entretenir seul une réaction en chaîne, il ne tournerait que sous perfusion de neutrons, fournis par un accélérateur maison. Coupez l'alimentation et la réaction s'éteint, comme un feu qui ne tiendrait qu'à condition de souffler dessus en permanence. Le thorium complète le dispositif : ce métal n'est pas fissile en l'état, il se transmute en uranium 233 sous bombardement, ce qui en fait un combustible à la demande plutôt qu'une poudrière.
Sur le papier, Ampera promet des systèmes de 15 à 30 mégawatts logés dans des conteneurs standards, trente ans de fonctionnement sans rechargement et des billes de combustible TRISO produites maison. Sur le calendrier, la société évoque une partie conversion d'électricité dès 2027 et un module nucléaire « vers 2030 », sous réserve du régulateur américain. Le module dévoilé, lui, n'a jamais été allumé ni produit le moindre électron, et le bailleur du projet, présenté comme un géant de la tech sans jamais être nommé, reste au vestiaire.
De Genève à la Floride, trente ans d'une idée en sommeil
L'idée d'un réacteur piloté par accélérateur ne sort pas du garage d'Ampera. Au début des années 90, le prix Nobel Carlo Rubbia la formalisait au CERN sous le nom d'Energy Amplifier, un amplificateur d'énergie au thorium, sous-critique et déjà vendu comme intrinsèquement sûr. Trente ans plus tard, aucun réacteur de ce type n'a fonctionné commercialement, nulle part sur la planète.
L'Europe n'a pourtant jamais rangé le concept au grenier. En Belgique, le programme MYRRHA développe depuis des décennies un démonstrateur de 100 mégawatts piloté par accélérateur, à un rythme qui dit tout de la difficulté de l'exercice. La Chine avance son propre projet dans le Guangdong. Autrement dit, une start-up floridienne promet de boucler en quatre ans ce que des programmes d'États peinent à démontrer depuis trente. L'audace a le mérite de la clarté, d'autant que les mini-réacteurs américains ont déjà connu de sérieuses déconvenues financières sur des technologies bien plus classiques.
Si le fantôme de Rubbia ressort aujourd'hui, c'est que la demande a changé de nature. Les centres de données de l'IA réclament des mégawatts livrables vite, denses et si possible décarbonés. Meta écume déjà le marché du nucléaire pour ses serveurs, quand Microsoft et NVIDIA appliquent l'IA à la construction même des centrales. L'idée d'adosser les data centers à de petits réacteurs modulaires circule d'ailleurs depuis des années dans l'industrie. Le secteur s'emballe désormais à vue d'œil : le microréacteur de la start-up Valar Atomics a divergé mi-juin, et le 1er juillet elle y branchait sur scène, avec NVIDIA, un premier ordinateur. Ampera, elle, expose pour l'instant une très belle sphère.