Les start-up de la finance s'organisent pour secouer les banques

18 juin 2015 à 15h36
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Le nombre de start-up voulant moderniser le secteur de la finance est en constante évolution, au point qu'elles commencent à s'organiser. Une association et un incubateur dédiés viennent d'être créés.

En l'espace d'une semaine, deux annonces structurantes pour les start-up de la finance (« fintech ») ont été faites. La première : la création de l'association France Fintech, visant à soutenir cet écosystème et à lui donner plus de poids pour le faire parler d'une seule voix face aux institutions. La seconde, le lancement du fonds Truffle Fintech Incubator, dans le but d'accompagner le développement de ces jeunes sociétés.

France Fintech, d'abord. L'association « chapeaute » une quarantaine d'entreprises évoluant dans le domaine de la banque, l'assurance, l'investissement, la gestion d'actifs, les paiements et le conseil. On y retrouve des sociétés comme Prêt d'Union (prêts entre particuliers), Leetchi (cagnottes en ligne), PayTop (transferts de fonds à l'étranger), Paymium (portefeuille de bitcoin) France Barter (troc B2B) ou InfoTrie (analytique).


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De plus en plus, les banques se mettent à s'accompagner de start-up pour se mettre à la page - Crédit : DR.


Les missions de France Fintech sont de promouvoir les start-up de la finance en France et à l'étranger - dans le prolongement de la French Tech -, de représenter le secteur auprès des pouvoirs publics, des médias, des investisseurs, des acteurs historiques du secteur financier ou encore des centres de recherche, de partager l'expérience au sein de la communauté et d'assurer les relations avec les autres associations du « digital ».

Un incubateur spécial créé par un capital-risqueur

En soutien à l'association, le ministre des Finances, Michel Sapin, a déclaré que la « fintech est un enjeu majeur pour le développement de services financiers innovants pour tous. Les consommateurs ont tout intérêt à ce que de nouveaux acteurs bousculent les acteurs établis du secteur financier ». Les banques, pourtant, se mettent bien à adopter ces outils numériques. Après avoir lancé chacune leur application de gestion des comptes personnels, elles se sont ouvertes à l'open innovation, et investissent ainsi dans des start-up.

Une récente étude de My Private Banking Research souligne que les banques de détail fournissent de plus en plus d'efforts en matière d'innovation. BNP Paribas a par exemple développé son appli pour Apple Watch. Pourtant, ces mêmes banques ne sont pas toujours enclines à soutenir les start-up... financièrement. Et c'est là la raison d'être de Truffle Fintech Incubator. Un incubateur qui fera le pont avec le fonds Truffle Capital.

La structure, inaugurée le 17 juin en présence de la secrétaire d'État chargée du Numérique, Axelle Lemaire, est implantée au 5, rue de la Baume dans le très huppé huitième arrondissement à Paris. Cette pépinière s'adresse aux jeunes sociétés en état de « pré-lancement ». Elle leur apportera son soutien tant au niveau financier que du conseil (régulation, marketing sur Internet), de la mise en relation et de l'hébergement.

Quand les « fintech » servent à financer les start-up

Pour Bernard-Louis Roques, directeur général et cofondateur de Truffle Capital, « l'industrie des fintech est au début de son histoire, par conséquent les dés ne sont pas jetés, et Paris conserve toutes ses chances pour être l'un de ses principaux pôles dans le monde ». Il mise sur l'évolution de la réglementation pour voir le secteur évoluer, comme dans le financement participatif, en plein essor depuis son encadrement en 2014.

Si bien que le crowdfunding est en train de prendre un certain poids face aux banques, et même aux capital-risqueurs, dans le financement des start-up. Une étude de l'association Financement participatif France relevait en début d'année un doublement des montants engagés entre 2013 et 2014, alors que l'entrée en vigueur du statut d'investisseur en financement participatif ne date pourtant que de septembre 2014.

L'autre grande tendance est la désintermédiation de la relation entre les banques et les entreprises. Plutôt que de placer leur épargne sur un Livret A atone, les particuliers sont invités par des start-up, à l'image de Finsquare, Lendopolis ou de Prêt PME, à engager leurs capitaux auprès des entreprises. L'avantage serait double : un accès facilité à l'emprunt pour les sociétés, et un rendement de 6 à 8 % pour les épargnants...

Les enjeux à venir des start-up de la finance

Le cadre réglementaire doit encore évoluer, clament les tenants de Truffle Fintech Incubator. Le plafond de 1 000 euros prêtés par projet (via les fonds communs de placement dans l'innovation, FCPI) doit par exemple être relevé, afin de permettre aux particuliers de démultiplier leur soutien aux entreprises. Ils demandent à ce qu'au moins 5 % de l'épargne financière (Livret A...) aillent aux start-up - ce que teste la Caisse d'Epargne.

Alors que l'Association française des investisseurs pour la croissance (Afic) et Bpifrance soulignent dans une étude les bienfaits du soutien d'une FCPI aux start-up, Truffle Capital déplore la stagnation de ces levées de fonds : 358 millions d'euros en 2011, 286 millions en 2012, 308 millions en 2013 et 332 millions en 2014.

L'enjeu des « fintech » est multiple. Pour Axelle Lemaire, ces start-up ont le pouvoir de « démocratiser la finance » - comme Yomoni, qui rend accessible la gestion de fortune aux petits porteurs. Ces sociétés jouent aussi un rôle fondamental dans le soutien aux autres start-up - via le crowdfunding sous toutes ses formes notamment. Et enfin, elles remodèlent une industrie bancaire ancienne, en pleine transition numérique.


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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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