Deux milliards d'euros, un protocole d'accord, et une ambition qui dépasse largement les frontières bavaroises. L'Allemagne vient d'entrer dans la course à la centrale à fusion commerciale avec un projet qui a tout pour faire mal aux concurrents... si le financement suit.

La startup munichoise Proxima Fusion a signé un protocole d'accord avec l'État libre de Bavière, l'énergéticien RWE et l'Institut Max Planck pour la physique des plasmas. L'accord trace une feuille de route vers une centrale à fusion raccordée au réseau européen d'ici les années 2030. Pour comprendre ce choix, il faut revenir à la technologie au cœur du projet : le stellarator, un concurrent du tokamak longtemps relégué à l'ombre des laboratoires mais dont la Bavière a fait sa priorité stratégique dès 2023.
Offre partenaire
Verisure, n°1 de la télésurveillance, casse ses prix : profitez de -50% sur vos packs alarme pour sécuriser votre domicile. Détecteurs intelligents, caméras HD, surveillance humaine 24h/24 et intervention rapide des secours, tout ça, à moitié prix.
Offre partenaire
Un stellarator sur les cendres d'une centrale à fission
Le protocole prévoit deux étapes successives. D'abord, un stellarator de démonstration baptisé Alpha sera construit à Garching, à deux pas du siège de l'Institut Max Planck. Ce réacteur expérimental devra, une fois opérationnel dans les années 2030, produire plus d'énergie qu'il n'en consomme : c'est le gain énergétique net, le seuil à franchir pour toute prétention commerciale. Ensuite, la centrale commerciale Stellaris prendra place à Gundremmingen, sur le site de l'ancienne centrale à fission actuellement démantelée par RWE.
L'enveloppe du projet Alpha s'élève à 2 milliards d'euros. Le montage financier est composite : environ 20% proviendront d'investisseurs privés internationaux, la Bavière envisage une co-participation similaire, et RWE a signalé sa disposition à contribuer. Le reste dépend d'un soutien fédéral au titre du « High-Tech Agenda Germany », qui n'est pas encore acté. À titre de comparaison, Proxima Fusion n'a levé que 200 millions d'euros depuis sa création.
La différence entre un stellarator et un tokamak mérite une clarification rapide. Les deux types de machines confinent un plasma dans une chambre toroïdale à l'aide de champs magnétiques puissants. Le tokamak, popularisé par le projet ITER, fait circuler un courant à l'intérieur du plasma pour le stabiliser. Le stellarator génère l'intégralité du champ de confinement depuis l'extérieur, grâce à des bobines à la géométrie très complexe. Le plasma y est plus stable et l'opération continue est facilitée, mais la conception est nettement plus délicate. C'est précisément sur cette approche que Proxima Fusion s'appuie, en héritant de l'expérience Wendelstein 7-X de l'Institut Max Planck.
Pourquoi la Bavière, et pourquoi maintenant ?
Ce n'est pas un hasard si l'État bavarois pilote ce dossier. Il a inscrit la fusion nucléaire comme « mission stratégique clé » dès 2023, avec un Fusion Masterplan qui anticipait ce type de partenariat public-privé. Markus Söder, ministre-président de Bavière, parle d'un « deux-en-un » : réacteur de démonstration à Garching, centrale commerciale à Gundremmingen. La rhétorique est rodée. Les engagements budgétaires, moins.
La pression compétitive est réelle, et l'Allemagne ne part pas en tête. Aux États-Unis, Helion vise une centrale opérationnelle pour alimenter les bâtiments de Microsoft dès 2028, tandis que le département américain de l'Énergie cible lui aussi le milieu des années 2030. Google avait déjà signé un accord avec Commonwealth Fusion Systems pour alimenter ses centres de données, preuve que les géants du numérique ont pris le virage bien avant les États. La France, elle, tente de se positionner avec le projet GenF de Thales, orienté vers la fusion par confinement inertiel, une approche encore plus éloignée du stade commercial. Et en Grande-Bretagne, First Light Fusion promet un gain énergétique x1000 grâce à une méthode radicalement distincte.
Le financement allemand est loin d'être bouclé, le soutien fédéral reste conditionnel, et personne n'a encore démontré qu'un stellarator peut tenir à l'échelle industrielle. Francesco Sciortino, PDG de Proxima Fusion, affiche pourtant une certitude tranquille : « Nous travaillons à connecter la première centrale à fusion commerciale au réseau électrique allemand. » Le fossé entre un mémorandum d'accord et un réseau électrique alimenté reste vertigineux.