Pendant plus de dix ans, Apple a défendu l’idée qu’un écran tactile n’avait pas sa place sur un Mac. Alors que son premier MacBook Pro tactile vient d’être présenté, trois de ses principaux dirigeants expliquent pourquoi l’entreprise a finalement changé d’avis.

©Apple
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Il y a des convictions qui semblent gravées dans le marbre chez Apple. Pendant des années, le constructeur a soigneusement séparé l’iPad, pensé pour les doigts, et le Mac, conçu autour du vénérable couple clavier/trackpad. Une position répétée avec insistance, jusqu’à la présentation de son premier MacBook Pro à écran tactile, ce 28 octobre. Comment une fonction jugée inconfortable, voire contraire à la philosophie du Mac, est-elle soudain devenue suffisamment intéressante pour équiper l’un des ordinateurs les plus prestigieux de la marque ?

Quand Apple expliquait que le tactile n’avait aucun sens sur un Mac

La réticence d’Apple ne date pas d’hier. Dès 2010, Steve Jobs critiquait l’ergonomie des écrans tactiles verticaux, qui obligent à maintenir le bras levé et provoquent rapidement une certaine fatigue. Pour lui, mieux valait conserver une surface tactile horizontale, à l’image du trackpad.

En 2015, Phil Schiller, alors responsable du marketing mondial d’Apple, développait cette idée auprès du journaliste Steven Levy : « D’un point de vue ergonomique, nous avons étudié la question de manière assez approfondie. Nous pensons que, dans un environnement de bureau avec un clavier fixe, devoir tendre le bras vers un écran pour utiliser des interfaces tactiles est inconfortable », expliquait-il.

Mais l’argument ne s’arrêtait pas là. Apple considérait également que macOS et iOS devaient conserver des interfaces distinctes, chacune adaptée à son mode d'interaction.

« Ces deux univers sont différents volontairement, et c’est une bonne chose. Nous pouvons optimiser la meilleure expérience pour chacun, plutôt que d’essayer de les fusionner dans une expérience fondée sur le plus petit dénominateur commun », poursuivait Schiller.

Steve Jobs a toujours été critique à l'idée d'un Mac tactile ©Tom Coates
Steve Jobs a toujours été critique à l'idée d'un Mac tactile ©Tom Coates

Un an plus tard, lors du lancement des MacBook Pro équipés de la Touch Bar, le dirigeant enfonçait le clou. Adapter la barre de menus de macOS aux doigts risquerait, selon lui, de dégrader son utilisation avec une souris ou un trackpad. « On ne peut pas optimiser pour les deux », affirmait-il.

Apple avait même réalisé des essais avec des Mac tactiles. Et Schiller semblait particulièrement satisfait du résultat : « Nous en sommes absolument arrivés à la conclusion que ce n’était pas la bonne chose à faire. Notre intuition était juste »

En 2021, le responsable de l'ingénierie de l'époque et maintenant patron d'Apple, John Ternus, reprenait encore cet argumentaire, expliquant que le Mac était entièrement optimisé pour les interactions indirectes et qu’Apple ne ressentait aucune raison de changer cette approche.

Cinq ans plus tard, le discours a considérablement évolué.

« Dix ans, c’est très, très long » : les dirigeants d’Apple justifient leur revirement

Dans un entretien accordé à WIRED, John Ternus, désormais patron d’Apple, Johny Srouji et Greg Joswiak reviennent sur ce changement de cap. Ternus commence par rappeler que l’entreprise n’entend pas transformer le Mac en iPad.

« Le Mac reste avant tout un appareil conçu pour une interaction indirecte, autour du trackpad et du clavier. Mais je pense qu’il y a des moments où le tactile est confortable et pratique », explique-t-il.

Pourquoi avoir attendu si longtemps ? Selon le dirigeant, Apple refusait d’intégrer cette fonction au prix de compromis sur la conception de ses ordinateurs.

« Nous devions atteindre un stade où l'ajout du tactile ne dégrade le produit d’aucune manière. Il ne devait pas devenir plus lourd, ni plus épais. Tout cela s’est concrétisé avec l’écran OLED, le meilleur écran que nous ayons jamais intégré à un Mac »

Après des années de refus, il est possible de toucher l'écran du doigt © Apple

Johny Srouji, responsable de l’ingénierie matérielle, défend lui aussi cette évolution technologique. « Dix ans, c’est très, très long. Beaucoup de choses ont changé, qu'il s’agisse des technologies d’affichage, de nos propres puces ou d’autres éléments », explique-t-il.

Concrètement, Apple a revu le refroidissement pour éviter que la dalle ne devienne désagréablement chaude lorsqu’on la manipule. La charnière a également été repensée pour limiter les mouvements de l’écran sous la pression des doigts, tandis que macOS adapte désormais la taille de certaines commandes aux interactions tactiles.

Greg Joswiak, vice-président en charge du marketing, avance toutefois un argument moins technique, et peut-être plus révélateur : les attentes des utilisateurs ont changé. « La plupart des professionnels possèdent un iPad, et presque tous ont un iPhone. C'est donc quelque chose de naturel pour eux. Une génération de jeunes créateurs et d’utilisateurs de nos MacBook Pro s’attend désormais à pouvoir toucher l'écran ».

Il y a des usages professionnels, mais Apple pourrait finalement basculer toute sa gamme et laisser le choix au client © Apple

Voilà qui remet les anciennes certitudes d’Apple en perspective. Les progrès techniques permettent certainement une meilleure intégration du tactile, mais les fabricants de PC proposent cette fonctionnalité depuis des années. La différence tient peut-être autant à la manière dont Apple souhaite l’intégrer qu’à la technologie elle-même.

Quant à savoir si les MacBook Air et les iMac adopteront à leur tour un écran tactile, John Ternus préfère rester prudent : « Vous savez bien que je ne vous dirai jamais rien sur nos futurs produits ».

Une précaution plutôt bienvenue, quand on se souvient de tout ce qu’Apple a pu affirmer sur les Mac tactiles.

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