Plusieurs composantes de l’armée américaine ont désactivé les identifiants publicitaires sur une partie de leurs téléphones et ordinateurs professionnels. Cette mesure fait suite à des signalements du CENTCOM selon lesquels des adversaires auraient exploité des données de localisation commerciales pour surveiller ou cibler des militaires au Moyen-Orient.

Des données de localisation associées aux identifiants publicitaires de smartphones auraient été exploitées pour surveiller ou cibler des militaires américains au Moyen-Orient. Selon TechCrunch, des lettres rendues publiques ce 4 septembre par le sénateur Ron Wyden montrent que l’US Army, l’US Air Force, la Navy et le commandement des opérations spéciales ont depuis désactivé tout ou partie de ces identifiants sur leurs appareils gérés.
Des données achetables en ligne, utilisées pour traquer des soldats au Moyen-Orient
Un identifiant publicitaire mobile, ou MAID, est un code pseudonyme et réinitialisable attribué à un appareil. Il ne contient pas lui-même de coordonnées GPS, mais des applications et intermédiaires publicitaires peuvent lui associer des relevés de localisation. Une fois agrégées par des courtiers, ces données permettent de reconstituer les déplacements et les habitudes d’un utilisateur. Des acteurs malveillants, y compris liés à des gouvernements étrangers, peuvent ensuite tenter de les acquérir directement ou par l’intermédiaire de sociétés écrans.
Un autre risque, distinct du commerce des données de localisation, concerne les images publiées par les militaires eux-mêmes. En juillet, Reuters rapportait que certaines vidéos diffusées sur Internet auraient aidé l’Iran à évaluer les effets de ses frappes et à mieux cibler les suivantes. Rien ne permet cependant de relier cet épisode à l’exploitation d’identifiants publicitaires.
Désactivation tardive et périmètre encore poreux
Les réponses rendues publiques par Ron Wyden, complétées par des précisions fournies à Reuters, témoignent d’un déploiement progressif et disparate. L’US Army affirme avoir bloqué les identifiants publicitaires sur ses ordinateurs Windows avant 2021, mais ne les avoir désactivés par défaut sur ses appareils Android et Apple que depuis au moins février 2026. L’Air Force indique avoir appliqué cette mesure à ses ordinateurs et appareils mobiles environ deux mois avant la publication des lettres, tandis que le commandement des opérations spéciales l’aurait « récemment » mise en œuvre sur ses machines Windows. La Navy a également confirmé leur désactivation sur ses appareils professionnels, sans fournir pour autant de dates. Pour Ron Wyden, ces différentes mesures n’ont jusqu’ici « pas permis de neutraliser cette menace ».
Lui et le représentant républicain Pat Harrigan ont adressé le 4 septembre une lettre commune à l’inspecteur général du Pentagone pour demander une enquête sur la gestion de ce risque. Harrigan résume le problème sans détour : les ennemis des États-Unis « ne devraient pas pouvoir sortir une carte de crédit et acheter des informations qui les aident à traquer les soldats américains ».
De plus, Wyden avertit que les téléphones personnels des militaires et des contractants amenés sur les bases restent hors du périmètre de protection. Zach Edwards, co-fondateur de la société Decryptads, estime que la désactivation des MAIDs réduit l'exposition aux ventes de données en masse, mais que d'autres méthodes de suivi demeurent possibles, notamment par triangulation des données techniques de l'appareil avec des informations réseau.
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