Un Français disparu depuis l’été 2025 pourrait être retenu dans un centre de cyberfraude en Asie du Sud-Est. Les Nations unies estiment à plus de 300 000 le nombre de personnes exploitées dans ces « scam centers », pour des revenus qui atteignent plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année.

S., serait détenu dans un de ces scam centers, sous contrôle de groupes criminels - ©Only_NewPhoto / Shutterstock
S., serait détenu dans un de ces scam centers, sous contrôle de groupes criminels - ©Only_NewPhoto / Shutterstock

C'est une information exclusive de notre confrère Libération, qui a recueilli le témoignage du frère de ce français disparu à l'été 2025 au Cambodge.

À l'automne, sans nouvelles, il transmet un signalement pour disparition inquiétante au Quai d’Orsay. En janvier, le parquet de Paris ouvre une enquête avec l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière. D'après les dernières informations venues de Thaïlande, il semble que les recherches se concentrent vers une zone située près du Cambodge. Le quinquagénaire pourrait s’y trouver, sans confirmation formelle sur sa situation.

Selon des témoignages recueillis ces dernières années, celui que Libération surnomme S., serait détenu dans un de ces lieux fermés, sous contrôle de groupes criminels. Les prisonniers n’ont plus accès à leurs documents ni à leurs moyens de communication. Ils sont contraints de jouer les cybercriminels avec un objectif financier précis. En cas d’échec, selon certains rescapés, des sanctions physiques tombent.

Recrutement international et dépendance organisée

Johanna Chardonnieras est coordinatrice chez Info Birmanie. Elle évoque des procédures de recrutement construites sur plusieurs échanges. D'abord des offres qui circulent pour des postes bien rémunérés, avec des interlocuteurs qui partagent la langue du candidat. Après avoir été convaincus de s'expatrier, la victime n'a plus aucune marges de manœuvres, on lui confisque ses papiers et tous les moyens de communication avec l'extérieur.

Depuis peu, les recruteurs ciblent des profils capables d’échanger en français. Les arnaques diffusées recherchent en effet des victimes en Europe francophone. Le procédé est toutefois le même. Les échanges s’inscrivent dans la durée, avec des scénarios précis. Les prédateurs ont une maîtrise fine de la langue pour renforcer la crédibilité des approches. Somme toute la méthode du scam utilisée sur une victime qui va être condamnée à… produire du scam.

Et comme si cela ne suffisait pas, d'après certains témoignages, pour être libérée, la victime doit convaincre un proche ou une connaissance de la rejoindre. Le réseau est donc, en plus de jouer sur la dépendance directe entre les victimes, automatiquement alimenté.

D'après ces élements, S. coche toutes les cases de la victime idéale. Un visa expiré depuis deux ans, des revenus irréguliers, des activités ponctuelles. C'est d'ailleurs ce que recherchent les cybercriminels.

Le scam centerKK Park Compound à Myawaddy, en Birmanie - ©Naphatpixs /Shutterstock
Le scam centerKK Park Compound à Myawaddy, en Birmanie - ©Naphatpixs /Shutterstock

Des outils numériques au service d’une fraude industrialisée

Ce genre de campagnes de scam n'est pas une nouveauté et a cmmencé à tourner selon des scripts bien établis, comme on vous en parlait déjà avec cette ferme chinoise qui faisait tourner des racks entiers de smartphones qui envoyaient des scams à gogo. Désormais, les outils d’intelligence artificielle renforcent les scénarii, décuplant davantage la force de frappe et une certains « efficacité ». Génération de messages adaptés, ajustement du ton selon les réponses, création d’images crédibles… tout est de plus en plus rapide, cohérent et convaincant.

Tant et si bien qu'Interpol classe la fraude financière en ligne parmi les principales menaces criminelles actuelles. Dans la région, les gains issus de ces activités atteignent environ 64 milliards de dollars par an.

En octobre dernier, l’armée cambodgienne a évacué un centre suspect. Des groupes présents sur place ont quitté les lieux avec une partie des travailleurs. Les enquêteurs envisagent un déplacement vers d’autres sites, ce qui rend les localisations plus complexes.

Les investigations françaises avancent avec peu de signalements exploitables. De nombreuses victimes ne déposent pas plainte, par crainte de représailles ou ne disposent pas d’éléments précis sur l’origine des escroqueries.

La famille de S. poursuit quant à elle les recherches. Son smartphone aurait été localisé dans une zone frontalière, côté thaïlandais. Hélas, les appels n’aboutissent pas et les messages restent sans réponse.

Source : Libération (accès payant)