Treize ans après le fiasco DRM de la Xbox One, Microsoft déterre l'idée du disc-to-digital. Le contexte a changé, mais la mémoire des joueurs, elle, est intacte.

En mai 2013, Don Mattrick montait sur scène pour présenter la Xbox One et son système de licences numériques associées aux disques physiques. La suite appartient à l'histoire du jeu vidéo (et pas au chapitre des victoires). Treize ans plus tard, deux noms de code repérés dans les builds Xbox Insider relancent le débat. Le journaliste Jez Corden de Windows Central les a identifiés. Microsoft, visiblement, n'a pas tout à fait renoncé à cette vision.
Saluki, Positron : ce que disent les builds Insider
Le premier nom de code, « Project Saluki », désignerait un ensemble de paliers Game Pass spécifiquement conçus pour le marché chinois. La Chine reste un territoire stratégique pour Xbox (via Activision-Blizzard et son partenariat avec NetEase), mais aussi un casse-tête réglementaire. Un Game Pass adapté aux règles de la NRTA aurait du sens. C'est la direction qu'Asha Sharma esquisse depuis sa prise de poste en février 2026.
Le second nom de code est plus intrigant. « Positron » ressemblerait à un programme de conversion disc-to-digital. Le principe : transformer une copie physique Xbox en licence numérique. L'objectif probable est de préparer la transition vers Project Helix, la prochaine console attendue fin 2027. Jez Corden lui-même prévient : les détails sont « maigres » et il recommande une dose massive de conditionnel. Aucune confirmation officielle de Microsoft n'a suivi.
Reste que la trajectoire est cohérente. Xbox a progressivement abandonné les sorties en version physique pour ses exclusivités récentes. Hellblade 2, Avowed, Gears of War Reloaded : tous sont sortis en « code dans la boîte » sur Xbox, les versions disque étant réservées à la PS5.
Le fantôme de la Xbox One plane encore
Difficile de ne pas voir le parallèle avec 2013. À l'époque, Microsoft avait imaginé un système où chaque disque s'associait à un compte Xbox Live, supprimant de fait le prêt et la revente. La levée de boucliers avait été si violente que Don Mattrick avait fait machine arrière en moins de deux semaines. Il quittait l'entreprise quelques mois plus tard. Sony avait enfoncé le clou avec une vidéo devenue culte où deux employés se passaient un disque PS4 en souriant.
Treize ans plus tard, le marché a bougé (le physique pèse moins de 20 % des ventes sur console), mais la cicatrice reste. Un programme Positron mal expliqué ou perçu comme une expropriation déguisée provoquerait le même rejet. La question est psychologique plus qu'elle n'est technique. Les joueurs accepteront-ils de convertir leurs étagères en crédits cloud ?
L'enjeu pour Asha Sharma est de trouver la ligne de crête entre modernisation et confiance. En 2013, Microsoft avait raison trop tôt et tort dans l'exécution. En 2026, le terrain est plus favorable, entre Steam qui bat des records et une Xbox Helix qui prend des allures de PC, la plateforme où le dématérialisé est devenu le défaut depuis 20 ans. Mais la moindre maladresse de communication renverrait Xbox treize ans en arrière, quand une conférence de presse suffisait à perdre une génération de console.
Un chemin existe, d'ailleurs, et il ne passe pas forcément par les disques récents. Microsoft travaille depuis des mois à ramener le catalogue Xbox 360 sur PC. Si Helix n'a pas de lecteur (ce que tout laisse penser), Positron pourrait d'abord servir de pont rétrocompatible. Convertir vos disques 360 et Xbox One en licences numériques jouables sur PC ou sur la prochaine console, c'est un service. Convertir vos disques Series X du jour au lendemain, c'est une confiscation. L'ordre dans lequel Microsoft déroule cette logique changera tout à la perception.