Du QWERTY à l'AZERTY, histoire des claviers populaires mais mal aimés

25 janvier 2016 à 11h41
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Le virage de l'informatique

C'est au milieu des années 1960 qu'apparaissent les premiers claviers d'ordinateurs, en même temps que les premiers systèmes d'exploitation limités à des lignes de commande. Tout comme les débuts de l'informatique consistaient en partie à pallier les limites des machines à écrire et autres téléscripteurs, le clavier est un héritage de ces appareils. C'est pour cette raison que les premiers modèles se basent sur le QWERTY : l'informatique est déjà une grosse révolution, alors tout est bon pour sécuriser les habitudes des personnes adeptes de la machine à écrire.

Par conséquent, à l'heure où les histoires de tiges de métal qui se croisent ne sont plus un problème, et alors que le QWERTY est reconnu depuis longtemps comme peu ergonomique - les experts en la matière estiment qu'au moins 30% des touches sont mal positionnées - il reste tout de même la norme pour les claviers d'ordinateurs. Lors de l'émergence de l'informatique moderne, il restera d'ailleurs l'unique standard jusqu'à la fin des années 70, époque durant laquelle il est finalement décidé de localiser les claviers en fonction de leurs pays d'utilisation. L'AZERTY et le QWERTZ refont alors leur apparition dans les pays concernés, où existent différentes variantes plus ou moins subtiles selon la langue - l'AZERTY belge, par exemple, n'est pas tout à fait le même que la version française.

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L'Apple I et son clavier intégré, une première en 1976

Les temps changent, pas l'AZERTY

En somme, alors que la révolution informatique aurait pu permettre de corriger les problèmes des premières configurations de claviers, le QWERTY comme l'AZERTY restent de rigueur. Pourtant, durant les décennies suivantes, moult experts, convaincus que ni l'un ni l'autre n'est pertinent, ne lâchent pas l'affaire. Et là, on sent comme une impression de déjà-vu.

En 1976, le Français Claude Marsan présente un clavier intégrant une nouvelle disposition de touches pour les utilisateurs francophones. En s'inspirant de la démarche de Dvorak, Marsan étudie la fréquence des lettres dans 400 000 mots de la langue française, en vue de réorganiser les touches, en situant les plus utilisées sur la rangée du milieu. En marge de cette réorganisation des touches, Claude Marsan propose un nouveau design qui sépare les touches en deux groupes, destiné à accélérer la frappe en la rendant plus ergonomique. Un système que l'inventeur aura éprouvé dans des gendarmeries pour le perfectionner.

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Claude Marsan et son clavier, en 1976

Mais la suite de l'histoire, on la connait : malgré le dépôt d'une norme expérimentale AFNOR en 1987 (NF E55-070), le clavier Marsan ne sera jamais popularisé. La norme a d'ailleurs été annulée en 2010.

La démarche de Claude Marsan n'en est qu'une parmi d'autres. La configuration imaginée par Dvorak a également donné naissance à la configuration Dvorak-fr, publiée en 2002 par Francis Leboutte sous la licence Creative Commons BY-ND, permettant son utilisation commerciale. Si elle reste confidentielle à l'usage, elle a notamment été intégrée dans les distributions Linux, et dispose de pilotes pour la plupart des autres systèmes d'exploitation. On peut également citer la disposition Bépo, issue d'un développement communautaire, et publiée en licence libre.

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La disposition Bépo

Utilisées de façon confidentielle, ces alternatives à l'AZERTY souffrent bien évidemment d'un manque criant de mise en avant, mais encore plus de l'absence de claviers physiques. S'ils sont proposés en téléchargement sous la forme de claviers virtuels et de pilotes, ils nécessitent que leurs adeptes les plus avertis se lancent dans la configuration manuelle des touches de leur clavier d'ordinateur. Etant donné que les rares incursions de claviers alternatifs sur le marché n'ont strictement rien donné, on imagine facilement l'impact moindre des travaux isolés.

Quant aux constructeurs de claviers, ils n'ont jamais été d'une grande aide pour améliorer les configurations existantes, préférant se reposer sur des normes populaires et identifiées, pour d'évidentes raisons commerciales. L'émergence d'études concernant l'ergonomie, et l'apparition de différents types de claviers, comme ceux dédiés aux joueurs ou ceux installés sur les ordinateurs portables, ont néanmoins entraîné l'arrivée de design alternatifs. Ironiquement, les plus originaux, ceux qui brisent les règles, sont généralement des conceptions de start-up américaines qui restent cantonnés au QWERTY...
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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