Renault Group et EDF veulent que les propriétaires de voitures électriques paient moins cher leur électricité, simplement en laissant leur véhicule branché à la maison. Les deux groupes français ont signé un partenariat autour de la recharge bidirectionnelle, avec une première offre attendue d’ici l’été 2027.

©Tigarto / Shutterstock
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Avec la recharge bidirectionnelle, ou V2G (vehicle-to-grid), l’électricité circule dans les deux sens entre la voiture et le réseau. Le propriétaire recharge sa batterie quand le courant est abondant et bon marché, et une partie de l’énergie stockée est réinjectée sur le réseau aux heures de forte demande. Renault a intégré cette technologie à la R5 E-Tech électrique dès sa présentation, en février 2024. Le constructeur et l’énergéticien annoncent désormais une économie sur la recharge équivalente à 10 000 kilomètres par an, au maximum. Le gain réel est fonction de la consommation du véhicule et du temps qu’il passe branché à domicile, d’après une note du communiqué commun des deux groupes. Pour tenir cette promesse, Renault confie à EDF l’installation des bornes et le pilotage de la recharge.

Une offre réservée aux maisons individuelles

Renault Group et EDF réservent leur future offre aux propriétaires de maisons individuelles. Ces clients pourront la souscrire chez les concessionnaires des trois marques du groupe, avec une borne posée par IZI by EDF et un service de pilotage de la recharge. IZI by EDF est le réseau d’installateurs de bornes du groupe EDF. À terme, les deux partenaires prévoient aussi d’utiliser l’énergie de la voiture pour alimenter certains appareils de la maison.

Il faut en effet davantage qu’une prise dans le garage pour renvoyer du courant vers le réseau. Pour profiter de l’offre V2G de Mobilize, filiale de Renault, commercialisée en France depuis octobre 2024, un propriétaire doit disposer d’un compteur Linky et d’une borne bidirectionnelle facturée 599 euros pose comprise. Il lui faut aussi l’accord d’Enedis pour injecter de l’électricité sur le réseau, ainsi qu’une attestation de conformité du Consuel, d’après la liste des conditions d’éligibilité au V2G établie par Mobilize. Les foyers équipés de panneaux solaires en autoconsommation partielle sont exclus du service.

Les locataires d’appartement ne peuvent donc pas, à ce stade, faire travailler la batterie de leur voiture. Chez Renault Group, l’argument mis en avant est d’abord celui du portefeuille. « Au-delà de l’innovation technologique, ce partenariat apporte une réponse concrète à deux enjeux majeurs pour les Français : le pouvoir d’achat et la transition énergétique », estime Jérôme Faton, vice-président chargé de l’expérience client et de l’énergie du groupe.

L’expérience d’EDF dans le pilotage de la recharge

Sur le volet logiciel, EDF apporte le savoir-faire de Dreev. Cette filiale d’EDF business services gère la recharge des véhicules branchés en fonction de la disponibilité et du prix de l’électricité, au sein du projet européen de bornes vehicle-to-grid EVVE, où EDF et Dreev comptaient, en octobre 2024, 250 bornes V2G en service, surtout en France et au Danemark, sur un objectif de 800. « Le groupe EDF dispose d’une solide expérience du pilotage intelligent, déployée auprès de plus de 100 000 clients en France et en Europe par notre filiale Dreev », souligne Christelle Vives, présidente d’EDF business services.

Pour EDF, ces milliers de batteries branchées le soir sont une source de flexibilité pour le réseau électrique. Le fournisseur peut puiser dans leur réserve aux heures de pointe, puis les recharger quand la production dépasse la demande, sans que le conducteur ait à intervenir.

Renault et EDF n’ont précisé ni le prix de la borne, ni le tarif auquel l’électricité réinjectée sera rémunérée. Le contrat Mobilize Power est opéré depuis 2024 par l’allemand The Mobility House, et les propriétaires de Renault électriques devront passer par lui pour revendre l’énergie de leur batterie jusqu’à l’arrivée de l’offre d’EDF, attendue d’ici l’été 2027.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Qu’est-ce que la recharge bidirectionnelle V2G (vehicle-to-grid) et à quoi sert-elle concrètement ?

La V2G permet à une voiture électrique non seulement de se recharger, mais aussi de renvoyer une partie de l’énergie de sa batterie vers le réseau électrique. Le principe consiste à charger quand l’électricité est abondante et moins chère, puis à réinjecter aux heures de forte demande, quand le réseau est sous tension. Pour l’utilisateur, l’intérêt se joue sur l’optimisation de la facture via des tarifs variables et/ou une rémunération de l’énergie injectée. Pour le réseau, ces batteries servent de réserve distribuée, utile pour lisser les pics de consommation et intégrer davantage d’énergies renouvelables. Cela suppose un pilotage automatisé pour respecter les besoins de mobilité (niveau de charge minimal, horaires de départ).

Pourquoi une borne et une installation spécifiques sont nécessaires pour injecter de l’électricité, au lieu d’une simple prise domestique ?

Une prise classique n’est pas conçue pour gérer un flux d’énergie sortant vers le réseau, ni pour piloter finement la puissance et la sécurité électrique. Une borne bidirectionnelle intègre de l’électronique de puissance (conversion AC/DC et souvent DC/AC), des protections et des fonctions de communication pour synchroniser l’injection avec les exigences du réseau. L’installation doit aussi garantir la conformité électrique (mise à la terre, protections différentielles, sections de câble, etc.), car on ajoute un générateur d’énergie derrière le compteur. Cette complexité explique la présence d’un installateur et d’une validation de conformité, surtout quand il y a injection sur le réseau public. Enfin, le pilotage doit pouvoir limiter ou couper instantanément l’injection en cas de contrainte réseau ou de sécurité.

À quoi servent Linky, l’accord d’Enedis et l’attestation Consuel dans un projet V2G ?

Le compteur Linky sert de point de mesure communicant : il comptabilise précisément l’énergie consommée et, le cas échéant, l’énergie injectée, avec un suivi compatible avec des offres tarifaires dynamiques. L’accord d’Enedis est nécessaire car Enedis exploite le réseau de distribution : toute injection derrière le compteur doit être déclarée et encadrée pour éviter des risques sur le réseau local (tensions, protections, qualité de l’onde). L’attestation Consuel valide que l’installation électrique respecte les règles de sécurité en vigueur avant mise en service ou modification significative. Ces trois éléments structurent le cadre technique et réglementaire qui permet de “vendre” ou valoriser une injection d’électricité sans bricolage. Sans ce cadre, la V2G ne peut pas être opérée de façon fiable et conforme.