LinkedIn facture l'accès à des données qui vous appartiennent de droit. L'association noyb vient de déposer plainte en Autriche pour faire tomber ce paywall.

L'association qui a fait condamner Meta monte au créneau contre le réseau social des professionnels. © Naïm Bada pour Clubic
L'association qui a fait condamner Meta monte au créneau contre le réseau social des professionnels. © Naïm Bada pour Clubic

Sur LinkedIn, la liste des personnes qui consultent votre profil existe bel et bien. La plateforme la collecte, la stocke, la met en forme. Sauf que pour la consulter en détail (noms, postes, employeurs, historique sur 365 jours), il faut sortir la carte bleue : l'abonnement Premium coûte environ 30 euros par mois. Les utilisateurs gratuits, eux, n'ont droit qu'à des silhouettes anonymisées et des intitulés de postes flous. Un utilisateur européen a voulu contourner cette limitation en exerçant son droit d'accès, garanti par l'article 15 du RGPD. LinkedIn a refusé sa demande.

L'article 15 ne prévoit pas de paywall

L'association autrichienne noyb, cofondée par Max Schrems, a déposé plainte auprès de l'autorité de protection des données autrichienne (DSB). C'est la même association qui avait obtenu une amende record de 1,2 milliard d'euros contre Meta. L'argument juridique est assez clair : l'article 15 du RGPD garantit à tout citoyen européen une copie gratuite de ses données personnelles traitées par une entreprise. Or LinkedIn traite ces données de visiteurs, puisqu'elle les affiche aux abonnés Premium. Aucune exception « commerciale » dans le texte n'autorise à conditionner ce droit à un abonnement payant.

LinkedIn
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L'avocat de noyb Martin Baumann résume la logique : si LinkedIn fournit déjà ces informations à ses abonnés payants, elle ne peut pas invoquer la vie privée des visiteurs pour les refuser aux autres. Les deux cas reposent sur les mêmes données. L'un est autorisé, l'autre devrait l'être aussi, à moins que LinkedIn ne reconnaisse que son offre Premium viole elle-même le règlement.

LinkedIn, de son côté, a nié le problème en affirmant que les utilisateurs gratuits pouvaient eux aussi consulter les visiteurs de leur profil. Une affirmation factuellement inexacte (les versions gratuite et payante n'affichent pas du tout les mêmes informations).

Un précédent qui dépasse LinkedIn

En France, la question du RGPD appliqué aux géants du numérique prend un relief particulier : LinkedIn revendique entre 35 et 37 millions de membres dans l'Hexagone début 2026, soit plus de 80 % de la population active. La plateforme est devenue un outil quotidien de recrutement, de prospection et de veille pour des millions de professionnels français qui, pour la plupart, ne paient pas l'abonnement Premium.

L'enjeu dépasse d'ailleurs le cas de LinkedIn. Noyb pointe un schéma récurrent dans l'industrie numérique : des entreprises qui collectent des données personnelles, les monétisent sous forme de service premium, puis refusent de les restituer gratuitement au titre du droit d'accès. L'association cite l'exemple de banques qui facturent l'accès aux relevés de compte alors que ces mêmes données relèvent du droit d'accès RGPD. La pratique de Meta consistant à proposer un choix « payer ou accepter le ciblage publicitaire » relève de la même tension entre modèle économique et droits fondamentaux.

Si la DSB autrichienne donne raison à noyb, la décision pourrait faire jurisprudence dans les 27 pays de l'UE. Les plateformes devraient alors séparer clairement ce qui relève du service premium (analytics, fonctionnalités avancées) de ce qui relève du droit d'accès aux données brutes. Pour les 37 millions d'utilisateurs LinkedIn français, la conséquence serait directe : obtenir gratuitement la liste des personnes ayant consulté leur profil, sans passer à la caisse.