Et si l'espace de stockage qui dort sur les postes de vos salariés devenait la brique d'un cloud privé, chiffré de bout en bout et hébergé en France ? C'est la promesse de Memento Cloud, une solution de sauvegarde brevetée dont le fondateur, Nathan Richard, nous détaille le fonctionnement, le modèle Zero Trust et la feuille de route.

Cette startup française transforme le stockage inutilisé de votre entreprise en cloud privé chiffré - Interview
Cette startup française transforme le stockage inutilisé de votre entreprise en cloud privé chiffré - Interview

Fondée en 2019 par Nathan Richard, Memento Cloud est une solution de sauvegarde française qui part d'un constat simple : en moyenne, 70 % de la capacité de stockage des ordinateurs professionnels reste inutilisée. Plutôt que d'investir dans une infrastructure cloud supplémentaire ou de confier systématiquement ses données à un tiers, l'éditeur propose de transformer cet espace dormant en un véritable cloud privé, chiffré et entièrement maîtrisé par l'entreprise qui l'utilise. Et cela inclut les postes de travail, les serveurs, les NAS, mais également les comptes OneDrive, Google Drive ou les espaces compatibles S3.

Le cœur de la technologie, protégé par un brevet français puis européen, repose sur l'agrégation automatique de ces espaces de stockage hétérogènes pour bâtir un système de sauvegarde distribué, sur un principe proche du RAID. Chaque donnée est chiffrée à la source (en AES, Curve25519 ou Salsa20 selon les besoins) avant d'être répliquée sur plusieurs supports. De son côté, Memento Cloud ne détient jamais les clés de déchiffrement. Nous obtenons alors une architecture Zero Trust, une infrastructure SaaS hébergée en France, et un gain annoncé de 68 % d'émissions de CO2 par rapport à une sauvegarde classique en datacenter.

Nathan Richard, ingénieur de formation et président fondateur de Memento Cloud, a répondu à nos questions sur la genèse du projet, les choix techniques et de sécurité qui la sous-tendent, ainsi que sur la feuille de route 2026 de l'entreprise.

Nathan Richard, président fondateur de Memento Cloud
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Vous dites que l'idée est née en gérant la sauvegarde des données de vos parents commerçants. Comment êtes-vous passé de là à Memento Cloud, et quel problème vouliez-vous résoudre en priorité ?

N.R : En effet, mes parents géraient un hôtel-restaurant familial en Aquitaine. Comme beaucoup de PME, ils avaient des données critiques à protéger, mais trouvaient les solutions cloud de l'époque soit trop coûteuses, soit insuffisamment rassurantes en matière de sécurité et de confidentialité. De mon côté, je travaillais comme ingénieur en région PACA et je disposais de plusieurs téraoctets de stockage inutilisés.

Nous avons alors mis en place une sauvegarde croisée et chiffrée entre nos deux sites. L'idée était simple : puisque nous étions éloignés géographiquement, il était peu probable qu'un même incident affecte simultanément nos infrastructures.

C'est de cette expérience qu'est née Memento Cloud en 2019. Au fond, le problème que je voulais résoudre était simple : permettre aux entreprises de bénéficier d'une sauvegarde aussi fiable qu'une solution cloud professionnelle, sans devoir investir dans de nouvelles infrastructures ni confier systématiquement leurs données à un tiers. Quand on sait qu'en moyenne 70% de la capacité de stockage des ordinateurs professionnels n'est pas utilisée, il est évident qu'un potentiel important existe dans toutes les entreprises ; notre idée a été de transformer cette ressource dormante en un cloud privé, sécurisé, résilient et entièrement maîtrisé par son propriétaire.

Concrètement, comment se déroule une sauvegarde, de l'installation de l'agent jusqu'à la restauration ?

N.R : Notre technologie offre à chaque entreprise son propre cloud privé sécurisé. Les données restent sous son contrôle et sont stockées au sein de son propre écosystème numérique plutôt que dans un datacenter tiers.

L'installation est très simple : nous fournissons un agent compatible avec les différentes plateformes. L'utilisateur l'installe puis rattache son appareil à l'environnement Memento Cloud de son organisation à l'aide d'un code d'activation reçu par e-mail.

À partir de là, l'administration se fait depuis notre console web. L'agent chiffre les données directement sur le poste avant tout transfert puis les réplique automatiquement sur plusieurs espaces de stockage appartenant au cloud privé de l'entreprise afin d'assurer la redondance.

Lors d'une restauration, le processus s'effectue en sens inverse. Une copie disponible est récupérée, déchiffrée localement sur le poste de l'utilisateur puis restaurée. À aucun moment Memento Cloud n'a accès aux données en clair.

En parallèle, l'espace disque inutilisé de chaque machine peut être mutualisé pour accueillir les sauvegardes d'autres utilisateurs autorisés. C'est ce mécanisme qui permet à Memento Cloud de transformer une infrastructure existante en véritable plateforme de stockage distribuée.

Vous avez obtenu un brevet français puis européen. Qu'est-ce qui est exactement breveté ?

N.R : Notre brevet protège le cœur technologique de Memento Cloud : la capacité à agréger automatiquement des espaces de stockage hétérogènes existants afin de créer un système de sauvegarde distribué, sécurisé et hautement disponible.

Additionner des capacités de stockage n'est pas nouveau. Les technologies de clustering existent depuis plusieurs décennies. Ce qui est inédit, c'est la possibilité de le faire de manière automatique avec pratiquement n'importe quel support : ordinateurs, NAS, serveurs, comptes OneDrive, espaces compatibles S3 ou autres stockages existants.

Le brevet couvre notamment les mécanismes de gestion de ces ressources disparates, leur mise en commun, la répartition des données, leur réplication et leur reconstruction automatique malgré l'indisponibilité potentielle de certains composants.

En résumé, nous avons breveté la capacité à transformer des espaces de stockage inutilisés en un véritable cloud privé distribué.

Vos données sont stockées sur les postes des salariés. Comment garantir une restauration quand certaines machines sont éteintes ou en télétravail ?

N.R : C'est précisément l'un des principaux défis techniques que nous avons dû résoudre pour rendre viable une architecture de stockage distribuée sur des équipements qui ne sont pas conçus pour fonctionner comme des serveurs.

Notre système s'appuie sur un principe proche des technologies RAID utilisées depuis longtemps dans le monde du stockage professionnel : une donnée n'est jamais conservée sur un seul support. Plusieurs copies sont réparties sur différents équipements du cloud privé de l'entreprise afin d'assurer la redondance.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser le télétravail n'est pas un problème. Grâce à notre technologie de passerelle sécurisée, un ordinateur reste disponible pour le système dès lors qu'il dispose d'une connexion Internet.

Lorsqu'un ordinateur est simplement éteint, le système va naturellement s'appuyer sur les autres copies disponibles pour effectuer les restaurations.

L'objectif est que les utilisateurs puissent travailler normalement, sans avoir à se préoccuper des contraintes techniques du stockage distribué, tout en bénéficiant d'un niveau de résilience comparable à celui d'infrastructures beaucoup plus coûteuses à déployer.

Vous chiffrez en AES-128 avec un Trousseau que Memento ne stocke pas. Pourquoi ce choix, et que se passe-t-il si le client le perd ?

N.R : Effectivement, toutes les données sauvegardées par Memento Cloud sont chiffrées à la source avant leur transfert vers les espaces de stockage. L'utilisateur peut choisir entre plusieurs algorithmes de chiffrement robustes tels qu'AES, Curve25519 ou Salsa20 selon ses besoins.

La particularité de notre modèle est que les clés de chiffrement, que nous appelons « trousseaux », ne sont jamais stockées par Memento Cloud. Nous ne pouvons donc ni consulter ni déchiffrer les données de nos clients. C'est l'un des fondements de notre approche Zero Trust.

Cette architecture présente un avantage évident en matière de confidentialité mais implique également une responsabilité : si une clé est définitivement perdue, les données associées deviennent inaccessibles.

Pour répondre à ce risque, nous proposons la mise en place d'une clé maître d'entreprise. Cette clé peut être confiée au responsable informatique ou à la direction afin d'assurer une capacité de récupération tout en restant exclusivement sous le contrôle du client.

Vous parlez de Zero Trust et d'hébergement en France. Qu'héberge exactement Memento, et quelles métadonnées voyez-vous passer ?

N.R : Memento Cloud est une solution Zero Trust. Concrètement, cela signifie que nous ne sommes jamais en mesure d'accéder au contenu des sauvegardes de nos clients puisque les données sont chiffrées avant leur transfert et que nous ne détenons pas les clés de déchiffrement.

Nous n'hébergeons pas non plus les données elles-mêmes. Les sauvegardes sont stockées sur les espaces de stockage que le client a choisis de connecter à son cloud privé : postes de travail, serveurs, NAS, comptes OneDrive, Google Drive ou stockage compatible S3.

Notre infrastructure SaaS, hébergée en France, sert uniquement à coordonner le fonctionnement de la plateforme. Nous traitons donc uniquement les métadonnées nécessaires au service : configuration des sauvegardes, planification des tâches, disponibilité des équipements, emplacement des copies ou encore gestion des droits d'accès.

Le contenu des fichiers sauvegardés reste totalement inaccessible à Memento Cloud.

Les copies vivent sur des postes que peut viser un ransomware. Comment les protégez-vous contre un chiffrement ou une suppression malveillante ?

N.R : C'est en effet un risque que nous avons pris en compte dès la conception de la solution.

La destruction ou la corruption du stockage d'une machine en particulier n'est jamais un problème majeur. Le système surveille en permanence l'état des espaces de stockage disponibles et détecte immédiatement toute anomalie. Lorsqu'une corruption ou une suppression est identifiée, la machine concernée est automatiquement isolée et les copies perdues sont reconstruites ailleurs afin de maintenir le niveau de protection attendu.

Dans certains cas, nous avons même pu détecter des attaques en cours grâce à ces mécanismes de supervision, même si notre rôle n'est pas de remplacer un antivirus ou une solution EDR.

Le risque d'infection généralisée d'un site est traité différemment. Les organisations très distribuées, comme les réseaux d'EHPAD, les communautés de communes ou les réseaux d'agences, peuvent fonctionner en mode 100 % local. Chaque établissement est alors considéré comme un mini-datacenter indépendant. En répartissant plusieurs copies sur différents sites géographiques, nous conservons une capacité de restauration même en cas d'incident majeur touchant un établissement entier.

Pour les autres organisations, nous privilégions souvent une approche hybride. Par exemple, il est possible de conserver plusieurs copies sur le parc informatique local, une copie sur des espaces OneDrive et une autre sur un NAS Linux. En combinant différents types de stockage, locaux et cloud, nous compliquons fortement la tâche d'un attaquant qui devrait compromettre simultanément plusieurs technologies et plusieurs environnements distincts pour détruire l'ensemble des sauvegardes.

Cette diversification permet d'obtenir un niveau de résilience supérieur à une architecture exclusivement locale ou exclusivement cloud.

Vous défendez la souveraineté, mais vous proposez aussi OneDrive et S3. Comment conciliez-vous les deux ?

N.R : Pour nous, la souveraineté n'est pas le rejet du cloud, c'est la capacité à rester indépendant et à résister aux pressions extérieures.

Concernant les données, il existe deux menaces majeures pour cette indépendance.

La première est la perte de confidentialité. Lorsque des données sont envoyées en clair vers un fournisseur cloud, l'entreprise doit accorder sa confiance à cet opérateur et au cadre juridique dans lequel il évolue. Cela pose problème dans le cas des GAFAMs qui sont soumis au Cloud Act américain.

La seconde menace est la dépendance. Lorsqu'un seul fournisseur détient l'unique copie d'une donnée stratégique, il devient difficile de changer d'offre, de négocier ses contrats ou même de faire évoluer son architecture sans risque.

Memento Cloud répond à ces deux problématiques. Toutes les données sont chiffrées à la source avant leur transfert, ce qui signifie que le fournisseur de stockage n'accède jamais aux données en clair. Par ailleurs, les données ne sont jamais stockées à un seul endroit mais réparties sur plusieurs supports.

Concrètement, il est beaucoup plus facile d'envisager un changement de licence Microsoft 365 ou de fournisseur S3 lorsque l'on sait que l'on conserve également des copies locales indépendantes.

Notre objectif n'est donc pas de remplacer systématiquement le cloud, mais de permettre aux entreprises de l'utiliser sans en devenir dépendantes.

Vous êtes « conforme aux recommandations de l'ANSSI ». Avez-vous fait l'objet d'un audit indépendant ou d'une certification de type CSPN ?

N.R : C'est assez peu connu mais les certifications ne sont qu'une petite partie de l'activité de l'ANSSI ; elle produit régulièrement des livres blancs qui compilent les recommandations de bonnes pratiques sur différents domaines dont la sauvegarde, que nous suivons scrupuleusement.

Elle coordonne aussi des CSIRST régionaux (dont Cyber'Occ dont nous faisons partie) qui forment une première ligne de défense pour les entreprises face aux cyberattaques.

Concernant la CSPN, c'est en effet un peu le « Graal » de la cybersécurité même si concrètement, aucune solution de sauvegarde n'est labellisée pour l'instant. Nous souhaitons être la première, mais compte tenu de la longueur du processus de certification c'est une perspective à 3 ans.

Comment avez-vous calculé les 68% de CO₂ en moins, et que prévoit votre feuille de route 2026 ?

N.R : Ce chiffre est basé sur les rapports de l'Ademe sur l'analyse de l'impact climatique du numérique. Il représente le gain de CO2 que Memento Cloud permet d'apporter par rapport à une sauvegarde qui serait stockée à 100% dans un datacenter français, donc déjà partiellement décarboné grâce à notre mix énergétique. Par rapport à un datacenter hollandais ou allemand, ce serait encore plus.

En 2026, nous allons continuer à étendre les capacités de sauvegarde de notre plateforme ; aujourd'hui nous sauvegardons les documents locaux (PC/Mac, Nas, Serveurs de fichiers) et les espaces cloud (Microsoft 365 et Google Workspace). Nous allons y ajouter les environnements virtualisés, avec HyperV et Proxmox comme cibles prioritaires.

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