D'ici quelques mois, la donne va changer dans l'Union européenne. Les autorités imposent aux fabricants de permettre aux utilisateurs de remplacer eux-mêmes la batterie de leurs appareils. La règle entre en vigueur le 18 février 2027 et couvre une large gamme de produits portables. Mais pour les smartphones, c'est un peu différent.

L'Europe dispose en réalité de deux textes distincts sur le sujet. Le règlement (UE) 2023/1670 encadre spécifiquement les smartphones et les tablettes. De son côté, le texte (UE) 2023/1542, entrera en vigueur à partir du 18 février 2027 et concerne presque tous les autres appareils portables alimentés par une batterie parmi lesquels les casques, les liseuses, les consoles portables, ou les ordinateurs portables. Comme le rappelle The Verge, ces deux textes ne prévoient pas les mêmes obligations.
Un simple tournevis doit suffire
Le règlement de 2027 pose un principe de base : l'utilisateur doit pouvoir retirer et remplacer lui-même la batterie de son appareil avec des outils courants. Un tournevis standard suffit. Si un outil spécifique est nécessaire, le fabricant doit le fournir gratuitement avec le produit. Surtout les pièces de rechange devront rester disponibles pendant au moins cinq ans après la commercialisation.
Certains acteurs n'ont pas attendu la date butoir. Sennheiser vient de lancer le Momentum 5, un casque supra-aural dont la batterie se remplace avec un simple tournevis Phillips. Fender avait devancé la réglementation quelques mois auparavant avec ses Mix. Finalement, il semblerait donc que la contrainte ne soit pas insurmontable.
La Commission européenne entend aller dans les détails et le sort de certains appareils n'est pas encore scellé. C'est notamment le cas des montres connectées, des trackers fitness ou des lunettes intelligentes. Leurs batteries sont trop petites pour être manipulées sans risque d'endommagement. La coalition Right to Repair Europe, qui représente plus de 190 organisations provenant de 30 pays européens, n'est pas du même avis. Elle pointe par exemple la Pixel Watch 4, dont la batterie est déjà amovible.
Deux autres points restent encore imprécis, notamment la définition d'"outils commercialement disponibles" et le prix "raisonnable" des pièces de rechange Ces deux points devraient se préciser à mesure que les délais approchent.
Et quid des smartphones ?
Les téléphones sont soumis à un autre règlement. Ce texte impose bien aux fabricants de rendre disponibles certaines pièces détachées pendant sept ans et cela inclut la batterie. En revanche, il prévoit une exception bien spécifique.
- Si le smartphone conserve 83 % de sa capacité après 500 cycles de charge.
- Si le smartphone conserve 80 % de sa capacité après 1000 cycles de charge.
- S'il est certifié IP67 (résistance à une immersion dans l'eau jusqu'à un mètre pendant 30 minutes).
➡️ Alors le remplacement de la batterie peut rester réservé aux professionnels. L'utilisateur final n'a pas à pouvoir le faire lui-même.
Notons que ces trois conditions doivent être cumulées.
En pratique, la plupart des smartphones actuels remplissent déjà ces critères. Realme et Oppo revendiquent des batteries conservant 80 % de leur capacité après 1 600 cycles. Le Moto G Power 2025 affiche un indice IP69 à moins de 300 dollars. Apple a introduit dans ses derniers iPhones un adhésif à libération électrique : la batterie se décolle lorsqu'on lui applique une légère charge électrique provenant d'une autre batterie. La marque n'a pas confirmé de lien entre ce changement et la réglementation européenne, et les iPhones récents remplissent par ailleurs déjà les critères d'exemption.
Au moment du lancement du Fairphone 6, nous avions interviewé Miquel Ballester, cofondateur de Fairphone : il défend depuis des années l'idée que durabilité et réparabilité ne sont pas incompatibles, et ses produits sont conformes à ces exigences depuis longtemps. Meta, de son côté, a préféré retarder le lancement de ses lunettes Ray-Ban Display en Europe, la réglementation sur les batteries étant en cause.