Un robot tondeuse Mammotion LUBA 2 a semé la pagaille dans les réseaux IoT LoRa français pendant plus d'un an. L'ANFR a mené l'enquête : le coupable tondait tranquillement sa pelouse à 17 kilomètres de l'antenne brouillée.

Le robot-tondeuse Mammotion LUBA 2, coupable bien malgré lui. © Clubic
Le robot-tondeuse Mammotion LUBA 2, coupable bien malgré lui. © Clubic

Qui aurait parié qu'une pelouse bien entretenue dans l'Isère allait perturber des compteurs d'eau, de gaz et des capteurs industriels dans toute la France ? C'est pourtant l'histoire un peu folle et improbable, mais bien vraie et instructive, que raconte l'Agence nationale des fréquences (ANFR). En France, une large partie des échanges de ces appareils transite par le réseau LoRa, et pendant plus d'un an, un équipement domestique l'a parasité à grande échelle. Le coupable est un module de guidage d'un robot tondeuse Mammotion, qui monopolisait une fréquence partagée bien au-delà de ce que la loi autorise, ce qui a poussé l'ANFR à enquêter.

AirseekersAirseekers

Offre partenaire

Airseekers Tron : libérez le futur des tondeuses

Puissant, intelligent, irrésistible. L'Airseekers Tron réinvente le nettoyage de votre jardin. Zéro effort, juste un résultat impeccable, chaque jour.

Offre partenaire

Quand un brouillage mystérieux paralyse les réseaux LoRa en France, l'ANFR entre en scène

Tout a commencé lorsqu'UnaBiz, un opérateur de réseaux IoT présent partout en France, détecte des perturbations répétées sur la bande de fréquences 863–870 MHz. C'est là que vit notamment la technologie LoRa, un protocole radio longue portée et basse consommation sur lequel s'appuient les collectivités pour faire remonter les données de leurs infrastructure, par exemple les relevés de compteurs d'eau, de gaz, d'électricité, ou encore le suivi de capteurs industriels et urbains.

Les signaux se dégradent, les messages envoyés par les capteurs n'arrivent plus à destination ou arrivent tronqués. Ce qui n'était d'abord qu'un problème isolé sur quelques sites s'étend peu à peu à d'autres points du réseau. Sur un réseau LoRa, chaque transmission est courte et précieuse, et un seul équipement qui monopolise la fréquence suffit à faire taire tout le monde. UnaBiz saisit alors l'ANFR, chargée en France de surveiller et de réguler l'usage des ondes radio.

Les agents du Service interrégional Est de l'ANFR prennent l'affaire en main. Quatre sites radio sont dans son viseur, répartis dans le Rhône et en Isère, plus précisément à Sainte-Colombe, Serpaize, Luzinay et Valencin. La bande 863–870 MHz, qui est ce qu'on appelle une fréquence « libre », fait que n'importe quel équipement peut l'utiliser sans demander d'autorisation, un peu comme le Wi-Fi ou le Bluetooth. Mais libre ne veut pas dire sans règles, bein non. Chaque appareil doit respecter des limites strictes, notamment sur la puissance d'émission et surtout sur le temps qu'il occupe la fréquence.

Une tondeuse prise en flagrant délit d'émissions illicites

Grâce à des antennes de mesure capables d'indiquer la direction d'un signal, les agents de l'ANFR resserrent progressivement le cercle. La source des perturbations se trouve à Saint-Georges-d'Espéranche, en Isère, à près de 17 kilomètres de l'antenne LoRa victime du brouillage. Sur place, le coupable est facilement identifiable. Il s'agit d'un robot tondeuse Mammotion LUBA 2 AWD 5000X, qui continuait tranquillement sa tonte, imperméable à l'agitation qu'il a provoquée à des dizaines de kilomètres à la ronde, le coquin !

Oh, un chasseur d'ondes de l'ANFR. © Alexandre Boero / Clubic

Ce robot haut de gamme est bardé de modules radio. Il embarque du Bluetooth, du Wi-Fi, du GPS et un système appelé RTK. Ce dernier fonctionne avec une petite base fixe installée chez l'utilisateur, qui envoie en permanence des corrections ultra-précises au robot pour affiner sa position au centimètre près, indispensable pour qu'il ne parte pas tondre chez le voisin. Une idée ingénieuse sur le papier, mais c'est précisément cette base RTK qui s'est révélée être la source du problème.

L'ANFR nous apprend que la base RTK de la tondeuse émettait sur la fréquence LoRa environ 40 % du temps. Or, la réglementation française (fixée par une décision de l'ARCEP de 2023) interdit à tout appareil de dépasser 1 % du temps sur cette bande, 10 % dans de rares cas particuliers. Concrètement, le robot saturait en continu une portion de spectre partagée, ce qui privait tous les appareils LoRa environnants de leurs droits à émettre.

L'ANFR a contraint Mammotion à corriger ses robots tondeuses dans toute la France

Sur place, l'ANFR ordonne l'arrêt immédiat de la base RTK, et le propriétaire s'exécute sans discuter. Mais les signalements continuent d'arriver de partout en France. Les services régionaux de l'ANFR à Paris, Bordeaux, Marseille, Nantes et jusqu'au centre de contrôle de Rambouillet sont sollicités. Au total, plus de 120 plaintes liées au brouillage du réseau LoRa seront traitées entre 2024 et 2025. Ce jardin de l'Isère, avec sa tondeuse isolée, n'était que la partie émergée d'un problème bien plus diffus.

Traiter les plaintes une par une ne suffit plus. L'ANFR change donc de méthode et enclenche une procédure de surveillance du marché. Un robot Mammotion est acheté directement chez un distributeur et est envoyé en laboratoire pour y être testé selon les normes radio en vigueur. Malgré une première mise à jour logicielle déjà déployée par le distributeur français, l'appareil ne satisfait toujours pas aux exigences légales de mise sur le marché. Il faut aller plus loin.

Sous la pression de l'ANFR, le fabricant, Shenzhen Mammotion Innovation, a finalement publié le firmware V1.14.1.2, une mise à jour logicielle profonde qui corrige les émissions radio de l'appareil et se déploie automatiquement dès que la tondeuse est connectée à internet. L'Agence appelle tous les propriétaires d'un LUBA 2 à vérifier que la mise à jour est bien installée et que les mises à jour automatiques n'ont pas été désactivées. Sans ce correctif, l'appareil continue d'émettre illégalement, et son propriétaire encourt jusqu'à 30 000 euros d'amende et six mois de prison.