L'Institut des mobilités en transition propose de faire payer à chaque propriétaire de voiture une redevance annuelle d'environ 140 euros dès 2030. Ce think tank veut ainsi compenser les recettes perdues sur les carburants, à mesure que les Français passent à l'électrique.

Les conducteurs de plus de 45 ans ont sans doute connu la vignette automobile. Créée en 1956 pour financer une aide aux personnes âgées, elle était vendue chaque année chez le buraliste puis collée sur le pare-brise. La loi de finances pour 2001 l'a ensuite supprimée pour les voitures des particuliers. Fin 2025, une taxe au kilomètre sur les voitures électriques était envisagée pour compenser la baisse des recettes tirées de l'essence et du gazole. Vingt-cinq ans après la disparition de la vignette, l'Institut des mobilités en transition (IMT) propose cette fois de rétablir une taxe annuelle sur la possession d'une voiture, dans un rapport publié fin septembre. Quand et surtout combien ?
Une taxe d'environ 140 euros, modulée selon le véhicule et le ménage
En 2025, l'État a perçu 67,5 milliards d'euros grâce à la fiscalité routière, soit 4,6 % des recettes publiques, contre 5,6 % en 2019. Sans réforme, cette part ne serait plus que de 3,4 % en 2035, d'après les projections de l'IMT. L'essentiel de ce recul est lié à la TICPE. Cette taxe est prélevée sur chaque litre de carburant vendu à la pompe, et l'État a encaissé 27,7 milliards d'euros grâce à elle en 2025. À fiscalité constante, il en perdrait 10,4 milliards d'ici à 2035, à mesure que les voitures électriques remplacent les modèles thermiques.
Pour combler ce manque à gagner, les auteurs proposent une redevance annuelle véhicule d'environ 140 euros par an en 2030 pour une voiture possédée par un particulier. Ce montant est une moyenne, car l'IMT veut moduler la taxe selon la motorisation et la masse du véhicule. Ses experts tiendraient aussi compte des revenus du foyer et du nombre de voitures qu'il possède. D'après les simulations reprises par nos confrères de Presse-citron, la facture serait comprise entre 30 et 910 euros par an selon les profils. Les automobilistes n'auraient en revanche aucune vignette à coller sur leur pare-brise, puisque l'administration gérerait la redevance à partir du numéro d'immatriculation.
Une redevance pensée pour stabiliser les recettes et soutenir l'industrie européenne
Pour les auteurs du rapport, l'intérêt de cette redevance est d'abord budgétaire. L'État encaisserait ces recettes quel que soit le rythme auquel les Français passent à l'électrique, alors que les recettes de la TICPE diminuent avec chaque voiture thermique retirée de la circulation. Avec une modulation selon le lieu de résidence et les revenus, les auteurs veulent en outre alléger la facture des ménages modestes.
Ils envisagent aussi un tarif plus doux pour les voitures fabriquées en Europe, afin de soutenir la production du continent. Des taxes annuelles de ce type sont en vigueur en Allemagne et aux Pays-Bas, rappellent-ils, avant de citer l'exemple norvégien.
L'IMT formule au total 38 recommandations, dont la suppression des avantages fiscaux accordés aux biocarburants et au gaz naturel pour véhicules, ou un leasing social renforcé pour les foyers modestes. À ce stade, ces mesures sont de simples propositions. Le think tank espère les voir reprises par les candidats à l'élection présidentielle de 2027, et son échéance de 2030 laisserait au prochain gouvernement trois ans pour bâtir la redevance.