Les choses s’accélèrent pour les bidouilleurs de la Nintendo Switch 2. À peine le premier jailbreak logiciel dévoilé, un développeur est parvenu à faire fonctionner un premier homebrew. Une avancée prometteuse, même si la console est encore loin d’avoir livré tous ses secrets.

Nintendo n’aura pas eu beaucoup de répit. Moins de 24 heures après la présentation de ns2jb, le premier jailbreak logiciel public de la Switch 2, un certain Ravens Claw X a déjà dévoilé un homebrew launcher fonctionnel sur la console. Dans une vidéo publiée le 23 octobre, on découvre un menu navigable à la manette et sur l’écran tactile, accompagné de premières démonstrations graphiques.

Une étape importante pour les amateurs de bidouille, qui peuvent désormais entrevoir les possibilités offertes par la nouvelle machine de Nintendo. Mais attention, il ne s’agit pas encore d’un déverrouillage complet de la console.

Une faille découverte avec l’aide de l’intelligence artificielle

À l’origine de cette percée, on retrouve Sammy Hajhamid, alias pepsipu, qui a publié son exploit ns2jb le 22 octobre. Sa méthode exploite les faiblesses de SmileBASIC 4, un logiciel de programmation conçu pour la première Switch et toujours compatible avec sa remplaçante.

Le chercheur a notamment mis au jour un dépassement d’entier dans l’interpréteur du logiciel, avant d’exploiter une seconde vulnérabilité dans le module système chargé de gérer les fichiers. De quoi exécuter du code non autorisé sans installer de puce ni ouvrir la console.

L'intelligence artificielle a joué un rôle dans cette découverte. Hajhamid s’est appuyé sur Codex d’OpenAI pour analyser le logiciel et identifier des vulnérabilités. Mais contrairement à l’image d’une IA capable de pirater seule une console, le chercheur précise avoir consacré près de deux semaines au développement de son exploit.

Celui-ci fonctionne avec le firmware 23.0.1, mais nécessite notamment SmileBASIC 4 et un ordinateur sur le même réseau. Il faut également relancer la manipulation après chaque redémarrage.

Un premier menu, et déjà quelques démonstrations

Le travail de Ravens Claw X montre que les développeurs peuvent commencer à construire leurs propres applications pour la Switch 2. Parmi les premières démonstrations figure notamment un cube en 3D utilisant Vulkan, l’API graphique qui permet d’exploiter les capacités du GPU.

Le premier homebrew launcher de la Switch 2. ©Ravens Claw X
Le premier homebrew launcher de la Switch 2. ©Ravens Claw X

L'objectif est désormais de disposer d’un véritable catalogue de logiciels amateurs avec pourquoi pas des émulateurs, des outils de gestion des sauvegardes ou des portages de jeux comme Doom. Une calculatrice et un client FTP font également partie des projets évoqués.

Pour l’instant, ces applications ne sont toutefois pas toutes opérationnelles. Les démonstrations reposent encore sur un environnement limité sans accès au noyau de la console ni installation d'un firmware alternatif permanent.

Le jailbreak a néanmoins déjà permis à son auteur de modifier Mario Kart World pour y faire apparaître des personnages comme Peter Griffin ou Hatsune Miku. Une preuve de concept amusante, mais qui ne signifie pas que la Switch 2 peut désormais lancer librement des copies de jeux commerciaux.

Nintendo a encore les moyens de riposter

La réaction du fabricant japonais ne s’est pas fait attendre. Selon Nintendo Life, SmileBASIC 4 a disparu de l’eShop, compliquant sérieusement l’accès à la faille pour les joueurs qui ne possèdent pas déjà le logiciel.

Une future mise à jour pourrait également corriger les vulnérabilités exploitées. Sans oublier les risques de plantage et de bannissement des services en ligne. La création de logiciels amateurs n’est pas illégale en soi, mais le contournement des protections techniques et la distribution non autorisée de jeux peuvent poser des problèmes juridiques.

La Switch 2 rejoint ainsi les consoles disposant d’une scène homebrew active, à l’image de la PS5 avec etaHEN. Microsoft propose de son côté une approche officielle avec le mode développeur des Xbox Series. En quelques heures, l'insubmersible Switch 2 est déjà en train de prendre l'eau…

Sources : VideoCardz et Pepsipu via Frandroid

Nintendo Switch 2
  • Montée en gamme du design et des finitions
  • Écran 7,9" (20 cm) LCD convaincant
  • Performances et qualité d'image en nette hausse
8 / 10
Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Quelle différence entre un jailbreak logiciel, un exploit et un accès noyau sur une console ?

Un exploit est une technique ou un programme qui utilise une vulnérabilité pour provoquer un comportement non prévu, par exemple l’exécution de code. Un jailbreak logiciel signifie que cette exécution de code se fait sans modification matérielle (pas de puce, pas de soudure), uniquement via des vulnérabilités. En revanche, obtenir un accès au noyau (kernel) donne généralement un contrôle bien plus profond sur le système (pilotes, mémoire, sécurité), ce qui facilite l’installation de modules persistants et de fonctions avancées. Sans accès noyau, on reste souvent dans un environnement limité, plus fragile et plus dépendant de la version du firmware. Dans beaucoup de cas, ces chaînes d’exploitation doivent être relancées après redémarrage car elles ne survivent pas aux mécanismes de sécurité au boot.

Qu’est-ce qu’un dépassement d’entier (integer overflow) et pourquoi c’est exploitable ?

Un dépassement d’entier survient lorsqu’un programme stocke un nombre dans un type trop petit (par exemple 32 bits) et que la valeur dépasse sa capacité, provoquant un retour à zéro ou une valeur erronée. Ce décalage peut casser des vérifications de taille, de limites ou de permissions, et amener le logiciel à traiter des données comme si elles étaient sûres alors qu’elles ne le sont pas. Dans un interpréteur ou un moteur de scripts, cela peut servir à manipuler la mémoire, détourner le flux d’exécution, ou forcer la lecture/écriture hors des bornes prévues. L’intérêt pour un attaquant est de transformer un bug logique en exécution de code arbitraire, surtout si une deuxième faille complète la chaîne. Ces failles sont particulièrement sensibles dans les composants qui traitent des entrées contrôlées par l’utilisateur (fichiers, scripts, contenus réseau).

Pourquoi Vulkan est un point clé pour des homebrews 3D sur Switch 2 ?

Vulkan est une API graphique bas niveau, conçue pour donner un contrôle fin sur le GPU et de bonnes performances, au prix d’une complexité plus élevée que des API plus anciennes. Pour une scène homebrew, pouvoir afficher une démo 3D via Vulkan signifie qu’une partie de la chaîne graphique (création de contexte, shaders, mémoire GPU, présentation à l’écran) est déjà maîtrisée. Cela ouvre la porte à des ports techniques (moteurs 3D, rendus modernes) et à des outils qui ont besoin d’accélération graphique. En pratique, l’API ne suffit pas : il faut aussi des couches d’accès au système (allocation mémoire, synchronisation, accès aux périphériques), qui peuvent être restreintes sans privilèges élevés. Une démo Vulkan réussie est donc un indicateur de progrès, mais pas une preuve d’un contrôle total de la plateforme.