Samsung concentre 40 % de la production mondiale de DRAM. Ses employés menacent de débrayer pendant 18 jours fin mai. Dans un marché déjà en surchauffe, le scénario du pire commence à ressembler au scénario par défaut.

Samsung Plant 5, Pyeongtaek - © Samsung
Samsung Plant 5, Pyeongtaek - © Samsung

Le campus de Pyeongtaek, en Corée du Sud, abrite les plus grandes usines de mémoire au monde. Le 23 avril, quelque 40 000 employés de Samsung Electronics s'y sont rassemblés pour signaler leur détermination, rapporte TechCrunch. Le syndicat réclame 15 % des bénéfices d'exploitation annuels de Samsung en bonus, soit environ 4,5 milliards de dollars. La direction refuse. Sans accord, la grève débutera le 21 mai pour durer jusqu'au 7 juin.

Honor 600Honor 600

Offre partenaire

Design haut de gamme et une finition d'exception

Profitez d'une offre de lancement exclusive sur ce nouveau smartphone avec des remise et un cadeau au choix

Offre partenaire

Ce que les chiffres du conflit révèlent

Le syndicat a obtenu 93,1 % de votes favorables à la grève générale. Le rassemblement du 23 avril a eu des effets immédiats. La production des usines de mémoire (très automatisées) a chuté de 18,4 %, selon les estimations syndicales. Celle des lignes de fonderie, plus dépendantes de la main-d'œuvre, a plongé de 58,1 %.

Le problème ne s'arrête pas au jour de reprise. Les équipements de fabrication de semi-conducteurs nécessitent des cycles de maintenance continus. Un arrêt prolongé impose une phase de recalibration qui peut durer aussi longtemps que la grève elle-même. Autrement dit, 18 jours de débrayage pourraient se traduire par 36 jours de paralysie effective des lignes de production.

Le coût total ? Le syndicat l'estime à 30 000 milliards de wons, soit environ 20 milliards de dollars. Ce chiffre mérite toutefois une mise en contexte : il émane de la partie qui a intérêt à dramatiser l'impact pour forcer la négociation. Les analystes indépendants avancent des fourchettes plus basses.

Ce qui alimente la colère, c'est l'écart avec SK Hynix. Le principal concurrent de Samsung a supprimé son plafond de bonus en septembre dernier. Les primes moyennes de ses 35 000 employés pourraient atteindre 700 millions de wons par personne en 2026 (environ 470 000 euros). Le syndicat Samsung calcule que les bonus de ses ingénieurs représentent moins d'un tiers de ceux versés chez SK Hynix. Plus de 200 employés auraient déjà quitté Samsung pour rejoindre SK Hynix ces quatre derniers mois.

Pour les consommateurs, la facture est déjà salée

Le conflit social tombe au pire moment. Le marché mondial de la DRAM est déjà en surchauffe depuis plus d'un an. Samsung, SK Hynix et Micron ont massivement réorienté leurs lignes vers la mémoire HBM destinée aux serveurs d'IA. La DRAM conventionnelle en fait les frais depuis des mois. Les prix contractuels de la DRAM ont bondi de 90 à 95 % au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. La DDR5 a vu ses tarifs augmenter de plus de 180 % en un an.

Samsung a poussé le paradoxe jusqu'à refuser des commandes de mémoire à sa propre division smartphone pour vendre au prix fort sur le marché extérieur. Certains fabricants de PC ont constitué des stocks de composants supérieurs de 50 % à la normale pour se prémunir d'une rupture. Les fabricants de téléviseurs anticipent un doublement des coûts mémoire au deuxième trimestre. Ces surcoûts finiront inévitablement dans le prix final des produits.

SK Hynix et Micron pourraient théoriquement absorber une partie de la demande si Samsung faiblit. Mais SK Hynix a déjà annoncé ses capacités saturées pour 2026, et Micron a quitté le marché grand public pour se concentrer sur l'entreprise. La plupart des analystes estiment qu'un compromis reste probable. Mais entre la grève de 2024 (qui n'avait duré qu'une journée) et la mobilisation actuelle, l'échelle du rapport de force a changé du tout au tout.