Les constructeurs chinois et américains de camions électriques espèrent conquérir jusqu'à un quart du marché européen d'ici 2030. Selon l'ONG Transport & Environment, leurs modèles sont jusqu'à 12 % moins chers sur toute la durée de possession, si bien que les constructeurs européens risquent de perdre 24 à 31 % de ce marché.

En 2025, 5,6 % des poids lourds neufs vendus en Europe étaient zéro émission, soit deux fois plus qu'un an plus tôt. Cette hausse est due aux règles européennes sur les émissions de CO2, en vigueur depuis juillet 2025, et à la baisse du prix des batteries. Daimler Truck, Traton, IVECO, DAF et Volvo Group dominent un marché européen de 245 000 poids lourds par an. Or l'ONG Transport & Environment (T&E) a étudié les coûts et les caractéristiques techniques des poids lourds électriques, et conclut que des modèles chinois et américains compétitifs sont commercialisés en Europe ou sur le point de l'être.
Un coût total de possession réduit de 12 % avec un camion chinois
Le coût total de possession (TCO) est la somme des dépenses d'un transporteur sur la durée d'usage d'un camion, de l'achat à la revente, en passant par l'énergie et l'entretien. Selon T&E l'économie réalisable en choisissant un modèle chinois plutôt qu'un équivalent européen s'élève à 12 %. Un transporteur pourrait ainsi économiser jusqu'à 43 000 euros sur cinq ans. Dans la modélisation de T&E, le coût total de possession d'un camion de nouvel entrant serait de 0,55 euro par kilomètre pour un transporteur allemand type, contre 0,63 euro avec un modèle européen, valeur de revente incluse. Dans le transport routier, où les marges sont de 1,5 à 2 %, les achats de camions sont surtout guidés par le coût, si bien qu'un écart supérieur à 10 % peut faire pencher le choix d'un transporteur. T&E estime aussi que les nouveaux venus font jeu égal avec les constructeurs historiques sur l'autonomie, le temps de recharge, la charge utile maximale et l'efficacité énergétique.
« Quelle sera, dans cinq ou six ans, la valeur d'un camion électrique chinois acheté aujourd'hui ? », demande toutefois Auto Infos dans son analyse de l'étude, alors que T&E a intégré une valeur de revente à son calcul. Le site note aussi que les constructeurs historiques disposent depuis des décennies de réseaux européens d'entretien et de pièces détachées.
Jusqu'à 31 % du marché européen en jeu d'ici 2030
D'après leurs déclarations, les nouveaux venus espèrent un quart du marché des camions électriques d'ici 2030. Dans les scénarios de T&E, les constructeurs européens en perdraient entre 24 et 31 % s'ils retardaient leur électrification. Marie Chéron est directrice par intérim de T&E France. Elle prévient que « ralentir maintenant le rythme d'électrification offrirait aux nouveaux arrivants l'opportunité de gagner une part significative du marché », et invite l'industrie du camion à tirer les leçons de l'automobile. Sur le marché automobile, des marques chinoises ont gagné rapidement en visibilité avec des modèles compétitifs et souvent agressifs sur les prix, rappelle Automobile Propre.
La semaine dernière, à l'occasion du salon IAA Transportation de Hanovre, les dirigeants de sept constructeurs européens de camions et d'autobus, réunis au sein de l'association européenne des constructeurs automobiles (ACEA), ont demandé de repousser de 2030 à 2033 l'échéance de conformité aux normes CO2. Ils estiment que la recharge, l'accès au réseau électrique, le prix de l'énergie et les politiques publiques sont en retard d'au moins trois ans, et invoquent moins de 2 000 points de recharge publics adaptés aux camions sur tout le continent. Karin Rådström, PDG de Daimler Truck, indique que « les investissements ont été faits » et qu'une large gamme de véhicules sans CO2 est disponible, mais que ces véhicules ne seront rentables à grande échelle que si cet écosystème rattrape son retard.