Depuis les frappes américano-israéliennes sur l'Iran fin février, l'essence flirte avec les 2 euros le litre en France, en Allemagne et aux Pays-Bas. Transport & Environment chiffre à 77 euros l'économie mensuelle d'un conducteur électrique sur un thermique équivalent, même en tenant compte d'une hausse potentielle du prix de l'électricité. Mais cette sérénité a des conditions.

©Antony Robinson / Shutterstock
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Une économie de 77 euros par mois, 924 euros sur un an. C'est ce que calcule Transport & Environment dans sa récente analyse, en posant un litre d'essence à 2 euros et une recharge électrique au tarif post-crise, soit 321 €/MWh, en hausse de 12 % par rapport aux 287 €/MWh observés en 2025. Même avec cette correction, un conducteur électrique parcourant 12 000 km par an débourse 65 euros par mois, contre 142 euros pour un thermique comparable.

En 2022, le gaz avait dépassé 300 €/MWh, et les prix de gros de l'électricité avaient été multipliés par plus de cinq. Toutefois, comme le rappelle Thomas Veyrenc, directeur général Économie et Stratégie à RTE, dans sa publication sur LinkedIn, « 2026 n'est pas 2022 ». Le gaz est passé de 32 €/MWh fin février à un pic de 61 €/MWh début mars, avant de redescendre autour de 51 €/MWh à la mi-mars. Et surtout, le parc de production bas-carbone tourne bien : nucléaire solide, renouvelables en forte progression. Depuis 2022, précise-t-il, le prix de marché se fixe de moins en moins souvent sur le gaz, et davantage sur le nucléaire ou les renouvelables.

Les opérateurs de bornes qui ont couvert leurs achats ne bougent pas

Hélène Laroche-Bonfils est codirectrice générale d'Octopus Energy. Selon elle, les opérateurs de bornes peuvent acheter leur électricité à terme, à prix fixe, sur deux ans. Ceux qui l'ont fait avant la crise iranienne ne subissent rien. « Contrairement au pétrole, qui change au jour le jour et pour lequel personne n'a de stratégie en amont, l'électricité permet de se couvrir », dit-elle à notre confrère Le Figaro. Depuis fin février, le prix de gros de l'électricité n'a progressé que de 5 €/MWh, passant de 50 à 55 €/MWh, sans commune mesure avec la volatilité de la pompe.

Chez Ionity, même tonalité : les tarifs sont stables depuis 2020, et l'opérateur n'anticipe aucun impact direct à ce stade. Si le conflit devait s'installer durablement, une répercussion progressive sur les opérateurs n'ayant pas sécurisé leurs approvisionnements ne serait pas exclue. Mais rien d'automatique, et rien de comparable à ce que subissent les conducteurs thermiques aujourd'hui.

Frappe israélienne sur les banlieues de Beyrouth dahye frappant des bâtiments - ©Elie1993 / Shutterstock
Frappe israélienne sur les banlieues de Beyrouth dahye frappant des bâtiments - ©Elie1993 / Shutterstock

45 milliards d'euros en jeu à Bruxelles

Pendant ce temps, les 8 millions de véhicules électriques en circulation dans l'UE ont évité l'importation de 46 millions de barils de pétrole en 2025, soit 2,9 milliards d'euros économisés. Affaiblir les objectifs d'électrification, comme le réclament l'industrie automobile et des dirigeants comme Friedrich Merz et Giorgia Meloni, reviendrait à importer 640 millions de barils supplémentaires entre 2026 et 2035, pour 45 milliards d'euros de surcoût.

Pour Diane Strauss, directrice de T&E France, « Cette crise pétrolière ne sera sûrement pas la dernière. Plutôt que de subir encore et toujours la hausse des prix à la pompe, électrifions notre parc automobile pour alléger notre facture d'énergie et retrouver une forme de souveraineté énergétique ». En 2022, quand le baril avait dépassé les 100 dollars, les automobilistes européens avaient payé 55 milliards d'euros supplémentaires à la pompe, tandis que les compagnies pétrolières engrangeaient 104 milliards de bénéfices. C'est cette mécanique que les législateurs européens ont maintenant entre les mains.

Source : Le Figaro (accès payant)