PESS Energy a alimenté la moitié des 42 food trucks du Street Food Festival de Marseille avec un conteneur de 7 tonnes. Cette start-up marseillaise a rempli ce conteneur de batteries de voitures électriques de seconde vie. Il a une capacité utile de 600 kWh.

D'aucuns vous diront que le bruit et l'odeur d'un groupe électrogène font partie des charmes des festivals estivaux, mais tout de même, pour l'environnement, c'est moyen.
Il fallait trouver une solution de remplacement qui soit propre et écologique. Et cocorico, c'est en France qu'on l'a trouvée. PESS Energy assemble à Marseille des batteries mobiles, de la Bobine de 5 kWh sur roulettes au Bulk de 600 kWh. Ce conteneur de 3 mètres de long pèse 7 tonnes et il ne faut pas moins qu'un camion-grue pour le livrer sur les événements. Avec 160 kW de puissance en recharge et en décharge, il a une autonomie de 24 heures à 25 kW, ou d'environ 4 heures à pleine puissance et il est pilotable à distance.
Le Bulk trois soirs de suite au Street Food Festival de Marseille
Le coffret forain de 30 kW mis à disposition par la ville de Marseille était trop faible pour les grosses friteuses des food trucks. La moitié des 42 camions étaient en outre trop loin du point de distribution, a indiqué Rémi Pillot, fondateur de PESS Energy, à Automobile Propre. Ces camions ont tiré leur électricité du Bulk pendant trois soirs de suite.
« On a rechargé à 30 kW sur le coffret 24h/24, et de 17 h à minuit, pendant le festival, on a délivré beaucoup plus pour ne pas surcharger le réseau », a expliqué Rémi Pillot. Les plombs ont sauté à trois reprises sur le site, mais « ceux qu'on alimentait n'ont rien vu car nous avons un mode onduleur UPS », a-t-il ajouté.
Les food trucks ont consommé 1 200 kWh en trois soirs. Sur les 160 kW du Bulk, ils en ont appelé 80 au maximum et 60 en moyenne. Rémi Pillot chiffre à 1 400 euros de carburant et à 1 600 kg de CO₂ l'économie réalisée.
Rémi Pillot refuse de communiquer le tarif de location du Bulk. « À chaque devis, PESS étudie et se positionne de façon à coûter, dans le pire des cas, autant que des groupes électrogènes », a-t-il promis. L'organisateur ne fait donc pas d'économie systématique, mais ses visiteurs n'ont pas à supporter les odeurs de gazole.
Marseille est le troisième événement où PESS Energy a déployé le Bulk. L'entreprise l'avait installé auparavant à Aix-en-Provence pour un festival gastronomique, et « en pleine forêt » pour une cérémonie ministérielle. Ce site était totalement dépourvu de connexion au réseau électrique.
Des packs de seconde vie en bon état mais un marché très jeune
Il y a quelques années, les casses automobiles ne savaient pas quoi faire des packs de batteries, rappelle Rémi Pillot. Certaines en proposent désormais à la vente. PESS Energy empile huit de ces packs dans le Bulk. « C'est du réemploi, à part reprogrammer le BMS (battery management system), on ne fait rien d'autre », a précisé le fondateur.
Les packs viennent de trois sources. Des constructeurs automobiles ont écarté des packs neufs avant même de les monter sur une voiture. La start-up a aussi récupéré un pack quasi neuf sur une voiture à 34 km au compteur, mise à la casse après un choc contre un arbre. Sur les packs usés par toute une vie de conduite, Rémi Pillot ignore le style du conducteur et le nombre de recharges rapides. « C'est un peu le poker », a-t-il confié.
Le pack le plus usé du Bulk a un état de santé (SOH) de 92 %, précise le fondateur. Ce niveau est rare pour des packs de seconde vie, d'après Automobile Propre.
Rémi Pillot ne peut pas mélanger n'importe quels packs, car « c'est la plus mauvaise cellule qui détermine la capacité pack ». Or trouver des lots homogènes est difficile, si bien qu'il travaille à la création d'un « hub » de la seconde vie. Dans ce hub, chaque entreprise aurait une mission, du démontage à la certification, et un agrégateur tiendrait le stock.
Rémi Pillot économise environ 25 % sur l'approvisionnement grâce à la seconde vie, mais il estime devoir jeter un pack d'occasion sur quatre. Les fabricants chinois vendent leurs systèmes de stockage à des tarifs si bas qu'il est de plus en plus difficile de les concurrencer, note Automobile Propre. Le fondateur admet ne pas être certain que le Bulk coûte nettement moins cher qu'un équivalent neuf. Il mise sur l'impact carbone. « On économise 75 à 80 % de CO₂ par rapport à une batterie neuve », a-t-il ajouté.
PESS Energy vend aussi le Bulk sur mesure, à un tarif non dévoilé, et prépare une version de 400 kW. Enedis multiplie de son côté les points de connexion au réseau, notamment en milieu urbain, pour alimenter directement les événements sans groupe électrogène.