Panasonic n’a jamais caché sa singularité sur le marché des téléviseurs. Une marque respectée, souvent citée comme référence en matière de qualité d’image, mais dont la présence commerciale en Europe et ailleurs reste limitée face aux géants du secteur. En ce début d’année 2026, le constructeur japonais acte un virage stratégique majeur.

À l’occasion d’une présentation européenne à Munich, Panasonic a officialisé une refonte profonde de son modèle TV sur le continent européen, marquée par un partenariat industriel et commercial avec le groupe chinois Skyworth. Un changement d’ampleur, que le groupe assume, tout en martelant un message clé : Panasonic ne compte pas renier son ADN !
Un partenariat pour changer d’échelle, pas de philosophie
Le constat est posé sans détour par la direction de Panasonic. Le marché européen est exigeant, premium, mais difficile à rentabiliser sans volumes suffisants. Panasonic reconnaît implicitement ses limites structurelles face à la montée en puissance des grandes diagonales, du MiniLED et à l’accélération des cycles industriels.
Le partenariat conclu avec Skyworth, via sa maison mère Chuangwei RGB, doit précisément répondre à ce problème d’échelle. Le groupe chinois devient en effet l’opérateur principal pour les ventes, le marketing et la logistique des téléviseurs Panasonic en Europe et aux États-Unis, tandis que la marque japonaise conserve le pilotage de l’ADN produit : traitement d’image, réglages, exigences qualité et validation finale.

Panasonic insiste sur un point : il ne s’agit ni d’un retrait, ni d’une sous-marque déguisée. Les équipes européennes doivent rester en partie en place, le SAV continuer de s’appuyer sur les circuits existants, et les modèles haut de gamme être développés en collaboration étroite avec le Japon. L’objectif affiché par le constructeur est de rendre la marque plus visible, plus présente en magasin et de viser à terme "une part de marché à deux chiffres" en Europe.
En creux, Panasonic acte surtout une réalité devenue difficilement contournable : sur le marché TV européen, l’excellence technologique ne suffit plus sans capacité industrielle, cadence de renouvellement et puissance commerciale, des terrains sur lesquels les acteurs chinois ont pris une longueur d’avance. Un constat qui n'est pas sans rappeler les négociations en cours entre Sony et TCL.
Un équilibre fragile, suspendu à l’épreuve des produits
Reste que ce nouvel équilibre reposera entièrement sur l’exécution. La promesse d’une continuité qualitative, largement mise en avant par Panasonic, devra se vérifier très concrètement dans les futurs téléviseurs, bien au-delà des discours et des schémas organisationnels. C’est sur le terrain des produits, des réglages d’usine, de la cohérence des gammes et du hardware que se jouera la crédibilité de ce nouveau modèle, là où la frontière entre une industrialisation maîtrisée et dilution progressive de l’ADN reste, par nature, ténue.
Cette situation n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Philips sur le marché européen des téléviseurs. Depuis plus d’une décennie, la marque s’appuie sur le modèle industriel de TP Vision, combinant la puissance de production asiatique à un pilotage européen. Une organisation qui a permis à Philips de maintenir une identité forte (notamment autour de l’image et de l’Ambilight) tout en restant compétitif en volumes.
En filigrane, Panasonic cherche aujourd’hui à opérer une synthèse comparable, en conciliant la rigueur historique qui a forgé sa réputation auprès des professionnels et amateurs de l’image avec la réalité d’un marché où la technologie seule ne suffit plus, sans cadence industrielle, puissance commerciale et capacité à occuper durablement le terrain face aux acteurs les plus offensifs. Un pari délicat qui, au fond, apparaît aussi comme l’une des seules portes de sortie pour que Panasonic continue d’exister sur le marché TV européen.