C’est désormais acté. Après plusieurs semaines d’incertitude et un premier protocole d’accord dévoilé en janvier, Sony et TCL ont trouvé un terrain d’entente. Les deux groupes annoncent la signature d’accords définitifs pour la création d’une coentreprise dédiée au divertissement à domicile. Son nom : BRAVIA Inc.

Courant janvier, l’annonce avait fait grand bruit. Il faut dire que ce n’est pas tous les quatre matins qu’un fabricant revoit aussi profondément son organisation en s’alliant à un concurrent direct. Avec cette officialisation, c’est toute l’activité TV et audio de Sony qui entre dans une nouvelle phase, avec des implications désormais beaucoup plus concrètes.
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Une coentreprise structurée, avec TCL en position majoritaire
Comme annoncé précédemment, TCL détiendra 51 % du capital, contre 49 % pour Sony. La future entité sera ainsi consolidée dans les comptes de TCL, tout en restant une société mise en équivalence pour Sony, ce qui signifie concrètement que TCL en assurera le pilotage financier, tandis que Sony conservera une participation importante et percevra une part des résultats sans en avoir le contrôle total.
Les deux groupes évoquent néanmoins un partenariat « presque égal », avec une gouvernance partagée : le conseil d’administration sera composé à parts égales de représentants des deux entreprises.
On apprends également que la direction opérationnelle sera assurée par Kazuo Kii (Sony), qui prendra les fonctions de PDG à partir du 1ᵉʳ avril 2027. Un choix loin d’être anodin, qui traduit la volonté de Sony de conserver une influence directe sur les orientations stratégiques. Enfin, le siège de BRAVIA Inc. sera situé à Tokyo, dans les locaux de Sony, un ancrage symbolique fort malgré la majorité détenue par TCL.
Un transfert d'activités… et d'actifs industriels
BRAVIA Inc. ne se limitera pas aux téléviseurs. La nouvelle société reprendra l’ensemble des activités de divertissement à domicile de Sony, avec un périmètre particulièrement large : téléviseurs grand public BRAVIA, écrans professionnels B2B, murs LED destinés à l’affichage grand format, vidéoprojecteurs, mais aussi systèmes audio et home cinéma.
La coentreprise sera ainsi en charge de toute la chaîne de valeur, du développement produit à la fabrication, en passant par la distribution, la logistique et le service client. Pour présenter cette co-entreprise, les deux groupes mettent en avant leur complémentarité. Il s'agira pour Sony d'apporter son expertise en matière d’image, de son, de conception produit et de valorisation de marque, tandis que TCL met à disposition ses capacités industrielles, sa maîtrise des technologies d’affichage, sa chaîne d’approvisionnement et sa puissance de production. Une "complémentarité" qui n'est pas sans rappeler l'annonce récente du transfert d'activité chez un autre géant japonais, à savoir Panasonic, dont le partenariat avec le groupe Skyworth a déjà pris effet.
Sony a également confirmé le transfert de certains actifs industriels clés. C’est notamment le cas de Sony EMCS Malaysia, une entité chargée de la production de produits home entertainment, dont 100 % du capital sera cédé à TCL. Des discussions sont également en cours concernant une autre entité basée en Chine. Autrement dit, il ne s’agit pas seulement d’un rapprochement stratégique : une partie des capacités de production de Sony bascule directement sous contrôle de TCL.
Sony et TCL ont également dévoilé les contours financiers de l’opération. La valeur des activités concernées est estimée à environ 102,8 milliards de yens (près de 650 millions d'euros), tandis que TCL devrait investir près de 75,4 milliards de yens (environ 475 millions d'euros) pour prendre sa participation dans la nouvelle entité et les actifs associés. Le montage prévoit également une étape intermédiaire : Sony créera une filiale dédiée, qui servira de base à la coentreprise avant l’entrée de TCL au capital. Une structuration classique, mais qui confirme le caractère très concret et avancé du projet.
Des produits toujours estampillés Sony et BRAVIA
Malgré cette réorganisation, les produits continueront de porter les noms Sony et BRAVIA, deux marques reconnues à l’échelle mondiale. Le communiqué def presse transmis ce jour par Sony précise également que la nouvelle entité opérera dans un cadre visant à protéger la propriété intellectuelle et la compétitivité de chaque groupe. Un point clé pour Sony, dont l’image premium constitue un actif stratégique.
Enfin, aucun grand changement ne devrait avoir lieu cette année. BRAVIA Inc. devrait en effet démarrer ses activités en avril 2027, sous réserve des dernières validations en cours. D’ici là, Sony et TCL devront finaliser les modalités opérationnelles de cette transition, qui s’annonce particulièrement structurante pour le marché.
Une coentreprise est une société créée et détenue conjointement par deux entreprises pour porter une activité donnée, avec ses propres équipes, contrats et objectifs. Elle permet de mutualiser des investissements (R&D, usines, logistique) et de partager les risques, tout en gardant des intérêts parfois distincts. Contrairement à un simple partenariat commercial, une coentreprise implique une gouvernance formelle (conseil d’administration, direction, budgets) et une responsabilité directe sur l’exécution. Dans la pratique, cela peut accélérer la mise sur le marché et réduire les coûts, mais cela oblige aussi à clarifier la propriété intellectuelle, la feuille de route produit et la répartition des marges.
Que signifie une participation majoritaire à 51 % et la “consolidation” dans les comptes, par rapport à une “mise en équivalence” ?Détenir 51 % du capital signifie généralement avoir le contrôle de la société : décisions financières clés, pilotage, consolidation comptable. La consolidation consiste à intégrer les revenus, coûts, actifs et dettes de la filiale dans les comptes du groupe contrôlant, comme s’il s’agissait d’une extension de celui-ci. À l’inverse, la mise en équivalence (souvent utilisée quand on n’a pas le contrôle) consiste à comptabiliser surtout la quote-part de résultat de l’entité dans les comptes, sans intégrer toute sa ligne de chiffre d’affaires et ses dettes. En clair, la majorité donne la main sur la gestion financière, tandis que le minoritaire capte une part des résultats mais garde moins de leviers de contrôle.
Que recouvre le transfert d’actifs industriels et pourquoi est-ce différent d’un simple transfert d’activité ?Un transfert d’actifs industriels, c’est le passage de la propriété d’éléments concrets et opérationnels (usines, filiales de production, équipements, contrats fournisseurs, parfois personnels) vers un autre groupe. C’est plus engageant qu’un transfert d’activité “sur le papier”, où l’on pourrait surtout déplacer des équipes, des gammes produits ou des responsabilités commerciales sans céder les moyens de production. Quand une entité de fabrication change de propriétaire, le nouveau détenteur contrôle davantage la capacité, les coûts, les volumes et la chaîne d’approvisionnement. Cela peut sécuriser l’accès à la production à grande échelle, mais cela pose aussi des enjeux de qualité, de confidentialité industrielle et de continuité (supply chain, SAV, pièces détachées).