Marco Triverio, designer principal de Safari chez Apple, rejoint The Browser Company pour travailler sur Arc et Dia. Encore un départ que doit subir Apple alors que l'entreprise semble complètement dépassée par la concurrence sur le marché des navigateurs.

Larguée dans la course des navigateurs, Apple laisse échapper un autre designer de Safari
Larguée dans la course des navigateurs, Apple laisse échapper un autre designer de Safari

Marco Triverio vient de quitter Apple pour The Browser Company. Josh Miller, le PDG de l'entreprise derrière Arc et Dia, a confirmé ce recrutement sur X en précisant que son équipe réunit désormais tous les designers principaux de Safari qui ont travaillé entre 2020 et 2025, période qui couvre le développement d'Arc et Dia.

The Browser Company rafle les talents de Cupertino

Ce départ n'est pas isolé. Charlie Deets, anciennement chargé des interfaces graphiques chez Apple - dont celle de Safari - avait déjà rejoint The Browser Company en avril 2024. De toute évidence, le navigateur d'Apple ne semble plus attirer les meilleurs profils. Pire, ceux qui y ont travaillé pendant des années choisissent de partir vers une startup qui propose une vision radicalement différente de la navigation web.

Le navigateur Dia place l'IA au cœur de la navigation avec une barre latérale de chat et des "Skills" personnalisables. En septembre 2025, Atlassian a racheté The Browser Company pour 610 millions de dollars, une transaction finalisée en octobre 2025. Le géant du progiciel transforme désormais Dia en navigateur d'entreprise.

The Browser Company mise tout sur l'expérience utilisateur et l'innovation d'interface. Arc avait déjà bousculé les codes avec son système d'onglets. Dia pousse encore plus loin avec une IA contextuelle capable de synthétiser plusieurs onglets et d'automatiser des tâches.

Apple Safari Ordinateur

Safari, un navigateur complètement largué

Chrome, Opera, Edge, Brave, Firefox, tous les principaux navigateurs modernes proposent une option IA. Dia, par exemple, transforme chaque onglet en espace interactif. De son côté, Apple a repoussé au printemps 2026 le nouveau Siri dopé à l'IA, initialement prévu pour 2024. Les recherches sur Safari ont chuté en 2025 pour la première fois en 22 ans. Que l'on soit adepte de l'IA ou non, et on ne l'est pas forcément, une chose est sûre : Safari stagne et n'a pas su se différencier.

Et que dire du catalogue d'extensions de Safari ? On n'en retrouve qu'une poignée et bien souvent, celles-ci sont payantes. S'il est vrai que ces dernières nécessitent probablement une attention particulière pour éviter les dizaines d'add-ons vérolés que l'on retrouve régulièrement au sein du Chrome Web Store, Apple semble tout simplement ignorer le sujet. Pourtant des navigateurs concurrents basés sur WebKit comme Orion sont tout à fait capables d'accueillir les extensions de Chrome ou de Firefox.

Le moteur JavaScriptCore de Safari privilégie l'efficacité énergétique sur la performance brute. Les benchmarks Speedometer 2025 montrent que WebKit est nettement plus lent que Blink sur Chrome et Gecko sur Firefox. Sur les tests de compatibilité WPT (Web Platform Tests), Safari cumule beaucoup plus d'échecs que ses concurrents.

Il faut dire que Safari repose sur un mode de mise à jour complètement archaïque. Certes, l'entreprise planche actuellement sur un mécanisme de déploiement de correctifs transparents, mais cela ne concerne que les patchs de sécurité. Les navigateurs Chromium ou Firefox se mettent à jour tous les mois, bien souvent, en introduisant de nouvelles fonctionnalités. Safari reste calé sur le cycle annuel d'iOS et de macOS. Cela ralentit l'implémentation des nouveaux standards web et la correction de bugs. Or la dernière mise à jour a été un peu chaotique avec l'introduction du design Liquid Glass. Soudain, Safari a perdu son mode compact sur macOS, simplement parce que ce dernier n'était pas compatible avec un choix d'esthétique qui peine à faire l'unanimité chez les utilisateurs.

Safari accuse aussi des années de retard sur les standards web. Web Bluetooth, WebUSB, WebHID restent absents. WebRTC n'est arrivé qu'après des années d'attente, en 2017. WebGPU seulement en 2025. IndexedDB est constamment bugué avec des fuites de données et des bases qui se réinitialisent régulièrement. Concernant les Progressive Web Apps, Apple a traîné les pieds et maintient des limitations volontaires en 2025. Les notifications push nécessitent l'ajout à l'écran d'accueil, le processus d'installation reste complexe, et les fonctionnalités sont bridées. Le rapport de la CMA britannique conclut que la restriction WebKit sur iOS limite l'innovation des navigateurs, augmente les coûts de développement et retarde les nouvelles fonctionnalités.

La part de marché de Safari sur Mac ne cesse de chuter depuis juin 2023, passant de 14,38% à 5,24%. Pas étonnant, donc, qu'Apple souhaite se rattraper sur l'iPhone en imposant WebKit à tous les navigateurs iOS, et empêchant donc Chrome, Firefox et Edge d'utiliser leurs propres moteurs. Même après le DMA européen, les restrictions rendent quasi impossible le portage de moteurs alternatifs. Aucun navigateur n'a réussi à déployer son propre moteur en 15 mois sur iOS. Nous rapportions récemment qu'Apple avait réussi à faire la même chose au Japon.

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