À trois jours du début d’une grève de 18 jours chez Samsung Electronics, le gouvernement sud-coréen sort l’artillerie lourde. Car Séoul ne peut tout simplement pas se permettre de laisser son champion national s’arrêter.

Samsung est dans une situation on ne peut plus délicate. ©RYO Alexandre / Shutterstock
Samsung est dans une situation on ne peut plus délicate. ©RYO Alexandre / Shutterstock

La grève doit débuter le 21 mai et durer 18 jours. Son ampleur est colossale : elle concerne plus de 47 000 employés de Samsung Electronics, principalement sur le campus de Pyeongtaek, qui abrite les plus grandes usines de mémoire au monde.

Mais pourquoi ? Concrètement, le syndicat réclame des bonus équivalents à 15 % des bénéfices d’exploitation annuels de Samsung, la suppression des plafonds de prime et une structure de rémunération variable formalisée. Si la direction a proposé 10 % des bénéfices d'exploitation ainsi qu’un package de compensation exceptionnel, l’offre a été jugée insuffisante.

Des pertes colossales

Ce bras de fer n’est pas nouveau, mais son échelle l’est. Un rassemblement le 23 avril dernier avait déjà mobilisé 40 000 travailleurs, provoquant ce jour-là une chute de 58 % de la production des lignes de fonderie et de 18 % de celle des usines de mémoire. Une grève de 18 jours pourrait coûter extrêmement cher à Samsung.

Et le risque est pris très sérieusement par les autorités, d'après Reuters. Ce dimanche 17 mai, le Premier ministre, Kim Min-seok, a réuni ses ministres en session d’urgence et prévenu que « les pertes économiques que nous allons subir seront au-delà de l'imaginable ».

Les chiffres sont colossaux. Selon lui, les pertes directes d’une seule journée d’arrêt atteindraient 1 000 milliards de wons, soit environ 664 millions de dollars. Et si la grève force Samsung à mettre au rebut des tranches de silicium déjà en cours de fabrication, la facture totale pourrait grimper jusqu’à 100 000 milliards de wons, soit près de 66 milliards de dollars.

L'usine concernée par la grève. ©Samsung
L'usine concernée par la grève. ©Samsung

Une mesure rarissime

Pour éviter ce scénario, Séoul envisage de recourir à une mesure rarissime : l’arbitrage d’urgence. Ce dispositif légal permet au ministre du Travail de suspendre tout mouvement social pendant 30 jours si le conflit est jugé susceptible de nuire à l’économie nationale ou à la vie quotidienne.

Son activation serait un geste extraordinaire, mais le gouvernement a clairement indiqué qu’aucune option n’était exclue. Le président Lee Jae Myung a lui-même appelé publiquement au respect mutuel des droits du travail et du management, de quoi résumer la position d’équilibre difficile dans laquelle se trouve l’exécutif.

Une ultime session de négociations est prévue ce 18 mai avec un médiateur gouvernemental. Le président de Samsung, Lee Jae-yong, a de son côté pris la parole samedi dans une rare sortie publique, présentant ses excuses aux clients du monde entier. La tension est palpable.

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