Le pilotage de la demande, c’est quelque chose qui va absolument devoir être développé dans les années à venir, avec le développement du solaire et de l’éolien.
Historiquement, ça existe dans une certaine mesure depuis longtemps, d’une part avec les grosses industries qui ont des contrats d’effacement, d’autre part avec certaines offres type HC/HP, ou feu-EJP et ses successeurs pour les plus petits consommateurs. Mais c’était historiquement essentiellement un dispositif d’urgence (l’effacement en cas de surconsommation) et d’incitation (EJP et cie) plus qu’un véritable pilotage.
On commence à avoir des choses qui s’approchent plus d’un véritable pilotage via les opérateurs d’effacement, dont certains pilotent notamment les chauffages électriques, et via certains opérateurs de recharge de voitures électriques (essentiellement sur les parkings d’entreprises, avec une gestion pilotée de la recharge de la flotte en dehors des heures de service).
Et ça va forcément se développer avec l’augmentation du nombre de VE, qui constituent une mine d’or (bon, le terme est peut être un peu exagéré) pour les opérateurs de réseau électrique : il y aura en permanence une grande capacité de batterie connectée au réseau, et en la pilotant ça donne la possibilité à la fois de gérer une surcapacité (on augmente la vitesse de charge de la batterie virtuelle) et une surconsommation (on tape dans la batterie virtuelle). Le tout avec un rendement exceptionnel (ça peut dépasser les 80%, voire 90%, même le gravitaire n’arrive pas à un tel niveau), et une capacité vraiment gigantesque. 1 millions de voitures de 50 kWh connectées au réseau électrique, ça fait un réservoir de 50 GWh de capacité mobilisable quasi instantanément dans un sens ou dans l’autre, avec une puissance de l’ordre d’au moins 10 GW… En comparaison, la plus grosse STEP, c’est environ 30 GWh de réserve et 1.2 GW de puissance absorbable et 1.8 GW restituables, avec un délai de mobilisation de l’ordre de 5 minutes pour passer de 0 à -1.2 ou +1.8 GW, le double pour passer d’un extrême à l’autre.
Les opérateurs électriques vont petit à petit proposer des offres adaptées à ça, avec des contrats pour rémunérer ceux qui participent à ce système (l’électricité réinjectée dans le réseau à partir des batteries sera « remboursée » plus cher que son prix d’achat) et des interfaces permettant aux clients de définir les contraintes à respecter (pour garantir par exemple qu’il y a x% de réserve dans la batterie à telle heure, ou pour indiquer ponctuellement qu’ils ne participent pas parce qu’ils ont besoin d’avoir leur batterie pleine). Je pense d’ailleurs qu’on a raté une occasion de bien anticiper la chose : le législateur aurait dû imposer que touts les bornes dédiées soient pilotables, via un protocole standard.
Pour l’hydrogène, je n’y crois pas en tant que carburant automobile. Trop d’inconvénients pour trop peu d’avantages par rapport à une batterie. Par contre, il y aura de toute façon des gros besoins en hydrogène, donc oui, l’hydrogène fera sans doute partie de l’équation pour l’équilibrage du réseau, mais surtout dans le sens augmentation de la consommation, pas dans le sens réinjection dans le réseau. Dans le même ordre d’idée, il y a aussi les carburants de synthèse, qui pourront aussi être utilisés pour moduler la consommation à la hausse.
Le minage du BTC, oui, ça peut aussi le faire. Même en tournant que aux heures de pointe, la rentabilité doit pouvoir être assurée, grâce au faible coût de l’électricité à ces moments là, qui pourrait compenser l’amortissement moindre du matériel. Mais il faudrait être certain que les mineurs jouent le jeu, et pour ça je ne vois que deux solutions : la première ça serait que le minage soit fait directement par les producteurs d’électricité publics (et là en plus ça facilite encore un peu plus la rentabilité), ou que les mineurs privés participant à l’opération voient leur électricité facturée TRÈS cher en dehors des périodes de surcapacité, pour être sûr qu’il ne soit pas rentable pour eux de miner avec l’électricité du réseau en dehors de ces périodes.