Une source interne au partenaire de fabrication de Donut Lab a déposé une plainte pénale en Finlande contre la startup, l'accusant d'avoir trompé le public sur les performances de sa batterie à semi-conducteurs. La société nie tout comportement frauduleux.

Présentée au CES 2026 en janvier, la batterie à semi-conducteurs de Donut Lab promettait de se charger à 80 % en cinq minutes, d'endurer 100 000 cycles et d'atteindre une densité énergétique de 400 Wh/kg. Les batteries lithium-ion actuelles tournent entre 200 et 300 Wh/kg et tiennent entre 1 500 et 3 000 cycles complets.
Yang Hongxin, P-.D.G de Svolt Energy, n'en a pas cru un mot et avait affirmé en janvier que cette batterie « n'existe pas dans le monde » et que « n'importe quel technicien avec des connaissances de base reconnaîtrait l'arnaque ». À ce point ?
La technologie vient d'une PME allemande que Donut Lab a cachée
Selon l'enquête d'Helsingin Sanomat, la technologie batterie de Donut Lab proviendrait entièrement d'une petite entreprise allemande, CT-Coating, dont la startup finlandaise ne faisait pas mention publiquement. CT-Coating développe la technologie, puis le spécialiste en nanotechnologie finlandais Nordic Nano assure la production et Donut Lab commercialise.
Des échanges de mails de fin mars entre les trois entités, consultés par Helsingin Sanomat, montrent que Donut Lab demandait à CT-Coating des résultats de mesures correspondant aux promesses faites aux investisseurs sur les taux de charge, et que CT-Coating ne les a pas fournis.
La batterie présentée aux tests indépendants du laboratoire national VTT serait en réalité une cellule de première génération que CT-Coating avait déjà abandonnée au profit d'un modèle encore en développement préliminaire.
Autrement dit, le test publié par Donut Lab pour asseoir sa légitimité porterait sur une technologie que son propre fournisseur avait déjà écartée.
Un cofondateur de Nordic Nano porte plainte à titre personnel
Lauri Peltola, cofondateur et ancien directeur commercial de Nordic Nano, a déposé une plainte pénale contre Donut Lab, ainsi qu'un signalement auprès de l'Autorité de surveillance financière finlandaise et du médiateur de la chancellerie de justice.
Selon lui, les promesses de Donut Lab sur la densité énergétique, le nombre de cycles et la capacité de production en masse ont été trompeuses ou exagérées. La police d'Helsinki a confirmé au journal l'enregistrement d'une plainte pénale visant une entreprise du secteur des batteries.
Donut Lab et Nordic Nano ont répondu dans un communiqué conjoint signé par leurs P-.D.G respectifs, Marko Lehtimäki et Esa Parjanen. Ils indiquent ne pas connaître « la nature exacte » de la plainte, et affirment que Lauri Peltola « ne dispose pas des connaissances nécessaires en matière de technologie des batteries, ni d'une vision globale des travaux de développement » et ajoutent qu'il n'était ni actionnaire de Nordic Nano Group ni membre de l'équipe de développement batterie de Donut Lab.
Nordic Nano, de son côté, précise ne pas partager ses positions.
Or la plainte s'ajoute à une série de signaux défavorables à Donut Lab. Les tests VTT publiés par la startup n'ont validé que la vitesse de charge, en omettant les données sur la densité énergétique et la durabilité, deux points centraux dans ses arguments commerciaux. Par ailleurs, parmi les membres de la direction divulgués sur le site officiel de Donut Lab, aucun ne dispose d'expérience en R&D ni en fabrication de batteries.
La production annoncée pour le premier trimestre 2026 n'a pas eu lieu. Dans leur communiqué, Donut Lab et Nordic Nano maintiennent viser « un gigawatt » de capacité cette année et promettent de nouveaux résultats de tests au printemps.
Source : Electrek, Helsingin Sanomat (accès payant)
Une batterie à semi-conducteurs remplace l’électrolyte liquide (ou gel) des lithium-ion par un électrolyte solide, censé améliorer la sécurité (moins de risques d’emballement thermique) et permettre, sur le papier, des électrodes plus performantes. Le principal intérêt est d’augmenter la densité énergétique (plus d’énergie pour un même poids/volume) et/ou la vitesse de charge, tout en conservant une bonne durée de vie. En pratique, la difficulté se situe souvent aux interfaces entre matériaux solides (résistance interne, fissures, formation de dendrites), ce qui complique la production stable à grande échelle. C’est pour cela que beaucoup d’annonces très ambitieuses demandent des preuves détaillées et reproductibles.
Que signifie une densité énergétique de 400 Wh/kg et pourquoi ce chiffre est-il si sensible ?La densité énergétique en Wh/kg mesure l’énergie stockée par kilogramme de batterie : plus elle est élevée, plus un véhicule ou un appareil peut gagner en autonomie (ou réduire le poids à autonomie égale). Passer de 200–300 Wh/kg (ordre de grandeur courant sur des packs lithium-ion actuels) à 400 Wh/kg impliquerait un saut technologique majeur au niveau de la chimie, des matériaux et du design de cellule. Le point clé est que les chiffres annoncés doivent préciser le périmètre : cellule seule, module, ou pack complet, car le résultat baisse nettement dès qu’on ajoute boîtier, refroidissement et électronique. Sans protocole de mesure et données brutes (tension, capacité, masse exacte, conditions de test), la comparaison peut devenir trompeuse.
À quoi correspond “100 000 cycles” pour une batterie et comment valide-t-on ce type d’affirmation ?Un “cycle” correspond généralement à une charge/décharge complète équivalente (souvent exprimée en EFC, Equivalent Full Cycles), mais la définition varie selon les protocoles. Atteindre 100 000 cycles tout en conservant une capacité utile et une résistance interne acceptable est exceptionnel, car chaque cycle dégrade progressivement les électrodes et l’électrolyte. Pour crédibiliser un chiffre, il faut des courbes de vieillissement (capacité vs cycles), des conditions de test détaillées (température, profondeur de décharge, taux de charge C-rate) et idéalement une validation par un labo indépendant. Sans ces précisions, un résultat peut refléter un test partiel (petite fenêtre de charge, faible puissance, ou cellule de labo) difficile à transposer à un usage réel.