Un site développé avec l’aide de l’IA transformait des récits gratuits en contenus audio payants, sans l’accord des auteurs. Son administrateur affirme avoir traité plus de 2 000 demandes de retrait avant de fermer.

Des fanfictions publiées sur AO3 ont été reprises sans autorisation sur ao3.life, un service distinct proposant des versions audio payantes. © Clubic
Des fanfictions publiées sur AO3 ont été reprises sans autorisation sur ao3.life, un service distinct proposant des versions audio payantes. © Clubic

Leurs histoires étaient offertes aux lecteurs. Elles se sont retrouvées ailleurs, lues par une voix artificielle, avec un paiement demandé pour continuer à écouter. Pendant la panne d’Archive of Our Own (AO3), un internaute a lancé un service présenté comme une solution de secours pour retrouver les textes devenus inaccessibles. Lundi 2 novembre, son catalogue a cédé la place à une page d’excuses.

Une panne transformée en occasion commerciale

AO3 héberge près de 18,5 millions d’œuvres ! Cette plateforme permet notamment de publier des fanfictions, des récits inspirés d’univers et de personnages existants. Elle est gérée par l’Organization for Transformative Works (OTW), une organisation à but non lucratif.

Dans son communiqué du 30 octobre, l’OTW signalait un incident de sécurité et prévoyait deux à quatre semaines d’interruption. Elle précisait qu’aucune donnée d’AO3 n’avait été supprimée. Cela ne signifiait pas qu’aucune information n’avait été compromise : l’organisation ne pouvait alors pas exclure un vol de la base d’utilisateurs.

C’est dans ce contexte qu’ao3.life est apparu. 404 Media décrit un site « vibe codé », autrement dit développé en s’appuyant sur une IA pour écrire le code. Il proposait des textes à lire, des téléchargements en EPUB et des versions audio générées par IA. Après trois minutes d’écoute, il fallait payer.

Le service promettait de reverser 91 % des recettes aux auteurs. Mais ceux-ci n’avaient pas autorisé cette exploitation. Cette logique commerciale contrastait aussi avec celle d’AO3, dont les règles interdisent notamment les contenus payants et leur promotion sur la plateforme.

Le dispositif de vérification ajoutait une difficulté : pour faire reconnaître leur qualité d’auteur, les intéressés étaient invités à laisser une note sur leur profil AO3. Une démarche impossible pendant la panne.

Des agents IA pour collecter, des auteurs pour faire retirer

L’administrateur, qui signe Ganesh et se présente comme un adolescent de 17 ans vivant en Inde, détaille sa méthode dans sa page d’excuses. Selon lui, des agents IA pilotant 40 machines virtuelles auraient parcouru Internet à la recherche d’archives, de jeux de données et de liens partagés.

Il affirme avoir récupéré des collectes antérieures plutôt qu’extrait les textes directement d’AO3 pendant la panne. Il nie également toute affiliation avec la plateforme ou les responsables de l’incident de sécurité. Ganesh affirme avoir traité plus de 2 000 demandes de retrait en une journée. Il justifie l’audio payant par les coûts d’hébergement, revendique plus de 126 000 visiteurs uniques en vingt-quatre heures et indique n’avoir vendu qu’environ onze livres audio.

Le catalogue a fermé, mais l’affaire souligne la différence entre rendre un texte accessible et autoriser sa réutilisation commerciale. Les auteurs avaient choisi de partager leurs histoires. Ils n’avaient pas choisi qu’un autre service les fasse payer.

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