La startup chinoise Lisuan a commencé à livrer ses premiers GPU G100, gravés en 6 nm et compatibles DirectX 12. Prometteuses sur le papier, ces cartes soulèvent autant d'espoirs que de questions sur leurs performances réelles.

La Chine a longtemps regardé NVIDIA et AMD se partager le marché des GPU discrets sans pouvoir placer un seul pion sérieux. Lisuan, une startup fondée fin 2021, entend changer la donne avec sa série G100, basée sur une architecture maison baptisée « TrueGPU ». Ce n'est plus du vaporware : les premières livraisons ont débuté, comme le rapporte Tom's Hardware en s'appuyant sur le média chinois IT Home. La production en masse a officiellement démarré le 15 septembre 2025. Un jalon symbolique autant que technique, dans un contexte où Pékin pousse activement à l'indépendance technologique.
Le Lisuan G100 : une fiche technique qui ne manque pas d'ambition
La série G100 se décline en deux références. Le 7G106, orienté gaming, embarque 12 Go de GDDR6 sur un bus 192 bits, avec 192 unités de texture, 96 ROPs et un débit FP32 annoncé à 24 TFLOPS. Le 7G105, version entreprise, monte à 24 Go de GDDR6 avec support ECC. Les deux puces sont gravées en 6 nm, supportent DirectX 12, Vulkan 1.3 et l'interface PCIe 4.0.
Lisuan ne s'est pas contenté de copier le cahier des charges occidental. La firme a développé sa propre solution d'upscaling, baptisée NSRR, concurrente directe du DLSS de NVIDIA et du FSR d'AMD. Mieux encore, le G100 supporte l'initiative Windows on ARM de Microsoft, une fonctionnalité que même certains acteurs occidentaux n'ont pas encore pleinement intégrée. Sur le papier, c'est impressionnant. Mais le papier, ça brûle vite.
Des performances réelles encore très incertaines
C'est là que le bât blesse. HowToGeek signale qu'un résultat Geekbench OpenCL attribué au G100 affiche un score de seulement 15 524 points, soit un niveau équivalent à une GeForce GTX 660 Ti de 2012. La même fuite révèle des spécifications troublantes : 32 Compute Units, une fréquence de 300 MHz et seulement 256 Mo de VRAM déclarés. Autant dire que ça ne colle pas du tout avec les 24 TFLOPS annoncés.
L'explication la plus probable est celle d'un pilote immature qui rapporte incorrectement les caractéristiques du GPU. Ce serait cohérent avec l'historique des GPU chinois : Moore Threads avait connu exactement les mêmes déboires logiciels lors du lancement du MTT S80 en 2022. Les premiers retours clients, attendus dans les prochaines semaines, seront déterminants.
Que le G100 tienne ou non ses promesses de performances, l'essentiel est peut-être ailleurs. Créer depuis zéro une architecture GPU fonctionnelle, gravée en 6 nm, compatible avec les API modernes et capable de booter Windows : c'est déjà un exploit d'ingénierie que peu anticipaient aussi tôt.
La vraie question n'est pas de savoir si le G100 rivalise avec la RTX 4060 aujourd'hui, mais si NVIDIA et AMD ont raison de ne pas s'inquiéter pour demain.
