À Dartmouth, berceau de l'IA, Santiago Schnell a démissionné après une enquête sur ses publications. Les conclusions reposent notamment sur ses échanges avec Claude, sans recours à un détecteur de textes générés par IA.

À Dartmouth, les historiques de conversation avec Claude ont permis de documenter les usages de l’IA du numéro deux de l’université. © Matthieu Legouge / Clubic
À Dartmouth, les historiques de conversation avec Claude ont permis de documenter les usages de l’IA du numéro deux de l’université. © Matthieu Legouge / Clubic

Le 9 août dernier, Santiago Schnell signait dans le Washington Post une tribune consacrée à la triche à l’intelligence artificielle dans les universités. Le 28 octobre, Dartmouth annonçait son départ, après un examen de ses propres pratiques d’écriture. Il en était le provost, numéro deux de l’établissement chargé des affaires académiques.

Une tribune sur la triche, puis les soupçons

Le paradoxe mérite une précision : Schnell ne demandait pas de bannir l’IA, mais de préserver la capacité des étudiants à exercer leur jugement. Le 26 août, une analyse de Semafor rapportait pourtant que Pangram classait sa tribune comme « 100 % IA ». Schnell contestait cette qualification, tout en reconnaissant avoir utilisé ChatGPT pour affiner certains arguments et vérifier la grammaire. Or, les conditions du Washington Post interdisaient de soumettre un contenu créé ou modifié avec l’IA.

Le journal étudiant The Dartmouth a ensuite poursuivi les vérifications. Neuf textes publiés par Schnell en 2026 obtenaient un score médian de 96 % de contenu classé comme écrit par IA. Le journal avait même testé l’e-mail dans lequel il expliquait ses pratiques : Pangram l’avait, lui aussi, classé comme « 100 % IA ». Interrogé à nouveau, Schnell avait précisé avoir rédigé un brouillon, puis repris plusieurs suggestions d’un outil d’IA pour améliorer la langue et la clarté.

Ces scores restent les classifications d’un logiciel, pas une mesure directe du travail de l’auteur. Schnell invoquait notamment les biais des détecteurs envers les personnes dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, comme lui.

Le 25 septembre, il présentait ses excuses dans The Dartmouth, reconnaissant qu’il aurait dû déclarer systématiquement ses usages dans ses écrits publics. La présidente de Dartmouth annonçait le même jour un examen mené par un comité piloté par des enseignants. Début octobre, une pétition réclamant son départ avait recueilli plus de 220 signatures parmi les membres de la communauté universitaire.

Ce que révèlent les échanges avec Claude

Le comité a choisi de travailler sans Pangram ni aucun autre détecteur. Son rapport s’appuie notamment sur des correspondances et les historiques du compte Claude professionnel de Schnell.

Pour un article publié dans ChemSystemsChem, ces échanges montrent qu’il avait utilisé Claude pour réviser substantiellement son manuscrit, corriger du code et générer des figures. Ces usages devaient être déclarés à la revue. Ils ne l’avaient pas été lors de la soumission ni de la publication.

Un autre échange est particulièrement révélateur. Schnell avait chargé dans Claude un manuscrit encore à paraître et demandé : « Ce texte comporte-t-il beaucoup de signes d’écriture par IA ? » Il avait ensuite soumis une version intégrant le type de modifications suggérées. Lorsque l’éditeur l’avait interrogé, il avait décrit une aide éditoriale et expliqué ne pas avoir compris qu’elle devait être déclarée. Pour le comité, cette présentation minimisait ses usages réels, tels qu’ils apparaissaient dans les historiques.

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Voilà ce qu’un score de détection ne permet pas de reconstituer : les demandes adressées au modèle, les réponses obtenues et leur articulation avec les explications données aux éditeurs.

L’examen reste toutefois limité. Schnell avait publié au moins 30 textes depuis son arrivée en juillet 2025 ; le comité n’en a étudié qu’une poignée. Il n’a pas pu conclure à une violation des règles pour l’un des articles cosignés. Le dossier n’établit donc pas que tous ses écrits auraient été intégralement générés par IA.

Les enquêteurs ont également jugé sa coopération insuffisante : il avait remis son ordinateur professionnel, mais pas les historiques de ses comptes personnels demandés. Ils estiment que les manquements constatés pouvaient constituer des violations des règles de Dartmouth, notamment de son code de conduite. Leur examen ne relevait cependant pas d’une procédure disciplinaire et ils ne recommandaient pas de sanction. La présidente, Sian Leah Beilock, présente le départ comme une décision de Schnell.

L’affaire prend une résonance particulière dans cet établissement. C’est sur ce même campus qu’en 1956 s’est tenu l’atelier considéré comme l’acte de naissance de l’intelligence artificielle comme discipline scientifique. Soixante-dix ans plus tard, Dartmouth annonçait la démission de son responsable académique à la veille d’une conférence anniversaire. Elle s’ouvrait le 29 octobre autour d’une question : ce qui doit rester humain.

Claude
Clubic
Claude
  • Excellente compréhension des consignes complexes
  • Très bon niveau en rédaction
  • Analyse de longs documents efficace
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