Commodore ressuscite une marque PC culte et se lance dans le téléphone à clapet. Le Callback 8020 tourne sous Sailfish OS, bloque navigateurs et réseaux sociaux au niveau système, et vise les accros du scroll qui veulent décrocher sans renoncer à WhatsApp.

Commodore avait relancé le C64 l’an dernier, vendu à 30 000 exemplaires depuis sa réédition. Logique, donc, que Christian « Peri Fractic » Simpson, le YouTubeur rétro qui a racheté la marque en 2025 pour « quelques millions de dollars », se pose maintenant la question que tout le monde évite : qu’aurait fait Commodore si la marque avait survécu jusqu’à l’ère du téléphone ? Sa réponse, c’est le Callback 8020, un modèle clapet à 499 € qui ne ressemble à aucun autre smartphone sur le marché, et ce n’est pas un compliment déguisé en critique, ni l’inverse.
Un « dumbphone premium » qui assume ses limites
Le positionnement est radical. Pas de navigateur web, pas de réseaux sociaux, pas de 5G. Pas parce que la technologie manque, mais parce que c’est une décision délibérée. Comme le rapporte The Verge, Simpson résume l’idée ainsi : Commodore aurait fini par faire un téléphone, comme tout le monde. Sauf que lui choisit de le faire en 2026, avec les problèmes de 2026 en tête.
Concrètement, le blocage ne se limite pas à retirer des icônes. Commodore affirme utiliser une technologie en instance de brevet pour empêcher le sideloading des applications interdites, et un blocage DNS en dernier recours : même si quelqu’un parvenait à installer TikTok, les serveurs resteraient inaccessibles. L’app store maison, le Commostore, fonctionne sur liste blanche. Reddit est bloqué, les vieux BBS ne le sont pas. La ligne de démarcation est assumée, et franchement cohérente avec le discours.
Sailfish OS, clapet rétro et batterie amovible
Sous le capot, c’est Sailfish OS de Jolla, le système Linux né des cendres de Nokia, qui fait tourner la machine. La compatibilité Android est annoncée à 99 % des applications via une couche de compatibilité, ce qui permet à WhatsApp, Spotify ou Maps de fonctionner normalement. Le tactile est désactivé par défaut, la saisie se fait en T9, et un système de cinq LED aux couleurs arc-en-ciel de Commodore remplace les notifications pop-up. Sobre, presque Zen.
Le design pioche sans complexe dans les années 2000 : coques interchangeables, batterie amovible, prise jack 3,5 mm, DAC Hi-Res, radio FM avec antenne dédiée (pas besoin de brancher un casque pour l’utiliser). L’écran extérieur s’inspire des calculatrices Commodore des années 70, avec une teinte rouge. Quelques jeux C64 sont préinstallés, ainsi qu’un lecteur de chiptunes SID. C’est un téléphone à contre-courant, dans la lignée des appareils qui assument de ne pas vouloir tout faire.
499 euros pour fuir les algorithmes : viable ou gadget de luxe ?
Cinq coloris au lancement : BASIC Beige, ProtoPET White et SX Silver à 499,99 €, la Starlight Edition transparente bleue à 549,99 €, et la Founders Edition avec touche « C= » plaquée or 24 carats à 640 €. Le lancement est prévu au quatrième trimestre 2026, avec des précommandes à venir.

Sur le papier, le positionnement tarifaire tient la route face à la concurrence directe : le Light Phone III est à 699 dollars, le Motorola Razr démarre à 800 €. Mais le Callback 8020 joue dans une catégorie encore plus étroite, celle du téléphone anti-addiction qui assume un prix premium. La vraie question n’est pas technique, elle est comportementale : est-ce qu’un appareil à 500 € suffit à changer des habitudes que des années de design persuasif ont soigneusement construites ?
Commodore mise sur quelque chose de plus difficile à breveter que son blocage DNS : l’idée qu’on peut vouloir un téléphone qui ne cherche pas à capter votre attention. C’est un pari de niche, clairement. Mais dans un marché où les géants du mobile jouent eux-mêmes la carte de la nostalgie, voir une marque construire son identité entière autour du « moins » plutôt que du « plus » mérite au moins qu’on lui pose la question sérieusement.