ITW eNovance : Openstack, pour une approche ouverte du cloud

le 19 novembre 2012 à 15h28
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Membre gold de la fondation Openstack, le français eNovance milite depuis 2008 pour une approche ouverte du cloud computing. Raphael Ferreira, son p-dg, revient pour Clubic Pro sur la stratégie de cette jeune start-up spécialiste des infrastructures, retenue comme prestataire dans le cadre du projet de cloud à la française Cloudwatt, orchestré par Orange et Thales.

Raphael Ferreira, bonjour. Pouvez-vous revenir brièvement sur la genèse d'eNovance et vos activités ?

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eNovance a été créée en 2008, sur les principes fondateurs de l'open source, à savoir que la science et l'état de l'art progressent plus vite si les travaux sont partagés. Dès le début, la société a décidé de se positionner sur les infrastructures de nouvelle génération, avec en ligne directrice l'implication de l'open source dans cet univers.

En mars 2010, nous avons suivi le lancement d'OpenStack, qui adoptait une logique proche de ce qu'on essayait de faire nous-même. Nous avons donc décidé de nous inscrire dans cette initiative et de rejoindre le consortium emmené par Rackspace et la NASA. Un an et demi plus tard, nous étions devenus le huitième contributeur du projet, tout en continuant en parallèle nos propres travaux autour des infrastructures.

Aujourd'hui, nos clients sur ce terrain sont des gens du Web qui consomment beaucoup de données ou qui sont confrontés à des problématiques de pics de charge, des acteurs qui cherchent le meilleur moyen d'opérer la distribution horizontale de leurs contenus dans plusieurs pays, et qui sont à la recherche du meilleur rapport qualité prix. Nous sommes en mesure d'intervenir sur l'ensemble de la chaîne, du build au run, soit la conception de la plateforme et son infogérance.

Pour la gestion des applications, il faut bien comprendre que l'infrastructure idéale n'existe pas. Nous opérons donc nos propres data-centers - trois aujourd'hui, deux en France et un au Canada, et avons noué en parallèle des partenariats avec Amazon ou avec Rackspace, de façon à choisir à chaque fois l'infrastructure qui parait la plus adaptée aux besoins du client.

Le second pan de notre activité, c'est l'intégration de plateformes complexes, sur laquelle on va aller chercher des fournisseurs de services qui veulent une vraie agressivité au niveau des prix. Nous allons par exemple cibler les grands comptes ou les administrations publiques, qui veulent du cloud privé ou du cloud hybride et souhaitent une alternative à leur cloud VMWare traditionnel pour au moins une partie de leurs applications.

Quelle est la vraie teneur de cette agressivité au niveau des coûts de revient, et quelles sont les limitations qu'elle implique ?

Par rapport à certains projets, on peut viser cinq fois moins cher, le grand intérêt étant la souplesse de la plateforme : il n'y pas de prérequis à respecter. Prenez l'exemple du Centre National d'Etudes Spatiales : ils ont aujourd'hui des pétaoctets d'images satellite qui sont stockées sur des bandes, donc des supports morts. Les stocker sur Amazon Web Services pour les rendre accessibles reviendront trop cher, il faut donc envisager une approche différente. Si le projet est bien conduit, on peut viser un prix au Go compétitif par rapport à des bandes stockées dans des armoires. Le bémol intervient sur des problématiques de type haute disponibilité, ou l'héritage VMWare et consorts impose des références architecturales : si l'on veut de la haute disponibilité, on ne va pas forcément partir sur un stockage en réseau par exemple. Aujourd'hui, nous savons nous intégrer à des projets complexes. eNovance fait pour cela beaucoup de développements logiciels, qui représentent une part importante de nos investissements mais ne participent pas directement aux revenus.

La grande force de notre approche, et c'est d'ailleurs ce qui a conduit Cloudwatt à s'intéresser à nous, c'est que l'on part du principe que le produit doit être adapté aux besoins du client, parce que c'est ce qui lui permettra de vraiment se différencier sur le marché. Regardez le projet de cloud lancé par Bouygues Telecom : ils ont choisi de s'appuyer sur Microsoft, mais Microsoft multiplie les projets de cloud, et au final, il sera difficile pour Bouygues de trouver un élément différenciant, hormis le prix.

Au delà de la logique open source, pourquoi cet engagement derrière OpenStack ?

Notre fer de lance, c'est la double promesse interopérabilité / réversibilité. OpenStack nous permet de ne pas enfermer le client, autrement dit de ne pas faire de vendor lock-in, et l'on prend d'ailleurs des engagements assez forts en matière de réversibilité. Pour ce qui est de l'interopérabilité, la plupart des gros industriels intègrent aujourd'hui des interfaces de programmation ouvertes à leurs solutions. VMWare par exemple a rejoint la fondation pour rendre ses produits interopérables, Microsoft l'a fait avec son hyperviseur Hyper-V, IBM intègre OpenStack à ses gammes et une baie de stockage NetApp peut aujourd'hui être pilotée directement depuis le framework OpenStack. L'interopérabilité s'étend aux clouds publics, puisque même si l'on utilise un outillage particulier sur ses infrastructures privées, on peut tout à fait instancier des machines virtuelles chez des acteurs comme Amazon ou Rackspace.

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Le tout dans une logique de partenariats ?

Bien sûr. Nous restons concentrés sur notre activité, avec un accent fort sur la recherche et développement pour tout ce qui touche au logiciel et à l'intégration des systèmes complexes, et l'infogérance qui est l'activité qui grossit le plus naturellement. Pour le reste, nous travaillons beaucoup avec Cedexis, qui complète parfaitement le dispositif puisqu'eux se chargent de router les utilisateurs, ainsi qu'avec les autres sociétés de service parisiennes qui s'inscrivent dans cette logique dev-ops, comme Yzance. S'ajoutent ensuite des partenaires comme SkySQL, Ubuntu, MongoDB, les fournisseurs de cloud public, etc.

Quels sont encore les grands freins à l'adoption de la logique cloud ?

Chaque client a sa propre définition de ce qu'est le cloud et de ce qu'il en attend. Il y a donc beaucoup d'évangélisation à faire, pour qu'ils comprennent ce qu'ils peuvent en tirer. Il faut expliquer pourquoi l'infrastructure ne fait pas tout, pourquoi il faut par dessus ajouter une vraie couche d'ingénierie logicielle. Le client doit avoir conscience des changements qui sont en cours, et du fait qu'aujourd'hui il ne suffit pas d'ajouter des serveurs pour faire face à une montée en charge. Il faut réapprendre comment on consomme du code !

La relative jeunesse d'OpenStack ne vous dessert-elle pas ?

C'est vrai qu'OpenStack est encore en développement de rattrapage, c'est une techno encore jeune et l'on n'a peut-être pas encore toutes les fonctionnalités que propose la couche VMWare, mais le projet avance très vite, avec une nouvelle version tous les six mois, la dernière étant d'ailleurs sortie en septembre.

Justement, de quelle nature sont vos contributions ?

En plus des travaux de maintenance, notre contribution se porte principalement à trois niveaux. En premier lieu, c'est nous qui gérons le packaging OpenStack pour Debian, ce qui est très important pour nous, vu que Canonical le fait pour Ubuntu, et que Red Hat et SUSE l'assurent de leur côté. Ensuite, nous avons le lead sur un certain nombre de projets coeur, comme la mesure d'usage et la facturation, qui est comme vous pouvez l'imaginer quelque chose de très demandé. Enfin, nous suivons de très près les modules d'automatisation, via le projet Puppet. Il y a beaucoup de choses qu'on aimerait livrer, et on recrute pour ça aujourd'hui.

Ensuite, puisque nous sommes le seul membre européen de la fondation, nous servons de relais local, avec l'envie de montrer ce qu'on peut faire et comment on peut monétiser les investissements. Il en va de notre responsabilité de fédérer du monde autour du projet, et de faire comprendre comment la logique open source peut contribuer à faire baisser les coûts de maintenance.

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Pour finir, impossible de ne pas évoquer Cloudwatt, le projet de cloud développé par Orange et Thales avec le soutien financier de l'Etat, dont vous êtes partenaire technique... Un projet particulièrement controversé, et qui fait l'objet de critiques émanant d'acteurs dont vous êtes proches ?

Oui, c'est vrai que le projet est controversé, mais pour jouer sur ce marché face à des acteurs comme Google ou Amazon, il faut mettre des moyens : les coûts de l'infrastructure s'effondrent, et comme les acteurs ne sont pas de taille comparable, il est quasiment impensable pour un acteur moyen de rivaliser avec les tarifs d'un Amazon. Si l'Etat met de l'argent, on peut arriver à une société qui a une taille suffisante pour jouer dans cette cour, et une taille suffisance pour garantir de ne pas se faire racheter demain. Ils sont venus nous voir, c'est une opportunité qu'on pouvait difficilement se permettre de rater.

Après, pour nous, le respect des principes du libre était une condition sine qua none, et il est facile aujourd'hui de vérifier que ce qu'on l'est fait est bien reversé à la communauté. Ça n'était pas évident pour Orange et Thales de repartir d'une feuille blanche, sans essayer de reverser leur héritage dans le projet. Ils ont accepté de partir sur un projet open source, ils ont autorisé la redistribution et ils ont montré une vraie volonté de rester interopérables, donc ça n'est pas prendre OpenStack et le déformer, il s'agit de rester sur le tronc commun et de voir comment en tirer avantage. Il faut bien voir que si Cloudwatt ou Numergy n'étaient pas là, il ne resterait qu'Amazon, qui truste tout le marché, on le constate d'autant mieux qu'on fait partie de leurs partenaires.

Certains regrettent tout de même que l'enveloppe se partage entre deux grands consortiums, quand de nombreuses PME essaient de percer sur ce terrain...

C'est une réalité, le marché s'écrase, dominé par des géants. Pour rivaliser, il faut évidemment soutenir les PME, mais il faut aussi s'assurer de disposer d'un poids lourd qui soit capable de se positionner sur ce marché. Ca n'est pas avec 10 ou 20 millions d'euros qu'on pourra jouer. On peut même se demander finalement si les investissements sont suffisants... Regardez Rackspace : ils font un milliard de dollars de chiffre d'affaires par an, et ne sont pourtant pas leaders.

Qu'il y ait une crainte des éditeurs français, c'est normal, mais le marché change. Le modèle des éditeurs qui commercialisent des licences sur site et facturent une maintenance annuelle est en train de changer. C'est pareil pour les hébergeurs, la valeur s'effondre. Le mouvement est amorcé depuis déjà deux ans, au moins : les critiques se cristallisent sur ces projets, mais le problème n'est pas là. Après, il faut que l'Etat soutienne les PME, ne serait-ce qu'en garantissant une forme de stabilité. Aujourd'hui, piloter une boîte à cinq ans, avec une fiscalité qui change deux fois par an, est un véritable cauchemar...
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
Mots-clés :
Cloud computing
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