Le nouveau patron de Nikon veut reprendre à ASML le marché des machines qui gravent nos puces, en cassant les prix. Une stratégie qui ignore soigneusement la vraie raison du quasi-monopole néerlandais.

Dans la fabrication des puces, une entreprise européenne occupe une place que personne ne lui conteste sérieusement : le néerlandais ASML, seul fabricant au monde de machines de gravure aux ultraviolets extrêmes. C'est ce trône que Nikon, relégué depuis vingt ans au rang d'outsider, dit vouloir reconquérir. Dans un entretien au Nikkei Asia, son nouveau président Yasuhiro Ohmura a détaillé sa méthode : proposer des équipements moins chers que ceux du géant d'Eindhoven.
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Nikon mise sur le prix pour revenir dans la course
Ohmura assume une approche dont seule l'Asie a le secret : « Même à bas prix, il reste largement de quoi gagner de l'argent dans les équipements de lithographie », a-t-il déclaré, manière polie de viser les marges confortables d'ASML. Le constructeur japonais prépare un nouveau système de gravure par immersion ArF, compatible avec les masques d'ASML, dont la commercialisation est annoncée pour son exercice 2028. L'objectif est aussi de réduire la dépendance de Nikon à un client quasi unique, Intel, qui absorbe l'essentiel de ses ventes d'équipements aujourd'hui.
ASML, lui, concentre autour de 80 % du marché mondial des machines de lithographie, et la totalité du segment le plus avancé, celui de la gravure aux ultraviolets extrêmes qui fait sa fortune. Ces machines, vendues plus de 200 millions de dollars pièce, gravent des motifs des centaines de fois plus fins qu'un cheveu, à une longueur d'onde de 13,5 nanomètres. Aucune usine de pointe, de Taïwan à l'Arizona, ne peut s'en passer. Le néerlandais ne travaille d'ailleurs pas seul : l'optique vient de l'allemand Carl Zeiss, les sources laser du groupe TRUMPF, un trio européen sans équivalent. Pour son exercice en cours, ASML vise un chiffre d'affaires de 36 à 40 milliards d'euros.
Pourquoi le prix ne suffira pas à déloger ASML
Les velléités du Japon ne sont nouvelles et sont nourris par le souvenir d'une vieille gloire pour l'archipel nippon. Dans les années 1980, le Japon régnait sur la lithographie : Nikon et Canon contrôlaient à eux deux près de 70 % du marché. En 2001, Nikon pesait encore 41,6 % des machines vendues, contre 22,4 % pour ASML. Dix ans plus tard, le rapport s'était inversé, et le néerlandais n'a plus jamais lâché la tête.
Ce basculement ne s'est pas joué sur les tarifs, mais sur un pari technologique, celui des ultraviolets extrêmes, sur lequel ASML a investi des milliards quand ses concurrents traînaient les pieds. Nikon a bien livré une machine de ce type dès la fin 2008, avant de décrocher. Le litige de brevets qui opposait les deux camps, soldé en 2019 par un versement de 150 millions d'euros à Nikon, a refermé le chapitre.
Le vrai terrain de jeu de Nikon n'est donc pas l'ultraviolet extrême, mais les nœuds dits matures, ces puces gravées entre 28 et 110 nanomètres qui font tourner l'automobile, les objets connectés et l'électronique de puissance. Un secteur que beaucoup croient dépassé, alors que c'est un marché en pleine croissance, loin d'être un vestige, où ASML n'est que l'un des trois fournisseurs aux côtés de Nikon et Canon. C'est aussi précisément là que la Chine pousse ses pions, faute d'accès à l'ultraviolet extrême sous embargo. Autant dire que la concurrence par les prix promet d'y être féroce.
Pour le consommateur, une guerre des tarifs sur ces composants que l'on retrouve dans nos voitures et nos électroménagers ne serait pas une mauvaise nouvelle. Encore faudrait-il que Nikon parvienne à exister face à un adversaire qui, lui, n'a besoin de brader quoi que ce soit.