Un Américain a généré des centaines de milliers de chansons par IA, les a fait écouter par des armées de bots et a siphonné 8 millions de dollars aux plateformes de streaming. Il vient de plaider coupable.

Les chansons et les auditeurs étaient faux. Les 8 millions volés aux artistes, eux, étaient bien réels. © Shutterstock
Les chansons et les auditeurs étaient faux. Les 8 millions volés aux artistes, eux, étaient bien réels. © Shutterstock

C'est la première affaire pénale de fraude au streaming portée devant la justice américaine. Michael Smith, 54 ans, habitant de Caroline du Nord, a plaidé coupable de complot en vue de fraude électronique devant un tribunal fédéral de New York. Il risque jusqu'à cinq ans de prison. Sa condamnation est prévue le 29 juillet 2026.

Un système industriel rodé pendant sept ans

Le schéma repose sur trois piliers : la production, la diffusion et la dissimulation. Côté production, Smith a collaboré dès 2018 avec le dirigeant d'une entreprise de musique par IA pour générer un catalogue colossal. Des centaines de milliers de titres, sans aucun musicien. Côté diffusion, il a créé des milliers de comptes fictifs sur Spotify, Apple Music, Amazon Music et YouTube Music. Un logiciel maison faisait tourner ces comptes en boucle, 24 heures sur 24, sur ses propres morceaux.

La clé de l'arnaque réside dans la dissimulation. Plutôt que de concentrer les écoutes sur quelques titres, Smith a réparti les streams sur l'ensemble de son catalogue. Le volume par morceau restait bas. Mais le total cumulé atteignait des milliards d'écoutes. Des VPN simulaient des connexions depuis différentes localisations. Le tout est passé sous les radars des plateformes pendant sept ans, de 2017 à 2024.

Le butin : plus de 8 millions de dollars en royalties. Smith a accepté de restituer l'intégralité de la somme (8 091 843,64 dollars, selon les documents judiciaires). Spotify précise que sa plateforme ne représente qu'environ 60 000 dollars du total fraudé.

Le streaming musical face à son talon d'Achille structurel

L'affaire dépasse le cas individuel. Le modèle de rémunération « pro rata » des plateformes fonctionne comme un pot commun. Chaque écoute frauduleuse dilue les revenus des vrais artistes. Quand Smith faisait tourner ses bots, il ne volait pas Spotify. Il volait les musiciens qui partagent le même pool de royalties.

L'IA amplifie le problème de façon exponentielle. Avant 2018, Smith utilisait ses propres compositions. Le passage à la génération automatique lui a permis de multiplier son catalogue par centaines. Deezer, qui reçoit désormais 60 000 morceaux entièrement générés par IA chaque jour, a développé son propre outil de détection. Spotify a supprimé 75 millions de titres en un an et adopté de nouvelles politiques d'étiquetage. Mais le fléau des faux streams ne se limite pas à l'IA : il contamine tout le modèle économique du streaming musical.

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26 février 2026 à 10h53
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