Au départ du Grand Prix de Bahreïn, couru hier 4 octobre sur le circuit malaisien de Sepang, plusieurs monoplaces ont perdu leur puissance en plein tour de formation. La FIA a reconnu un bug dans le logiciel commun aux moteurs de 2026, jamais testé sous la pluie à des vitesses aussi faibles.

Annulé en avril, ce Grand Prix de Bahreïn a été déplacé en Malaisie par la F1. Et si vous étiez au rendez-vous ce dimanche, alors vous avez assisté à de drôles de ballets de bolides. Sous des pluies torrentielles, la direction de course a d’abord repoussé le départ de quarante minutes, puis lancé le peloton derrière la voiture de sécurité. À mi-tour, Max Verstappen, en tête, a brusquement ralenti avant de reprendre de la vitesse, tandis que Lewis Hamilton s’est immobilisé juste avant le dernier virage. D’autres voitures, notamment à moteur Ferrari, ont roulé au pas ou se sont arrêtées en piste et ont poussé la FIA à brandir le drapeau rouge et abandonner la procédure de départ. Le feu vert a finalement été donné avec plus de 45 minutes de retard. Cette pagaille est d’origine logicielle, et ni la FIA ni les écuries n’avaient repéré le défaut lors des essais.
Un mode de sécurité piégé par les très basses vitesses
Depuis cette saison, la puissance des monoplaces est partagée presque à parts égales entre le moteur thermique et la partie électrique, et les écuries jouent une bonne partie de leur course sur la gestion de cette énergie. Au freinage, l’électricité est récupérée par un moteur-générateur, le MGU-K, puis restituée à l’accélération. Jusqu’en 2025, la pression du turbo était maintenue à bas régime par un second générateur, le MGU-H, supprimé par le nouveau règlement.
Sous la pluie, les équipes doivent passer sur un mode moteur obligatoire limité à 250 kW, contre 350 kW sur le sec. Pour des raisons de sécurité, la puissance électrique est aussi plafonnée dans certains secteurs, dont le virage 9 de Sepang. Dans cette zone, le MGU-K peut être coupé d’un coup, sans réduction progressive.
Derrière la voiture de sécurité, certaines monoplaces roulaient presque à l’arrêt, avec un effet d’accordéon dans le peloton. Leur pression de suralimentation a diminué sans la moindre assistance électrique dans ce virage, et à cause d'un bug, ces voitures sont alors passées en mode de bridage continu. La FIA impose depuis cette année ce blocage d’urgence de 60 secondes pour empêcher les écuries de couper volontairement le MGU-K. Pendant ce délai, le moteur thermique peut aussi être privé d’alimentation. En avril, la fédération avait d’ailleurs interdit à Mercedes et Red Bull de couper le MGU-K en fin de tour de qualification. Leur astuce avait été repérée après des arrêts moteur en essais libres à Suzuka.
« Ce bug a empêché la réalimentation électrique et le redémarrage des voitures », a expliqué Nikolas Tombazis, directeur des monoplaces à la FIA. Avant ce Grand Prix, les F1 de 2026 n’avaient roulé sur le mouillé que lors d’essais de pneus Pirelli, à Suzuka pour Red Bull et Racing Bulls, puis en avril pour Ferrari, sur une piste de Fiorano arrosée artificiellement. Lors de ces séances, les voitures n'avaient jamais roulé aussi lentement. « Je pense qu’avec davantage de tests, nous aurions probablement pu le détecter à temps », a admis le dirigeant.
Un correctif écrit en urgence, des pilotes excédés
Pendant l’interruption, le département technique de la FIA a écrit en urgence une mise à jour pour lever la limite d’énergie dans les secteurs concernés, puis l’a envoyée à toutes les écuries. Il a fallu entre 20 et 25 minutes pour faire installer ce correctif sur chaque voiture et en vérifier la présence. Nikolas Tombazis admet un « travail bâclé », mais pour lui, la priorité était de relancer la course au plus vite. Ce code commun est développé par la FIA avec le fournisseur du calculateur standard, Motion Applied, ainsi qu’avec les écuries et les motoristes. « Il s’agit clairement d’un problème logiciel de la FIA. Nous avons évidemment une part de responsabilité », a reconnu le directeur des monoplaces.
Dans le paddock, plusieurs pilotes n’ont pas digéré l’épisode. Pour Lando Norris, ce tour de formation était « horrible », et la preuve que la F1 ne devrait rien avoir « de tout ça côté électronique ». Carlos Sainz a dénoncé des règles extrêmement compliquées pour tout le monde. « Si c’était un V8 atmosphérique, cela ne serait jamais arrivé », a lancé le pilote Williams. Contraint à l’abandon en fin de course, George Russell a estimé de son côté que « plus on complique les choses, plus il y a de choses qui peuvent mal tourner ».
La FIA va passer l’incident au crible avec les écuries et les motoristes. « Puis-je garantir que cela ne se reproduira plus jamais ? Ce problème précis ? Oui. Un problème ? Non », a prévenu Nikolas Tombazis.