Apple vient de confier son projet de mesure de glycémie sans piqûre à Zongjian Chen, l’homme derrière les modems maison de la firme. Un changement de direction que certains observateurs internes lisent comme un signal fort de maturité technologique.

© Mathieux Grumiaux
© Mathieux Grumiaux

Plus de quinze ans que ce projet traîne dans les labos d’Apple, initié sous Steve Jobs, repoussé d’année en année. Mais selon Mark Gurman chez Bloomberg, quelque chose a changé : la supervision du projet vient de passer de Tim Millet, patron de l’architecture plateforme, à Zongjian Chen, responsable de l’Advanced Technologies Group. Ce n’est pas un simple remaniement d’organigramme. Chen est connu en interne comme « quelqu'un qui livre ». Et chez Apple, ce genre de réputation ne s’attribue pas à la légère.

Le capteur de glycémie de l’Apple Watch change de patron

Le transfert s’inscrit dans une réorganisation plus large pilotée par Johny Srouji, le patron du hardware chez Apple. Mais ce qui retient l’attention, c’est le profil de Chen : il a notamment supervisé le développement des modems maison d’Apple, un chantier colossal mené à terme après des années de R&D. Confier ce projet « moonshot » à un profil aussi orienté mise en production, c'est un signal que la technologie aurait franchi un seuil de maturité suffisant pour entrer dans une logique de développement produit concret.

Apple n’est pas seul dans cette course. Garmin, Samsung et d’autres acteurs cherchent eux aussi à résoudre cette équation depuis des années, sans y parvenir. Et Huawei a récemment ajouté un suivi lié au diabète sur ses montres, avec une approche différente. La mesure non invasive de la glycémie reste le Saint-Graal du secteur : personne n’a encore réussi à l’intégrer dans un produit grand public fiable.

Comment fonctionne (en théorie) la technologie

Le système qu’Apple développerait repose sur un laser émettant des longueurs d’onde spécifiques sous la surface de la peau, au niveau du liquide interstitiel, ces substances qui s’échappent des capillaires sanguins. La lumière réfléchie par ce liquide permettrait, via un algorithme, de déterminer la concentration de glucose. Zéro piqûre, zéro capteur sous-cutané à changer toutes les deux semaines.

Les diabétiques doivent utiliser des appareils dédiés pour contrôler leur glycémie. © Shutterstock

Le défi est immense. En 2023, Gurman rapportait qu’Apple avait un prototype fonctionnel… de la taille d’un iPhone. Le chantier de miniaturisation engagé depuis lors est considérable, et l’enjeu médical est tout aussi critique : pour être utile aux diabétiques, la précision doit être irréprochable. Une lecture approximative n’est pas une option quand il s’agit d’ajuster une dose d’insuline. Ce que le changement de direction suggère, c’est qu'Apple estime peut-être avoir progressé suffisamment pour passer à la vitesse supérieure.

Tempérons quand même l’enthousiasme : selon les observateurs, la fonctionnalité pourrait encore prendre plusieurs années avant d’atterrir sur un poignet, si tant est qu’elle y arrive un jour. Ce qui change, c’est la nature du signal envoyé en interne. Passer d’un chef de projet « recherche » à un profil « livraison », c'est souvent le premier pas vers un produit réel.