Pour s’offrir Tubi en 2020, Fox avait revendu les 5 % qu’il détenait dans Roku. Le groupe de la famille Murdoch possède aujourd’hui toute la plateforme américaine de télévision connectée, rachetée pour 22 milliards de dollars avec plusieurs mois d’avance sur la date prévue.

Avec Roku, le groupe Murdoch contrôle à la fois ses programmes, ses services de streaming et le menu où des millions d’Américains choisissent ce qu’ils vont regarder - ©gguy / Shutterstock
Avec Roku, le groupe Murdoch contrôle à la fois ses programmes, ses services de streaming et le menu où des millions d’Américains choisissent ce qu’ils vont regarder - ©gguy / Shutterstock

Roku vend des boîtiers et des clés de streaming, mais l’entreprise fondée en 2002 par Anthony Wood fournit aussi le système d’exploitation de nombreux téléviseurs vendus aux États-Unis. Plus de 100 millions de foyers dans le monde utilisent sa plateforme, et c’est elle que Fox vient d’acheter. Annoncé en juin pour une conclusion au premier semestre 2027, le rachat de Roku a été finalisé vendredi, et l’action Roku n’est plus cotée au Nasdaq. Avec Roku, le groupe Murdoch contrôle à la fois ses programmes, ses services de streaming et le menu où des millions d’Américains choisissent ce qu’ils vont regarder.

Fox gagne un accès direct à plus de 100 millions de foyers

Fox affirme occuper la troisième place de la télévision américaine en part d’audience, Roku compris. Le groupe connu pour Fox News et Fox Sports exploite depuis 2020 le service gratuit Tubi, financé par la publicité, puis a lancé l’offre payante Fox One en 2025. Fin 2025, Fox One ne comptait qu’un peu plus de deux millions d’abonnés, selon l’AFP. Il manquait au groupe l’écran par lequel vous accédez à ces applications.

Avec les données de visionnage collectées par Roku, Fox pourra proposer aux annonceurs des publicités mieux adaptées à chaque foyer. Le groupe compte aussi réduire sa dépendance à la distribution par câble et par satellite. Fox prévoit enfin environ 400 millions de dollars d’économies par an d’ici deux ans.

Les termes de l’échange ont légèrement évolué depuis juin. Pour chaque action Roku, les actionnaires reçoivent 95,30 dollars en espèces et 0,9799 action Fox de catégorie A, contre 96 dollars et 0,9693 action prévus à l’origine. Les actionnaires historiques de Fox détiennent environ 74 % du nouvel ensemble, et les anciens actionnaires de Roku 26 %, selon les conditions publiées par Fox.

Pour payer la partie en espèces, Fox a obtenu un prêt de 12 milliards de dollars auprès d’une filiale de Morgan Stanley. Roku a réalisé 4,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, pour un bénéfice d’environ 88 millions de dollars. Le jour de l’annonce, en juin, l’action Fox a perdu plus de 15 %, car ses investisseurs redoutaient une forte dilution de leurs titres.

Anthony Wood entre au conseil d’administration de Fox et codirige avec Paul Cheesbrough, patron de Tubi, la nouvelle division Fox Digital Platforms. Roku, Tubi et Fox One sont réunis dans cette division. « Nous avons lancé Roku il y a plus de vingt ans pour offrir aux gens une meilleure façon de regarder la télévision, et cette mission reste inchangée. Ce qui change, ce sont notre portée et nos ressources », souligne le fondateur de Roku.

Fox promet de laisser Roku ouvert aux services concurrents

Pour toucher les foyers équipés, Netflix, Disney et la plupart des groupes de médias américains passent par la plateforme de Roku. Ils doivent aujourd’hui négocier avec un concurrent.

Fox connaît bien ce rapport de force. Fin janvier 2020, deux jours avant le Super Bowl, Roku avait menacé de retirer les applications de Fox de sa plateforme, faute d’accord commercial, puis les deux entreprises ont trouvé un compromis la veille du match. En mars, Fox a revendu sa participation dans Roku pour financer son rachat de Tubi.

Le ministère de la Justice américain a examiné ce risque de près. En septembre, ses enquêteurs ont exigé de Fox et de Roku des données et des documents supplémentaires dans le cadre de leur enquête antitrust. Aux États-Unis, l’autorité réserve cette seconde demande d’informations aux fusions qui l’inquiètent le plus.

Début novembre, Semafor a révélé que le ministère penchait pour un accord à l’amiable, appelé consent decree aux États-Unis. Avec ce type d’accord, l’autorité laisse passer le rachat en échange d’engagements contraignants pour l’entreprise. Selon le site américain, Christopher Ruddy, propriétaire de Newsmax et proche de Donald Trump, avait tenté de retarder l’opération. Sa chaîne conservatrice concurrence directement Fox News.

Comme l’explique Lachlan Murdoch, président exécutif de Fox, « notre priorité absolue pour la nouvelle entité est de continuer à servir sans relâche nos publics et partenaires, tout en renforçant l’ouverture et le choix qui sont au cœur de la plateforme Roku ». Fox ne précise pas, dans son communiqué, si le ministère de la Justice a exigé des engagements écrits pour garantir cette ouverture.