Alors que Tesla et Waymo sont en concurrence sur les routes du Texas, une pépite de la Silicon Valley, Applied Intuition, trace sa route dans l'ombre. Valorisée à 15 milliards de dollars, la start-up veut devenir le cerveau universel de tous les engins motorisés, du SUV familial au char d'assaut, en passant par les engins de chantier.

Face à des nouveaux venus bien plus agiles dans l’industrie automobile, les géants traditionnels comme Volkswagen ou Stellantis accusent un sérieux retard logiciel. Leurs véhicules sont souvent un empilement de systèmes disparates qui ne communiquent pas entre eux et rendant la moindre mise à jour complexe.
C’est sur ce point qu’Applied Intuition veut changer la donne : elle se positionne comme le sauveur logiciel des constructeurs historiques. Plutôt que de fabriquer des voitures, elle leur vend un système d'exploitation universel. Sa promesse : unifier toute l'électronique de bord et le préparer pour l'ère de l'autonomie.
Un système tout-terrain
Si la startup fondée en 2017 collabore déjà avec des grandes marques de l’automobile, elle vise, à terme, bien large. Son système d'exploitation est conçu pour être « agnostique » : il s'adapte aussi bien à un SUV familial qu’à un camion de transport, une excavatrice de chantier ou même des véhicules militaires autonomes, comme les camions Ford Raptor modifiés pour l'armée américaine.
Pour parvenir à cette polyvalence, l'entreprise s'appuie sur une expertise historique en simulation 3D. Bien avant de faire rouler des engins, elle a créé des environnements virtuels ultra-précis, permettant de tester et d'entraîner ses algorithmes sur des millions de scénarios critiques. Cette approche séduit massivement : avec 800 millions de dollars de revenus estimés et une valorisation qui a bondi à 15 milliards de dollars, Applied Intuition s'impose comme un rouage indispensable pour tout industriel souhaitant automatiser ses machines sans repartir de zéro.

Le « pragmatisme radical » face aux ogres de la tech
Malgré une belle croissance, Applied Intuition ne roule pas seule. Elle doit composer avec des rivaux de taille : Tesla, qui dispose d'une avance colossale grâce aux données de sa flotte mondiale, mais aussi NVIDIA, qui a développé de nouvelles puces et un modèle de raisonnement IA pour l'automobile.
Pour ne pas se brûler les ailes dans la jungle des centres-villes, où les piétons et l'imprévisibilité restent un cauchemar pour l'IA, la startup mise sur ce qu'elle appelle le « pragmatisme radical ». Plutôt que de s'acharner uniquement sur le robotaxi urbain, elle déploie son logiciel là où l'erreur est plus gérable et la rentabilité immédiate : les mines, les fermes ou les routes de fret entre entrepôts.
Son partenariat avec Isuzu prévoit d'ailleurs le lancement de camions autonomes dès 2027 au Japon, sur des trajets fixes. Une stratégie de diversification qui rassure les investisseurs : si un secteur ralentit ou si la réglementation bloque sur les voitures particulières, Applied Intuition a déjà ses pions placés dans l'industrie et la défense. Un pari sur la polyvalence qui pourrait bien en faire un véritable incontournable de plusieurs filières.
Source : Forbes