Un commentaire Reddit affirmant que le portage était « impossible » a suffi à relancer un projet vieux de douze ans. Le résultat : Mac OS X 10.0 Cheetah démarre sur une Wii de 2006.

Projet wiiMac © Bryan Keller
Projet wiiMac © Bryan Keller

La console de Nintendo et les premiers iMac colorés ont un point commun que peu de joueurs soupçonnent. Sous le capot de la Wii se cache un processeur PowerPC 750CL. Cette puce est cousine directe du 750CXe qui équipait les iBook G3 et certains iMac du début des années 2000. Cette parenté technique vient de permettre à un développeur, Bryan Keller, de réaliser ce que beaucoup jugeaient absurde. Le système d'exploitation d'Apple tourne désormais sur une machine conçue pour Wii Sports. Un précédent existait déjà : un bidouilleur avait transformé une Wii en Mac Mini en y logeant les composants d'un ordinateur Apple. Cette fois, c'est le logiciel qui fait le voyage inverse.

Un pari lancé en 2013, relancé par un sceptique anonyme

Bryan Keller a eu l'idée de ce portage alors qu'il était étudiant, en 2013. Le projet est resté en sommeil pendant des années. Puis un utilisateur Reddit, CussdomTidder, a publié un commentaire catégorique : « Il y a zéro pour cent de chance que ça arrive un jour. » Keller a pris la remarque comme un défi personnel. L'année dernière, le portage réussi de Windows NT sur Wii par un autre bidouilleur a achevé de le convaincre de reprendre le travail.

La proximité des deux architectures PowerPC lui donnait un avantage de départ. Le processeur de la Wii est plus récent que celui des Mac G3, mais suffisamment proche pour exécuter du code Darwin. Ce noyau open source est la fondation de Mac OS X. « J'étais confiant sur le fait que le CPU ne serait pas un obstacle », explique Keller sur son blog technique.

Bootloader maison, kernel modifié, drivers écrits de zéro

La difficulté ne résidait pas dans le processeur, mais dans tout le reste. La Wii ne dispose que de 88 Mo de RAM, là où Mac OS X 10.0 en exigeait 128 Mo au minimum. Keller a dû jongler avec la mémoire disponible et écrire un bootloader capable de charger le système depuis une carte SD. Il a ensuite patché le noyau XNU pour l'adapter au matériel de la console. Puis il a développé des drivers pour le chipset Hollywood de la Wii et la lecture de carte SD via le coprocesseur ARM Starlet. La sortie vidéo a nécessité une conversion du signal RGB vers YUV.

Projet wiiMac © Bryan Keller
Projet wiiMac © Bryan Keller

Le plus inattendu : les ports USB de la console fonctionnent. Keller a fouillé des archives IRC pour retrouver le code source USB de Mac OS X Cheetah, vieux de plus de vingt ans. Il l'a adapté pour la Wii. Résultat, un clavier et une souris standard permettent de naviguer dans le système.

Un bureau Aqua sur console, mais sans miracle

Mac OS X démarre jusqu'au bureau Aqua, l'interface graphique translucide qui a marqué les débuts du système. L'installateur fonctionne, les applications se lancent. Mais la Wii reste une console de 2006 au matériel limité. Le GPU n'est pas exploité, le Wi-Fi et le Bluetooth sont absents, et les performances restent laborieuses. Keller lui-même reconnaît que le projet n'a aucune utilité pratique. L'intérêt est ailleurs : dans la démonstration qu'un système peut survivre sur un matériel pour lequel il n'a jamais été prévu, à condition de comprendre ses entrailles.

Le code source complet du projet, baptisé wiiMac, est disponible sur GitHub. Keller a documenté chaque étape sur son blog, transformant un défi absurde en ressource pédagogique pour quiconque veut comprendre comment un système d'exploitation dialogue avec son matériel.

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