Des chercheurs australiens ont équipé des cafards vivants d’un dispositif d’injection commandé à distance, capable d’administrer un médicament après le repérage d’une victime sous des décombres. Cette capacité complète les usages déjà connus des insectes cyborgs pour la recherche de survivants en zone sinistrée.

Si vous avez lu la trilogie de l’écrivain français Bernard Werber, Les Fourmis, cet article pourrait vous replonger dans ses pages.
Une équipe de l’Université du Queensland (UQ) a mis au point ce dispositif avec des chercheurs de l'Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW). Le dispositif s’appelle Paraborg. Pour le construire, l’équipe a choisi une blatte fouisseuse géante originaire du nord du Queensland. Cette espèce blindée, la Macropanesthia rhinoceros, peut mesurer jusqu’à 87 millimètres de long, pour un poids maximal de 40 grammes. « Depuis une vingtaine d'années, des insectes cyborgs sont conçus pour des missions de recherche et d'exploration », a déclaré Tan Vo-Doan, chercheur en biorobotique à l’UQ, dans un communiqué de l’université. « Nous souhaitions franchir une nouvelle étape ». Il évoque l’ajout d’une fonction médicale à un insecte déjà utilisé pour explorer des décombres et filmer l’état de victimes ensevelies.
Des cafards qui ne se contentent plus de repérer les victimes
L’équipe a publié ces travaux dans la revue Advanced Science. Dans cette publication, elle présente deux versions de l’insecte. L’une porte une caméra pour observer l’état de la victime. L’autre est équipée d’un mécanisme d’injection automatique pour administrer un médicament. Un cafard peut transporter jusqu’à une fois et demie son poids. Équipé du dispositif d’injection, il gagne environ 15 millimètres de hauteur et 17 grammes, mais il continue de se déplacer normalement, selon l’étude. Pour poser les électrodes et le microprocesseur, les chercheurs anesthésient d’abord l’animal. Une fois le matériel retiré, celui-ci retrouve une vie de cafard ordinaire.
Dans la vidéo ci-dessous, on voit comment le dispositif d'injection embarque une seringue actionnée par un ressort. À l’intérieur, l’acide citrique est mis en contact avec du bicarbonate de soude, la même réaction chimique que celle du volcan de bicarbonate et de vinaigre fabriqué à l’école. Le dioxyde de carbone produit pousse le piston de la seringue et déclenche l'’injection.
Sur les essais réalisés à moins de 150 millimètres de la cible, le taux de réussite de l’injection s’élève à environ 95 %. Sur l’ensemble du parcours, du départ jusqu'à l'injection complète, ce taux est de 72 %. Les chercheurs ont aussi testé un travail en binôme. Un premier cafard, porteur d’une caméra, repère une cible simulée. Un second, muni du système d'injection, lui administre ensuite le médicament.
Un premier secours encore piloté à distance
Un opérateur humain garde la main sur les déplacements du cafard. En stimulant indépendamment chaque antenne de l’insecte, il oriente sa marche. Sa vitesse dépend d’une stimulation simultanée des cerques. Cette paire d’organes sensoriels est située à l’arrière de l’abdomen. Les chercheurs ont travaillé avec des fréquences comprises entre 10 et 40 hertz, après avoir observé qu’au-delà de 50 hertz, l’effet de la stimulation s’estompait avec le temps. Sur le terrain, l’opérateur commande le cafard avec une manette de jeu sans fil, comme sur une console.
L'’équipe de l’UQ et de l’UNSW avait aussi mis au point des coléoptères cyborgs capables de grimper aux murs verticaux. Elle note toutefois que les insectes plus grands, comme le cafard fouisseur, conviennent mieux au transport de matériel de secours ou médical spécialisé.
Toutefois, l’équipe précise que l’expérience s’est déroulée en laboratoire, loin du relief instable et des paysages changeants d’un site sinistré réel. Les décombres d'un bâtiment effondré n’ont pas non plus été reproduits pendant les essais. Le mouvement de la victime au sol reste, par exemple, difficile à anticiper pour l’instant. Une utilisation réelle supposerait aussi des communications sans fil fiables à l’intérieur d'une structure endommagée, et des aiguilles jugées sûres et stériles pour un usage médical.
Tan Vo-Doan veut croire qu’une équipe de secours composée d’insectes cyborgs pourrait intervenir sur un site sinistré réel d’ici cinq à dix ans, si l'équipe obtient les moyens d’accélérer la recherche et les essais sur le terrain. « Plutôt que de construire un seul robot capable de tout faire, nous pouvons exploiter les forces naturelles de différents insectes et les équiper pour différentes missions », a déclaré Tan Vo-Doan.
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