Deux décrets, publiés ce vendredi au Journal officiel, imposent aux plateformes de location de courte durée de transmettre leurs données à l'État. L'API Meublés pourrait changer bien des choses pour Airbnb, Booking et les loueurs.

La location courte durée entre dans une nouvelle ère. Dès le samedi 21 mars 2026, les plateformes comme Abritel, Airbnb ou Booking seront tenues de remonter régulièrement leurs données d'activité vers un organisme public centralisé : la Direction générale des Entreprises (DGE). Un dispositif baptisé « API Meublés » va permettre à l'État et aux communes de savoir qui loue quoi, combien de jours et à quelle adresse. Le tout, automatiquement.
L'API Meublés, un guichet unique qui met fin à l'opacité des plateformes de location
Jusqu'ici, chaque commune devait adresser des demandes individuelles à chaque plateforme, souvent sans garantie de retour homogène. Avec l'API Meublés, validée par les décrets 2026-196 et 2026-197 du 19 mars publiés ce vendredi, la DGE devient le point de passage obligatoire, comme l'explique l'Officiel des Métiers. Airbnb, Booking, Abritel transmettront leurs données à ce guichet unique, qui les redistribuera aux collectivités qui en feront la demande. Une centralisation qui signe la fin de l'opacité organisée.
Les grandes plateformes vont devoir transmettre leurs données chaque mois, ou chaque trimestre. Les plus petites structures, c'est-à-dire les micro et petites entreprises qui affichent moins de 4 250 référencements mensuels en moyenne, bénéficient d'un rythme trimestriel. Mais quelle que soit leur taille, toutes doivent fournir les mêmes informations de base, à savoir le numéro de déclaration du logement, le lien vers l'annonce en ligne, l'adresse exacte du bien et le nombre de jours où il a été loué.
La mesure qui inquiète le plus les loueurs en infraction reste l'alerte automatique des 120 jours. En fait, dès qu'une résidence principale franchira ce plafond annuel, ou un seuil inférieur fixé localement par délibération, la commune sera automatiquement prévenue. Au rythme des transmissions mensuelles ou trimestrielles des plateformes, les contournements deviendront beaucoup plus difficiles à dissimuler.
Ce que ça change pour les loueurs, les communes et vos données personnelles
Les communes sont évidemment les grandes gagnantes du dispositif. En sollicitant la DGE, elles peuvent accéder gratuitement à une vision consolidée de leur parc locatif avec l'identité des loueurs, le numéro SIRET, le statut résidence principale ou secondaire, le nombre de pièces, l'accessibilité comme informations. Il faut toutefois préciser que ces données enrichies ne seront transmises par les plateformes que si elles en ont connaissance, ce qui reste à leur discrétion.
L'État fait aussi un pas vers la transparence publique. Car la DGE mettra en ligne gratuitement des données agrégées (par département ou région) couvrant l'année en cours et les trois précédentes. On y retrouvera le total de nuitées, les meublés actifs, et combien appartiennent à des résidences principales et secondaires. Un observatoire inédit, qui associera jusqu'à quatre ans d'historique, donc, et qui pourrait nourrir le débat public sur la pénurie de logements.
Qu'en est-il de la vie privée des loueurs ? Le décret est clair : chacun peut consulter les données le concernant et demander à corriger une erreur. En revanche, il est impossible d'exiger leur suppression, ni de s'opposer à ce qu'elles soient collectées. L'intérêt public prime sur l'intérêt individuel, et c'est assumé. Vos données entrent dans le système, elles n'en sortent pas.