Affaire Facebook / Cambridge Analytica : et maintenant ?

02 mai 2018 à 17h35
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Avant la comparution de son fondateur devant le Sénat américain, Facebook a annoncé la mise en place d'outils visant à éviter que de pareilles affaires se produisent à l'avenir.

Le 28 mars, le réseau social a indiqué dans un billet que les utilisateurs auraient désormais plus de facilité à contrôler et à supprimer leurs données personnelles. Outre une amélioration de l'interface des réglages, de nouveaux outils ont été proposés aux internautes pour offrir plus de « transparence ».

Par la suite, Facebook a annoncé qu'il limiterait les données personnelles exploitables par les annonceurs. Si la pratique n'est pas illégale, les événements récents ont définitivement poussé Facebook à prendre une telle décision. Le réseau social stoppe donc « Partner Categories », un élément qui permettait aux marques de profiter des données de Facebook pour parfaire son ciblage.

Facebook ajoute également : « Bien qu'il s'agisse d'une pratique courante dans l'industrie, nous croyons que cette étape, qui se terminera au cours des six prochains mois, contribuera à améliorer la protection de la vie privée sur Facebook ».

Le nombre de profils collectés revu à la hausse

Le 4 avril, Facebook a indiqué avoir évolué dans son enquête et révélé que 87 millions d'utilisateurs avaient vu leurs données collectées, au lieu du nombre initial de 50 millions.

stats facebook

Nombre d'utilisateurs touchés par pays © Facebook


2,7 millions d'utilisateurs seraient concernés en Europe, dont quelque 211 000 français.

En parallèle, l'annuaire inversé - permettant de trouver un utilisateur via son numéro de téléphone ou son adresse email sur le réseau social - a finalement été supprimé. Si le directeur de la technologie Mike Schroepfer a justifié sa présence en indiquant qu'il était utile dans certains pays où les gens ont souvent le même nom, il a reconnu que la fonctionnalité pouvait être utilisée pour « récupérer les informations du profil public ».

Des applications tierces bannies de Facebook

Quelques jours plus tard, la plateforme sociale indiquait qu'elle suspendait AggregateIQ, une entreprise étroitement liée à Strategic Communication Laboratories (SCL). Depuis 2016, AggregateIQ avait pour seul client... Cambridge Analytica. Celle-ci aurait particulièrement travaillé à faire pencher les votes du Brexit en faveur du « Leave », un résultat qui s'est joué à moins de 2%.

Facebook déclarait alors au National Observer : « Les rapports récents selon lesquels AggregateIQ pourrait être affiliée à SCL et pourrait, par conséquent avoir incorrectement reçu des données d'utilisateur (Facebook), nous les avons ajoutés à la liste des entreprises que nous avons suspendues pendant notre enquête ».

Pour les mêmes raisons, la société CubeYou a également été suspendue du réseau social.

aggregateiq


Zuckerberg en costume et cravate devant le Congrès américain

Habitué à la traditionnelle tenue jean-t-shirt, Mark Zuckerberg avait réussi à éviter le périlleux exercice jusqu'ici. Difficile d'esquiver l'invitation cette fois-ci. Les rencontres avec la Commission judiciaire du Sénat et la Chambre des représentants se sont déroulées respectivement le 10 et 11 avril.

« Je pense que l'erreur que nous avons commise, c'est de considérer notre responsabilité comme un simple outil de construction, plutôt que de considérer toute notre responsabilité comme un moyen de s'assurer que ces outils ont été utilisés pour le bien. »
- Mark Zuckerberg au Congrès américain, le 11 avril 2018

Pendant plus de cinq heures d'affilée, Zuckerberg a répondu aux questions posées par les sénateurs et les députés. Facétieux - ou énervé (ou les deux ?), le sénateur Dick Durbin a posé la fameuse question « Seriez-vous prêt à rendre public le nom de l'hôtel dans lequel vous avez dormi hier soir ? », tirant des sourires à l'audience. À la réponse négative du fondateur, le sénateur a répliqué par une phrase largement reprise dans les médias le lendemain : « Vous voyez, là est tout le problème : votre droit à la vie privée et tout ce que nous abandonnons au nom de la connexion mondiale entre les gens ».


Vidéo : Le Monde / Youtube


Un interrogatoire très politique

Le sénateur Ted Cruz, qui avait lui-même utilisé les services de Cambridge Analytica lors de l'investiture, a questionné Facebook sur sa neutralité politique arguant du fait que « De nombreux américains se sentent très concernés par l'idée que Facebook et d'autres sociétés technologiques soient engagés dans une forme de parti-pris envahissant et de censure politique ».

Depuis sa création, Facebook est accusé de favoriser des valeurs démocrates, un sujet qui revient assez régulièrement et qui n'allait certainement pas être laissé de côté lors de cette prise de parole historique. Zuckerberg a indiqué : « Je comprends d'où peut venir cette idée car Facebook et l'industrie de la tech sont situées dans la Silicon Valley, qui est un endroit qui penche franchement à gauche. J'essaie de faire en sorte qu'il n'y ait pas de biais dans le travail que nous menons ».

facebook pixabay


Pour la première fois, Zuckerberg a publiquement démenti la rumeur selon laquelle Facebook utiliserait les micros des téléphones de ses utilisateurs pour les espionner (et vendre ces données). Il a également fait remarquer que ce bruit de couloir s'apparentait à une « théorie du complot ».

Durant ces deux jours, on a également demandé au PDG s'il pensait que son réseau social avait le monopole, précisant : « Si j'achète une Ford et que je n'en suis pas content, je peux acheter une Chevrolet. Si Facebook ne me va pas, quel est un produit équivalent ? ». Une question compliquée à laquelle Zuckerberg a finalement répondu en citant des concurrents tels que Google, Apple, Microsoft et Amazon. Autant de plateformes qui n'ont pas vocation à être des réseaux sociaux.

Les shadow profiles passés au crible

Lors de la deuxième journée d'audition, le représentant du Nouveau-Mexique, Ben Lujan, a interrogé Zuckerberg sur une autre question clé : les shadow profiles. Ces derniers regroupent les informations que Facebook recueille sur les personnes qui n'utilisent pourtant pas la plateforme. Imaginons par exemple que vous n'avez pas Facebook, mais que vous donnez votre numéro de téléphone à un ami inscrit sur le réseau. Si celui-ci a accepté que Facebook ait accès à son répertoire, Facebook est en possession de votre numéro de téléphone. Ces informations ne sont pas publiques, mais sont néanmoins détenues par la plateforme.

Si le PDG a indiqué ne pas être « familier » avec le terme, il a par la suite admis collecter les données des non-utilisateurs. Dans un billet, le directeur de produit David Baser a également adapté une ligne de défense inédite pour Facebook, mentionnant que d'autres faisaient de même (Twitter, LinkedIn...).

De façon générale, les heures passées assis face au public de sénateurs n'auront pas été faciles pour Zuckerberg et le réseau social. D'autre part, ce passage par le Congrès aura été révélateur d'un problème plus profond apparu lors de l'audition : certains élus ont du mal à saisir les enjeux numériques, politiques et sociétaux d'une telle polémique, posant parfois des questions sans rapport direct avec le sujet.

Autre révélation troublante, une ancienne employée de Cambridge Analytica, Brittany Kaiser s'est exprimée dans un témoignage écrit : « Je dois souligner que les ensembles de données et les questionnaires de Kogan/GSR n'étaient pas les seuls questionnaires et ensembles de données reliés à Facebook utilisés par Cambridge Analytica. Je suis au courant dans un sens général d'un large éventail d'enquêtes qui ont été faites par CA ou ses partenaires, généralement avec un login Facebook - par exemple, le "sex compass quiz". Je ne connais pas les particularités de ces enquêtes ni la façon dont les données ont été acquises ou traitées. Mais je crois qu'il est presque certain que le nombre d'utilisateurs de Facebook dont les données ont été compromises par des moyens similaires à ceux utilisés par Kogan est bien supérieur à 87 millions ; et que Cambridge Analytica et d'autres entreprises et campagnes non connectées ont été impliquées dans ces activités ».

Une manière simple de dire que ThisIsYourDigitalLife n'a pas été la seule application conçue pour collecter de données.
Modifié le 01/05/2019 à 14h44
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