Le navire de recherche chinois Haiyang Dizhi 2 a testé et approuvé à 3 500 mètres de profondeur un outil capable de sectionner des câbles sous-marins blindés de plusieurs couches d'acier, de caoutchouc et de polymère.

Si on sectionne un câble à grande profondeur, on prive alors des pays entiers du reste du monde connecté pendant plusieurs semaines - ©Ideal Stock PhotographyA / Shutterstock
Si on sectionne un câble à grande profondeur, on prive alors des pays entiers du reste du monde connecté pendant plusieurs semaines - ©Ideal Stock PhotographyA / Shutterstock

Cet engin embarque une meule diamantée alimentée par un actionneur hydraulique compact, embarquable à bord de n'importe quel véhicule télécommandé. Des chercheurs du Centre chinois de recherche scientifique navale avaient publié la conception en 2025 dans la revue Mechanical Engineer. Selon le China Science Daily, cité par le South China Morning Post, le test en mer était la dernière étape vers une application pratique réelle.

1,5 million de kilomètres de fibres optiques traversent les océans et relient les continents. Par ces câbles transitent plus de 95 % du trafic de données intercontinental et d'Internet : communications militaires, transactions financières, accès aux infrastructures cloud. Si on sectionne un câble à grande profondeur, on prive alors des pays entiers du reste du monde connecté pendant plusieurs semaines, le temps que des navires de réparation atteignent la zone et obtiennent les autorisations nécessaires pour intervenir. Et aujourd'hui, sans Internet, un pays peut vite se paralyser.

Ancres trafiquées, navires suspect

En novembre 2024, deux câbles essentiels en mer Baltique ont été rompus, coupant la connectivité entre la Finlande, l'Allemagne, la Suède et la Lituanie. Les enquêtes ont ciblé le cargo Yi Peng 3, propriété de ressortissants chinois. Sa vitesse avait été réduite à l'approche des deux câbles, son transpondeur désactivé au passage au-dessus du C-Lion1. Des traces de traînée sur le fond marin et une ancre tordue à bord ont conduit le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, à évoquer un sabotage délibéré.

En octobre 2023, un incident similaire avait déjà touché des câbles et des gazoducs dans la même zone. Autour de Taïwan, plusieurs câbles reliant l'île au reste du monde ont subi des dommages attribués à des navires chinois depuis 2023. L'île dépend de 24 câbles majeurs pour sa connectivité internationale, avec seulement trois points d'atterrissage sur son territoire.

Pour Wendy Chang, analyste à l'Institut Mercator d'études chinoises, le test du coupe-câbles est une démonstration de force. Avec ce double positionnement, Pékin nie toute implication dans des opérations obscures impliquant des ancres trafiquées, et présente en même temps publiquement un équipement pour sectionner des câbles blindés à grande profondeur. La Chine affiche sa volonté de participer à la construction de l'infrastructure mondiale, et fait savoir en même temps au monde qu'elle peut perturber cette même infrastructure. D'un simple « coup de ciseau ».

Le navire de recherche Haiyang Dizhi 2 a achevé samedi sa première mission scientifique en eaux profondes de l'année, selon le ministère chinois des Ressources naturelles - ©CCTV
Le navire de recherche Haiyang Dizhi 2 a achevé samedi sa première mission scientifique en eaux profondes de l'année, selon le ministère chinois des Ressources naturelles - ©CCTV

Fabrication et blocage administratif

Amanda Watson, chercheuse à l'Université nationale australienne, a averti que des gouvernements pourraient insérer des portes dérobées dans les câbles pendant leur fabrication, voler des données depuis les installations terrestres connectées aux câbles, ou collecter des informations directement en profondeur.

HMN Technologies, anciennement Huawei Marine Networks, fabrique et pose encore des câbles dans plusieurs pays d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, en dehors du périmètre des restrictions américaines. Selon Justin Sherman, chercheur à la Cyber Statecraft Initiative de l'Atlantic Council, des gouvernements comme la Chine pourraient exploiter leurs entreprises d'État pour intercepter les transferts de données mondiaux à des fins d'espionnage.

Ainsi, les données des pays qui ont accepté des câbles HMN Technologies sur leur territoire, qu'elles soient gouvernementales, militaires, privées ou commerciales passent par une infrastructure dont Pékin connaît chaque composant.

Après que les États-Unis ont fait pression sur le Vietnam pour écarter HMN Technologies de ses projets de câbles, Pékin a retardé les permis accordés aux entreprises qui souhaitaient réparer ou installer des câbles en mer de Chine du Sud.

Par ce mécanisme, un câble endommagé dans cette zone peut rester hors service plusieurs semaines supplémentaires. Avec ses bases militaires sur îles artificielles, Pékin contrôle une portion croissante de cette mer et donc les conditions d'accès physique aux câbles qui la traversent.

Les pays dont la connectivité passe par ces eaux sont à présent soumis aux décisions administratives chinoises, aussi irrévocables qu'un coupe-câble sous-marin.

Source : Ars Technica