Oubliez le lithium ou le silicium. Le prochain goulot d'étranglement de la tech est aussi vieux que l'électricité elle-même. Si vous pensiez que l'inflation hardware était derrière vous, préparez votre portefeuille : le cuivre devient le nouvel or, et le réveil s'annonce brutal.

Mine de cuivre. © Shutterstock
Mine de cuivre. © Shutterstock

On a passé les cinq dernières années à scruter les usines de TSMC et les mines de terres rares, convaincus que la prochaine pénurie viendrait de la complexité technologique. C'était regarder le doigt quand le sage montre la lune. Au final, c'est la matière première la plus banale qui s'apprête à faire dérailler la chaîne d'approvisionnement. Le cuivre, ce métal qui irrigue absolument tout, de votre chargeur USB-C aux data centers d'IA générative, entre dans une zone de turbulences structurelles. Vous pensiez que la crise des semi-conducteurs était un mauvais souvenir ? Attendez de voir la facture de vos câbles HDMI.

La mathématique impitoyable du déficit

Les chiffres mis en avant par les analystes de S&P Global sont d'une froideur implacable : la demande mondiale de cuivre s'apprête à percuter le mur de la production. D'ici 2040, la consommation devrait atteindre 42 millions de tonnes, dopée par une électrification à marche forcée, encore et toujours à cause de l'intelligence artificielle. Le problème, c'est que l'offre, elle, est aux abonnés absents. Les projections indiquent un pic de production aux alentours de 2030 à seulement 33 millions de tonnes. Faites le calcul : il manquera près de 10 millions de tonnes de métal rouge pour faire tourner le monde.​

Ce déficit n'est pas un simple ajustement de marché, c'est une impasse physique. Ouvrir une nouvelle mine ne se fait pas en claquant des doigts. Il faut en moyenne 17 ans pour passer de la découverte du gisement à la première extraction commerciale. Pendant ce temps, les mines actuelles vieillissent, leurs rendements s'effondrent et les coûts d'exploitation s'envolent. Même le recyclage, souvent brandi comme la solution miracle par les services marketing, ne suffira pas à colmater la brèche. Si les opérateurs télécoms récupèrent bien quelques centaines de tonnes en remplaçant le cuivre par la fibre optique, cela reste une goutte d'eau dans un océan de besoins.

Quand la low-tech tient la high-tech en otage

Ce qui est fascinant ici, c'est l'ironie de la situation. Nous construisons des modèles d'intelligence artificielle capables de raisonner, nous déployons des réseaux de véhicules autonomes, mais tout cet édifice repose sur notre capacité à creuser des trous pour en sortir du métal, comme au XIXe siècle. Cette dépendance au cuivre met en lumière une fragilité stratégique majeure, comparable à celle que nous observons sur le marché des cartes graphiques ou de la mémoire. La Chine contrôle aujourd'hui entre 40 et 50% des capacités mondiales de raffinage. C'est un levier géopolitique colossal, transformant chaque bobine de câble en potentiel instrument de pression diplomatique alors que l'Occident prive activement le pays de puces IA et de machines lithographiques.​

Mine de cuivre. © Shutterstock
Mine de cuivre. © Shutterstock

Il ne faut pas s'y tromper, cette tension sur l'offre n'est pas juste une mauvaise nouvelle pour les industriels, c'est une taxe directe sur le consommateur final. Les promesses de la photonique sur silicium, cette technologie qui remplace les électrons par de la lumière, restent pour l'instant des fantasmes de laboratoire pour le grand public. Dans la réalité tangible, pour connecter une carte graphique à une carte mère ou raccorder une éolienne au réseau, il faut du cuivre. Beaucoup de cuivre. La « transition énergétique » et le « boom de l'IA » sont en train de se battre pour les mêmes ressources limitées, créant une concurrence féroce qui ne peut avoir qu'une seule issue : une explosion des prix sur toute la chaîne, du câble Ethernet premier prix aux infrastructures critiques.

Source : Tech Radar