L'administration Trump verse près d'un milliard de dollars d'argent public à un géant français pour qu'il ne construise pas d'éoliennes. L'argent ira directement dans le gaz et le pétrole texan.

Patrick Pouyanné Doug Burgum

TotalEnergies empoche 928 millions de dollars pour abandonner deux projets éoliens offshore aux États-Unis. L'argent du contribuable américain financera directement un terminal GNL au Texas. Le deal du siècle, mais pas pour tout le monde.

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TotalEnergies rend ses baux, empoche 928 millions et promet du GNL

Le mécanisme est simple, mais le montant donne le vertige. TotalEnergies avait acquis deux baux éoliens offshore en 2022. Le premier, au large de la Caroline du Nord (Carolina Long Bay), lui avait coûté 133 millions de dollars. Le second, dans le New York Bight, avait été remporté pour 795 millions. Soit 928 millions au total, pour une capacité combinée de plus de 4 gigawatts, assez pour alimenter environ 1,3 million de foyers américains.

En vertu de l'accord, TotalEnergies investit d'abord 928 millions dans des projets fossiles aux États-Unis. Le gros du ticket ira au terminal GNL de Rio Grande, à Brownsville, au Texas, dont le groupe est déjà actionnaire via NextDecade. Le reste sera consacré à du pétrole conventionnel dans le golfe du Mexique et à du gaz de schiste. Une fois ces investissements réalisés, Washington rembourse TotalEnergies « dollar pour dollar ».

Le P.-D.G. Patrick Pouyanné, présent à la conférence CERAWeek à Houston pour la signature, a qualifié la décision de « pragmatique ». Il estime que l'éolien offshore aux États-Unis reste « trop coûteux » sans subventions fédérales. Le groupe s'est aussi engagé à ne plus développer de nouveau projet éolien en mer sur le sol américain.

Un précédent à un milliard qui inquiète bien au-delà de TotalEnergies

Le timing de l'accord n'est pas anodin. TotalEnergies avait déjà gelé ses deux projets au lendemain de l'élection de Trump. Les baux dormaient depuis plus d'un an. Des voix s'élèvent pour pointer l'absurdité comptable de l'opération. Payer une entreprise pour ne rien construire, alors qu'elle avait déjà gelé ses chantiers ? Les ONG environnementales parlent d'un « pot-de-vin d'un milliard » pour éliminer de l'énergie propre du réseau.

Des systèmes éoliens offshore © Jack Hong / Shutterstock.com

Le vrai signal est ailleurs. L'allemand RWE, qui détient 1,2 milliard de dollars de baux éoliens offshore aux États-Unis, a déjà fait savoir qu'il attend le même traitement. Son Le P.-D.G. Markus Krebber prévient : « Si nous n'obtenons jamais le droit de construire, je suppose que nous récupérerons l'argent déjà versé. Et si nécessaire, par voie judiciaire. » Au total, les baux non exploités pour des projets éoliens offshore le long des côtes américaines représentent plus de 5 milliards de dollars.

Côté TotalEnergies, le renoncement ne vaut que pour les États-Unis. Le groupe conserve un portefeuille mondial de 11 gigawatts en éolien offshore, dont 25 % en éolien flottant. En France, il développe le plus grand parc éolien jamais construit dans le pays. L'éolien n'est pas mort chez TotalEnergies. Il est juste mort en Amérique.