On le disait obsolète, lourd et condamné par l'ère du streaming. Pourtant, une base d'utilisateurs irréductibles maintient le logiciel en vie sur Windows, forçant Apple à constater l'échec relatif de ses remplaçants modernes.

C'est un véritable camouflet pour la stratégie de « dégroupage » d'Apple. iTunes conserve une popularité déconcertante sur Windows, deux ans après son démembrement officiel. Pour comprendre cette anomalie temporelle, il faut revenir à février 2024, moment où la firme de Cupertino pensait avoir définitivement tourné la page en lançant son trio d'applications modernes. Visiblement, le public n'a pas reçu le mémo.
La résistance s'organise sur PC
Les faits rapportés sont têtus et contredisent la narration officielle d'une transition fluide vers le tout-streaming. Alors qu'Apple a officiellement scindé iTunes en trois entités distinctes (Apple Music, Apple TV et Apple Appareils) pour les utilisateurs Windows début 2024, le logiciel originel reste installé sur des millions de machines. Le rapport de Bloomberg, repris par 9to5mac, souligne que cette persistance n'est pas seulement due à l'inertie ou à la paresse des utilisateurs, mais à une nécessité technique bien réelle. En effet, les nouvelles applications, bien que plus modernes visuellement, ont laissé sur le carreau des fonctionnalités clés comme la gestion des podcasts et des livres audio, obligeant de facto les utilisateurs à conserver le vieux logiciel pour ces usages spécifiques.

- Outil de conversion intégré
- Gestionnaire de bibliothèque audio
- Nombreux formats audio supportés
Plus surprenant encore, une frange importante d'audiophiles et de collectionneurs refuse tout simplement la migration. Ces utilisateurs, qui possèdent des bibliothèques locales méticuleusement taguées depuis deux décennies, considèrent les nouvelles applications comme des « coquilles vides » incapables de gérer leurs métadonnées avec la précision d'iTunes. Ce phénomène est amplifié par un regain d'intérêt pour les supports physiques et les fichiers locaux, une tendance de fond notée dès 2025 par le Washington Post qui recensait déjà 11 millions d'irréductibles fidèles au logiciel.
Un désaveu pour la location musicale
Au-delà des simples chiffres d'installation, cette survie tenace révèle une fracture philosophique dans notre consommation numérique. Le maintien d'iTunes symbolise le refus d'un modèle où l'utilisateur n'est que locataire de sa musique. Là où Apple Music pousse un flux algorithmique infini, iTunes reste le bastion de la propriété numérique, le dernier endroit où l'on « possède » ses fichiers sans craindre qu'ils disparaissent pour une sombre histoire de droits d'auteur. C'est une revanche inattendue pour ce logiciel que Steve Jobs présentait en 2003 comme un « verre d'eau en enfer » pour les utilisateurs Windows.
Cette situation place Apple dans une position délicate. La firme, qui espérait sans doute débrancher définitivement les serveurs d'authentification d'iTunes, se retrouve contrainte de maintenir ce code vieillissant sous peine de s'aliéner une base d'utilisateurs fidèles et prescripteurs. La complexité de l'écosystème Windows, avec sa myriade de configurations matérielles, a transformé ce qui devait être une euthanasie logicielle en une cohabitation forcée. Le « bloatware » tant décrié est devenu, par la force des choses, un refuge de stabilité dans un monde logiciel en perpétuelle bêta.
Source : 9to5mac