Le fondateur d'Oculus s'attaque à l'Analogue 3D sur son pré carré : la Nintendo 64 ressuscitée. Avec une puce AMD dans le moteur et un tarif qui mord, sa ModRetro M64 débarque dans une bagarre que personne n'attendait.

M64 © AMD/ModRetro
M64 © AMD/ModRetro

Souffler la poussière sur ses vieilles cartouches de Nintendo 64 pour les rejouer en 4K, voilà une promesse que l'Analogue 3D tenait à peu près seule depuis l'automne 2024. ModRetro, la société de Palmer Luckey (le fondateur d'Oculus, depuis reconverti dans la défense avec Anduril), vient lui chercher des noises. Le 1er juin, la marque et AMD ont officialisé leur partenariat et fixé le lancement de la M64 au 27 juillet.

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Une puce AMD, un cœur ouvert et un prix bloqué à 199 dollars

Au cœur de la M64 bat un FPGA AMD Artix UltraScale+, un circuit reprogrammable hérité du rachat de Xilinx par le fondeur. ModRetro n'en est pas à son coup d'essai : sa première machine, la Chromatic (une Game Boy modernisée écoulée via GameStop), avait déjà convaincu en 2024. La console lit les cartouches N64 d'origine et les affiche en 4K via HDMI, sur le principe d'une recréation matérielle de la puce d'époque (on y revient, c'est tout l'enjeu de l'affaire). Affichée à 199 dollars dès les premières précommandes, elle conserve ce tarif au lancement, ce que Palmer Luckey présente comme une petite victoire au vu de l'inflation, des pénuries de composants et des droits de douane américains. ModRetro a aussi recréé la manette à trois branches de la console, quand Analogue facture la sienne près de 45 dollars à part. Et lorsqu'un internaute lui a demandé sur X pourquoi choisir la M64 plutôt que l'Analogue 3D, le cofondateur de ModRetro a répondu sans détour. Latence plus basse, matériel ouvert, meilleure compatibilité avec les téléviseurs modernes, prix plus doux : la M64 serait, selon lui, « meilleure sur tous les critères objectifs ».

Pourquoi cette M64 ne joue pas dans la même cour que les mini-consoles

Pour comprendre ce que vaut la M64, il faut regarder comment elle fait tourner les jeux. Une mini-console officielle, du genre NES ou Mega Drive miniature, exécute un émulateur logiciel sur une petite puce ARM : un programme imite le comportement de la machine d'origine, avec une poignée de titres gravés en dur et aucun lecteur de cartouche. Le FPGA, lui, ne simule pas, il se reconfigure pour se comporter électroniquement comme les circuits de la N64 de 1996. L'image qui parle : l'émulation logicielle, c'est une reprise, un autre groupe rejoue le morceau, parfois très bien, mais ce n'est pas le disque original. Le FPGA, lui, reconstitue l'instrument d'époque, mêmes circuits, même son. Sous réserve d'une précision qui n'est pas encore garantie au lancement (la fidélité dite « au cycle près » reste à démontrer), on attend une latence plus faible et un rendu plus proche de l'original, vos vraies cartouches dans la fente.

M64 © AMD/ModRetro

Là où ModRetro et Analogue divergent, c'est sur la recette. Analogue garde une implémentation maison, fermée. ModRetro construit sur un cœur MiSTer modifié, ce projet communautaire open source que des passionnés font tourner depuis des années sur des cartes à assembler soi-même (la voie gratuite de l'émulation logicielle façon RetroArch restant l'autre option, moins fidèle mais sans débourser un centime). La M64 industrialise donc un savoir-faire communautaire et y appose la caution d'un fondeur. Pour une console rétro de niche, croiser le logo AMD sur la boîte sort franchement de l'ordinaire.

Le prix de 199 dollars, enfin, est un tarif américain. Ni ModRetro ni AMD n'ont communiqué de prix ou de calendrier de distribution pour l'Europe. Comme pour l'Analogue 3D, dont les déclinaisons de fin d'année rappelaient déjà l'addition une fois la TVA et les frais d'import ajoutés, la facture française a toutes les chances de grimper bien au-delà du tarif affiché outre-Atlantique.

ModRetro promet la meilleure Nintendo 64 jamais rééditée, mais depuis la France, le plus dur sera peut-être de réussir à l'acheter sans que la douane ne s'invite à la fête.