Vendredi, Europol et les autorités de 23 pays, dont la France, ont annoncé le démantèlement d'un réseau colossal sur le dark web. Plus de 373 000 sites frauduleux ont été mis hors ligne. Un homme était à la manœuvre.

Europol ferme plus de 373 000 sites sur le dark web lors d'une opération mondiale historique. © Octavian Lazar / Shutterstock
Europol ferme plus de 373 000 sites sur le dark web lors d'une opération mondiale historique. © Octavian Lazar / Shutterstock

Europol a levé le voile, ce vendredi 20 mars 2026, sur l'une des plus grandes opérations internationales jamais menées contre la cybercriminalité et les abus sexuels sur mineurs en ligne. Du 9 au 19 mars 2026, vingt-trois pays, parmi lesquels la France, ont coordonné leurs efforts dans le cadre de l'« Opération Alice », en ciblant une plateforme du dark web d'une ampleur rare. Ce qui semble à peine croyable, c'est qu'un seul homme était à la manœuvre derrière un empire de plus de 373 000 sites illicites. 440 de ses clients ont déjà été identifiés.

Quand un seul homme fait tourner 373 000 sites frauduleux dans l'ombre du dark web

Il faut imaginer que l'enquête avait démarré dès mi-2021, quand les autorités allemandes avaient décidé de se pencher sur une plateforme au nom sans équivoque, « Alice with Violence CP ». Ce qui ressemble alors à une piste ordinaire va se transformer en découverte vertigineuse. Au fil de cinq ans d'investigations, les enquêteurs réalisent qu'un seul individu, basé en Chine, pilotait depuis novembre 2019 plus de 373 000 sites hébergés sur le dark web, la partie d'internet inaccessible aux navigateurs classiques, où l'anonymat est total et les adresses web conçues précisément pour que ni les exploitants ni les visiteurs ne puissent être identifiés.

L'homme âgé de 35 ans faisait tourner jusqu'à 287 serveurs en même temps, dont 105 basés en Allemagne, pour faire tenir debout son empire numérique. Sur environ 90 000 de ses sites actifs entre février 2020 et juillet 2025, il proposait à la vente des contenus pédopornographiques conditionnés en « packs ». Il suffisait de fournir une adresse e-mail et de payer en Bitcoin pour y accéder. Les tarifs variaient de 17 à 215 euros, pour des volumes de fichiers annoncés allant de quelques gigaoctets, l'équivalent d'un film en haute définition, à plusieurs téraoctets, soit des milliers de films.

Le pire, c'est qu'en réalité, le suspect ne livrait jamais rien. Ses sites n'étaient que de pures arnaques, destinées à escroquer des individus prêts à payer pour accéder à des images d'abus sur enfants. Victimes de leur propre crime, ces acheteurs ont tout de même permis au suspect d'amasser plus de 345 000 euros de bénéfices auprès d'environ 10 000 clients à travers le monde. Les autorités allemandes ont depuis émis un mandat d'arrêt international contre lui.

Opération Alice : 23 pays mobilisés, la France dans la boucle, et l'enquête qui continue

Du 9 au 19 mars 2026, vingt-trois pays ont uni leurs forces pour mener à bien cette opération hors norme. Parmi eux, on retrouve la France, représentée par l'Office de protection des mineurs (OFMIN), le service de la police judiciaire spécialisé dans la protection de l'enfance. C'est grâce à cette collaboration internationale que 440 clients du réseau ont pu être identifiés. Tous sont désormais considérés comme suspects. Le simple fait d'avoir effectué un paiement pour tenter d'accéder à ces contenus suffit à les mettre en cause, qu'ils aient reçu quelque chose ou non.

Les résultats de l'Opération Alice sont très impressionnants. Outre les 373 000 sites fermés, on compte 105 serveurs saisis, et de nombreux appareils électroniques (ordinateurs, téléphones mobiles, disques durs) confisqués. Dans l'ombre, Europol a joué un rôle décisif en remontant la trace des paiements effectués en cryptomonnaies, ces monnaies numériques réputées difficiles à tracer, et en assurant la circulation des renseignements entre les vingt-trois pays impliqués. Et dès qu'un enfant était identifié comme étant en danger au cours de l'enquête, les autorités intervenaient immédiatement.

L'affaire est pourtant loin d'être close. Sur les 440 clients identifiés, plus d'une centaine font encore l'objet d'enquêtes actives dans leurs pays respectifs. Catherine De Bolle, directrice exécutive d'Europol, a résumé l'esprit de l'opération en quelques mots : « Il n'existe aucune cachette pour les criminels lorsque la communauté internationale des forces de l'ordre travaille main dans la main. Nous les trouverons et leur demanderons des comptes. » Au-delà de la traque, Europol pense aussi aux victimes. Depuis novembre 2025, la plateforme Help4U, qui est accessible en langue française, offre aux mineurs confrontés à des abus sexuels ou à des violences en ligne un espace confidentiel pour trouver conseils, soutien et orientation.