Shadow, le spécialiste français du PC dans le cloud, lance Blade, une plateforme GPU européenne dédiée à l’IA. Elle mobilise les cartes graphiques de son service de cloud gaming en journée pour proposer de l’inférence à prix réduit.

Connu pour son PC dans le cloud prisé des amateurs de cloud gaming, Shadow a dévoilé Blade jeudi 22 octobre une plateforme européenne qui met ses GPU, les puces électroniques chargées d'afficher les images, les vidéos et les jeux sur les écrans, au service de l'intelligence artificielle. L'idée relève presque du bon sens, car après tout, pourquoi laisser une partie de ses milliers de cartes graphiques se tourner les pouces pendant que leurs utilisateurs sont au bureau ? Le service s’appuie sur l’infrastructure qui fait tourner le PC dans le cloud de Shadow, nettement moins sollicitée en journée. Deux offres sont au programme, avec des tarifs annoncés sous ceux des géants du secteur et une option d’hébergement en Europe.
Des GPU Shadow au tarif des heures creuses
Shadow veut offrir à chacun un PC Windows complet, logé dans le cloud et accessible depuis n'importe quel écran. Pour animer ces ordinateurs virtuels, l'entreprise exploite quelque 12 000 GPU NVIDIA, au service de plusieurs dizaines de milliers d'utilisateurs en Europe et en Amérique du Nord. Or, de son propre aveu, la demande du grand public se concentre assez logiquement en soirée et le week-end. Dévoilée jeudi et accessible sur blade.sh, Blade remet ces machines au travail le reste du temps, pour le compte de développeurs, de start-up et entreprises qui veulent faire tourner des modèles d'intelligence artificielle.
Cette double vie a un effet très concret sur la facture, puisque Shadow affirme que Blade revient 25 à 40 % moins cher que les principaux acteurs du marché, à GPU équivalent, sans rien facturer pour la sortie des données ni pour des services annexes. Surtout, les prix fluctuent selon la capacité disponible, un peu comme l'électricité en heures creuses. Les tâches qui peuvent attendre, comme les traitements par lots ou la production de données synthétiques (des données artificielles générées par une IA), ont donc tout intérêt à être programmées aux périodes les moins chères.
L'entreprise sait de quoi elle parle, puisque depuis 2016, elle loue des PC dans le cloud et fait tourner des cartes graphiques à grande échelle. « Nous ne découvrons pas le GPU avec l'IA », insiste Boris Lecoeur, son directeur général. Le nom de la plateforme a d'ailleurs un parfum de retour aux sources, il ne vous a pas échappé que Blade était celui de la société à ses débuts. Aujourd'hui contrôlée par Octave et Miroslaw Klaba, les fameux cofondateurs d'OVHcloud, elle considère plus ce nouveau relais de croissance tourné vers les entreprises comme un complément à son activité historique, et non comme un remplaçant.

Une IA prête à l'emploi, version européenne
Concrètement, Blade se décline en deux offres. Déjà disponible, Blade Models ouvre par API l'accès à une vingtaine de modèles d'IA capables, entre autres, de rédiger du texte ou du code, d'analyser des images, de reconnaître du texte dans des documents, de créer des visuels ou de transcrire de l'audio, avec une facturation à l'usage. Ensuite, il y a AI Fabric, attendue courant novembre, qui va un cran plus loin. Depuis son environnement Python, ou en important un modèle depuis la plateforme Hugging Face, le développeur pourra déployer son propre modèle, son code ou son application sans jamais gérer de serveur. Il choisit les ressources, Blade les fournit et les orchestre, et la note se suit en temps réel.
Shadow ne prétend pas réinventer la roue. Blade mise sur l'inférence, c'est-à-dire l'exécution des modèles une fois prêts à servir, et sur la simplicité, avec une API compatible avec le standard d'OpenAI, une facturation lisible et la possibilité de changer plus facilement de fournisseur. L'entreprise se pose ainsi en contrepoint des grands clouds généralistefs comme Amazon Web Services, Microsoft Azure ou Google Cloud qui, selon elle, livrent surtout une infrastructure brute à configurer et administrer soi-même. « L'Europe ne manque ni de talents ni de modèles d'IA », estime Boris Lecoeur. Le blocage se situe selon lui au passage en production, quand la puissance de calcul s'avère coûteuse, complexe à exploiter et largement concentrée hors d'Europe. En étant débarrassées de ce casse-tête, les équipes pourraient alors « se concentrer sur leurs produits et innover plus vite ». Les entreprises les plus attachées à la souveraineté pourront aussi choisir des serveurs situés en Europe, hébergés chez OVHcloud.
La puissance de calcul ne règle toutefois pas tout. Un modèle d'IA, aussi rapide soit-il, ignore tout ce qui s'est produit après la date à laquelle ses données ont été figées. Pour y remédier, Blade intègre donc Staan, l'API de recherche web conçue par Qwant et Ecosia au sein de leur coentreprise European Search Perspective, qui permet aux modèles d'interroger le web pour obtenir des informations récentes et sourcées. Elle peut notamment alimenter des systèmes dits RAG, qui vont chercher des documents avant de formuler leur réponse. Ce mariage illustre la complémentarité entre Shadow et Qwant au sein de Synfonium, l'ensemble créé par les frères Klaba. De l'index de recherche à la puissance de calcul, l'Europe bâtit selon Boris Lecoeur « une alternative technologique crédible », dont elle maîtrise désormais, avec Blade, « un maillon essentiel ».