Alors que chez nous, les navigateurs tiers sur iOS sont toujours articulés sur le moteur Safari, Apple autorise désormais les moteurs de rendu alternatifs sur iOS au Japon. Chrome, Firefox ou Brave peuvent donc théoriquement utiliser leurs propres technologies Blink et Gecko, sans dépendre de WebKit.

Mais, si en apparence, cela contraste avec les situations bloquées dans l'Union européenne et aux États-Unis, Apple a quand même trouvé le moyen d'imposer des contraintes.
L'Union européenne reste bloquée, les États-Unis immobiles
Apple a formellement ouvert iOS aux moteurs alternatifs dans l'UE depuis iOS 17.4, mais aucune version de Chrome sous Blink, ni aucune édition de Firefox sous Gecko n'existent sur l'App Store européen. L'Open Web Advocacy révélait que Google et Mozilla avaient commencé à porter leurs moteurs avant d'abandonner face aux contraintes techniques et financières imposées par la firme californienne. Apple interdit même aux équipes de développement basées hors UE de tester sur de vrais appareils iOS, les forçant à utiliser des simulateurs.
Et puis bien sûr, il y a les enjeux financiers. Google verse chaque année 20 milliards de dollars à Apple pour rester le moteur de recherche par défaut de Safari. Selon les documents judiciaires du procès antitrust, cette somme représente environ 20% des revenus du segment Services d'Apple (96 milliards de dollars en 2024). Chaque point de part de marché perdu par Safari coûterait 200 millions de dollars par an. L'App Store génère aussi des dizaines de milliards de commissions annuelles, lesquelles seraient menacées si des navigateurs tiers permettaient aux développeurs de créer des Progressive Web Apps performantes, afin de contourner les règles de l'écosystème.
Aux États-Unis, rien ne bouge. Aucune réglementation n'impose l'ouverture aux moteurs concurrents et les navigateurs sur l'App Store américain restent des surcouches de WebKit. Les discussions autour de l'Open Apps Market Act n'ont débouché sur aucune mesure contraignante pour Apple.

Une loi japonaise qui tente de fermer les échappatoires du DMA européen
Au Japon, la Mobile Software Competition Act, appliquée depuis décembre 2025, interdit formellement à Apple de bloquer les moteurs tiers sur iOS. Les régulateurs japonais ont étudié l'échec européen pour concevoir un texte plus contraignant. Nous expliquions en juillet 2025 comment Apple maintenait son monopole WebKit en Europe malgré le DMA : les développeurs souhaitant porter Blink ou Gecko sur iOS devaient créer une application distincte, abandonner leur base d'utilisateurs, respecter une architecture imposée avec quatre processus séparés (principal, réseau, rendu, contenu web) et adapter leurs systèmes vers l'interface XPC d'Apple.
Le texte japonais interdit explicitement ces obstacles. Le règlement prévoit que les navigateurs tiers doivent disposer d'un accès semblable aux APIs système utilisées par Safari, notamment pour les contrôles parentaux et le filtrage de contenu. De son côté, Apple s'est engagé à publier une version bêta d'APIs améliorées en mars 2026.
Cependant, même au Japon, les développeurs ne sortent pas tout à fait des contraintes. Déjà, ils doivent obtenir une autorisation spécifique (Web Browser Engine Entitlement ou Embedded Browser Engine Entitlement) émanant de la part d'Apple. Mais surtout, puisqu'il s'agit du règlement japonais, Apple contraint donc les éditeurs à se limiter au marché japonais. Un éditeur souhaitant concevoir un navigateur pour l'ensemble des utilisateurs à travers le monde doit alors conserver WebKit hors du Japon. Il devra donc être en mesure de gérer une double maintenance, ce qui implique donc des coûts supplémentaires ainsi qu'un fractionnement de l'écosystème. Le modèle japonais bloque donc un peu moins qu'en Europe, mais ne supprime pas entièrement les frictions, d'autant que les moteurs alternatifs de Blink et Gecko sont aujourd'hui développés par des entités américaines.