Le géant de l'automobile étudierait l'arrivée en Europe de modèles développés pour la Chine, avec une production possible dans ses usines allemandes. Une situation encore impensable il y a quelques années, qui dit beaucoup du nouveau rapport de force dans la voiture électrique.

La transition vers le tout électrique est compliquée même pour le plus grand constructeur européen. ©geogif x Shutterstock
La transition vers le tout électrique est compliquée même pour le plus grand constructeur européen. ©geogif x Shutterstock

Volkswagen pourrait bientôt fabriquer en Allemagne des voitures pensées d'abord pour la Chine. Selon le média allemand Handelsblatt, le groupe étudie pour la première fois l'importation, puis une éventuelle production européenne, de modèles développés avec ses partenaires chinois. Il y a quelques années, une telle piste aurait presque sonné comme une provocation. L'industrie allemande regardait alors la Chine comme un marché à conquérir, pas comme un laboratoire capable d'inspirer ses propres usines.

La Chine comme raccourci industriel

Ce projet répond à un problème concret pour l'entreprise de Wolfsbourg. Le constructeur doit mieux occuper certaines usines sous-utilisées, accélérer sur l'électrique et réduire ses délais de développement. Or, les partenaires chinois de Volkswagen ont déjà développé des modèles électriques complets avec leur base technique et leurs logiciels, pour un marché qui avance beaucoup plus vite que l'Europe. Les reprendre permettrait à VW de gagner du temps, un raccourci industriel totalement impensable il y a encore quelques années.

La piste est notamment défendue par Olaf Lies, ministre-président de la Basse-Saxe, région actionnaire de Volkswagen. « Nous rapatrions donc nos propres véhicules dans nos usines ici, avec nos partenaires, pour les y produire », a-t-il expliqué à Deutsche Presse-Agentur, l'agence de presse allemande DPA. Une manière de présenter l'opération non comme une délocalisation à l'envers, mais comme un moyen de remplir les usines allemandes, de sécuriser l'emploi et de faire revenir en Allemagne des modèles pensés avec des partenaires chinois.

Volkswagen n'est pas le seul à regarder vers l'Est

Plusieurs véhicules seraient étudiés, dont le grand SUV ID. Era 9X, développé avec SAIC et doté d’un prolongateur d’autonomie. Mais VW peut aussi s’appuyer sur un autre partenaire chinois clé : Xpeng. Produit par Volkswagen Anhui à Hefei, l’ID.UNYX 08 est le premier modèle développé conjointement par les deux groupes, tandis que l’ID.UNYX 07 exploite une architecture électronique et logicielle co-développée avec Xpeng.

Rien n'est toutefois encore acté. Volkswagen devra trancher entre importation, adaptation logicielle, homologation européenne et production locale. L'usine de Zwickau, déjà spécialisée dans l'électrique, est régulièrement citée comme candidate possible.

Le plus frappant, c'est que Volkswagen n'est pas un cas isolé. Stellantis a déjà franchi plusieurs caps avec la Chine. Avec Leapmotor, le groupe prévoit une production européenne en Espagne, notamment à Saragosse, et travaille même avec son partenaire chinois sur un futur SUV électrique Opel. Avec Dongfeng, autre partenaire historique, Stellantis envisage aussi d’ouvrir son usine de Rennes-La Janais à des modèles électriques chinois.

Renault suit une voie différente, mais tout aussi révélatrice : la future Twingo électrique reste pensée pour l’Europe et produite en Europe, mais son développement s’appuie en partie sur des équipes et méthodes d’ingénierie en Chine pour gagner du temps et réduire les coûts. Une belle gueule de bois pour une industrie européenne qui a longtemps cru pouvoir dicter seule le tempo de l’électrification.